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    aigledon (vx et rgion. duvet)    Demeuré dans certains dial. : ang., Verr.-On. 1908; norm., Moisy 1885; pic., Corblet 1851.
    Altération d'apr. aigle*, de egredon (sous la forme aigredon ds Trév. 1752 et 1771), forme dissimilée de édredon* « duvet fourni par l'éder ».

    aigliau (terme de blason)    1165-1170 hérald. aigleaus, plur. de aiglel, synon. de alérions (B. de Ste More, Roman de Troie, éd. Constans, 7828 ds T.-L. : Ses armes erent a aigleaus D'or esmeré en vert asis); fin xiiie s. id. aigliaus « petit de l'aigle, aiglon » (Ysopet, I, Fable XIII, 3, éd. J. Bastin : L'aigle, qui est roy des oisiaus, Embla un de ses renardiaus A Renart, pour ses aigliaus pestre), seulement en a. fr. Repris comme terme hérald. dep. Littré.
        Dér. de aigle*; suff. -iau*, forme dial. (dial. du Nord : pic., Gossen, Gramm. d'anc. pic., § 12 a), voir -eau.

    aigrefin    Terme de mépris qui signifie un homme qui vit d'industrie). Emploi burlesque de églefin*- aiglefin (lui-même attesté sous la forme aigrefin dep. le xives., J. Lefevre, trad. de La Vieille; Ménagier ds T.-L.), prob. en raison de l'aspect extérieur du poisson, caractérisé par un corps très allongé et une bouche énorme signe d'une grande voracité, d'où 1. la désignation de l'officier de mauvaise mine, prob. maigre, cf. can. aigrefin « pers. de faible constitution » ds Gloss. du parler fr. du Canada, Québec, 1930; 2. le sens « chevalier d'industrie, homme rapace, sans scrupule », cf. holl. schelvis (corresp. au m. néerl. schelvisch, étymon de églefin*) signifiant « morue » et terme d'injure à l'égard des enfants : jou schelvisje « le petit fripon, le petit espiègle » ds P. Marin, Dict. fr.-holl., Dordrecht, 1728 cité par Rolland, Faune, 3, 117; il est d'autre part possible que le mot, semblant fait de aigre et de fin ou de aigre et de faim [avoir aigre faim] ait favorisé cet emploi péj. L'hyp. d'une formation directe à partir de aigre et de fin (Dauzat 1968, 1rehyp.) n'est pas vraisemblable, un rapprochement avec ces 2 mots ayant plus prob. été fait par étymol. seconde. L'hyp. d'un croisement entre aggripper et agriffer (P. Guiraud, ds Cah. Lexicol., 10, 18, qui reprend l'hyp. déjà formulée par Sain. Lang. par. 1920, p. 11) semble elle aussi ne pouvoir être retenue que comme étymol. seconde, dans la mesure où par ex. le fr. aigrefin « chevalier d'industrie » a été vraisemblablement adapté par le prov. en agrifin « escroc » d'apr. agrifa « agripper », Mistral. À remarquer que Sain. Sources t. 1 1925, p. 99 déclare abandonner cette hyp. en faveur de celle d'un emploi d'églefin-aigrefin.

    albraque (galerie des eaux de mine)    1905 mines « galerie de roulage » (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines, p. 337 : [les] réservoirs sont ... constitués par des galeries, dites albraques, qui partent du puits au-dessous du dernier accrochage, [...]). D'apr. E. Schneider, Le Charbon, 1945, ce mot serait d'orig. flam.

    ale (bière)    C'est un mot qui vient de l'Anglois ale, et qui est en usage à Paris. La première syllabe se prononce un peu long. C'est une sorte de bierre Angloise, qui se fait sans houblon, et qui est plus forte et plus chargée que la biere ordinaire). Alors que le fr. ale subsiste encore au xxes., le fr. aile semble disparaître vers la fin du xixes.; il est encore signalé en 1898 ds le Nouv. Lar. ill. mais dès 1835 on relève ds L. Platt, Dict. critique et raisonné du lang. vicieux ou réputé vicieux : locut. vic. : Boire de l'aile; locut. corr. Boire de l'ale (Sorte de bière). I emprunté au m. néerl. ale « sorte de bière douce », attesté ds Verdam 1964. L'hyp. d'un empr. à l'angl. est moins vraisemblable étant donné que les attest. les plus anc. se rencontrent ds G. Coincy, originaire de la région de Soissons, et en pic. (St-Omer). À noter aussi l'empr. parallèle, au xiiies. également, du m. néerl. goedale « bonne bière », entré en pic. et autres dial. du Nord sous la forme a. fr. godale (voir T.-L., s.v.) qui, par la suite, a pris le sens de « mauvaise bière »; II est emprunté à l'angl. ale, prononc. e:l « liqueur capiteuse, obtenue à partir de la fermentation d'une infusion de malt parfumée de divers ingrédients selon les époques », attestée en ce sens dep. ca 940. (Saxon Leechdoms, wortcunning and starcraft of Early England, II. 268 ds NED).

    allevasse (giboulée)    Issu du syntagme wallon i ploût a lavasse « il pleut à verse » (Haust 1933, s.v. lavasse) d'où le meusien (Brillon) alvasse « averse », FEW t. 5, 215 a; m. fr. lavasse, lavache « pluie torrentielle », xves., Gdf., bien attesté dans les dial. du Nord-Est (FEW, loc. cit.), dér. de laver*.

    allier      Sens 1 empr. au lat. alligare au propre « attacher » d'où « unir » (Cicéron, Planc., 81 ds TLL s.v., 1685, 2 : non modo beneficio, sed etiam benevolentiae significatione adligari hominem).
        D'origine normande (1456) pour Guiraud.

    amade (hérald. Réunion de trois listes parallèles qui, à la différence des jumelles, traversent l'écu sans toucher les bords)    Issu, par réfection d'apr. le suff. -ade, de l'a. fr. (Lille) hamede attesté au sens de « barre, barrière » dep. 1293 (Acte des échev. de Lille, Tailliar, Rec. d'act. des XIIeet XIIIes. en lang. wall., p. 366 ds Gdf.), mot auquel son aire géogr. (Gdf.) permet d'attribuer une origine germ. Corresp. germ. : m. néerl. hameide, hameede, ameide, hameye « barre, barre de fermeture, barreau, bélier » et aussi « cour, ferme » (Verdam 1964, s.v. hameide); m. bas all. hameide, homeide, hameie « enclos, clôture » (Lübben, Mittelniederdeutsches Handwörterbuch); cf. liégeois haminde « levier de fer » « pièce de bois placée horizontalement », terme des houillères et « barre », terme de batellerie (Haust 1933, s.v.; et Geschiere, Élém. néerl. du wallon liégeois, s.v. haminde). Cependant le rapport entre les termes germ. et fr. est diversement interprété : l'a. fr. (wallon, pic.) hamede est − soit empr. au m. néerl. hameide, a. flam. hameyde (REW3); même hyp. formulée par EWFS2, s.v. hamée, le m. néerl.-flam. remontant au fr. haim (hameau*) + suff. collectif -ithi − soit empr. au m. néerl. hameide, mais celui-ci, lui-même empr. à l'a. fr. hamie « barre » (Moniage Guillaume ds T.-L.), issu de l'a. bas frq. *haimithi « lieu entouré de clôture » (FEW t. 16, s.v. haimithi) − soit formé sur le m. néerl. ham « enclos » (Verdam 1964) + suff. -ede (Geschiere, loc. cit.; De Vries Nederl. 1963, s.v. hamei), à l'appui de cette hyp. la date tardive de l'attest. du mot m. néerl. hameide : 1450 (Geschiere, loc. cit.), mais le caractère insolite d'un suff. -ede rend cette étymol. difficilement acceptable du point de vue morphol.

    amarrer et amarre (et démarrer, démarrage)    Empr. à un m. néerl. *aenmarren « attacher », FEW t. 151, p. 2, composé du m. néerl.  marren « attacher, amarrer » auquel a sans doute été empr. le m. fr. marer « id. », FEW t. 16, s.v. marren. Cf. m.  néerl. meren, meeren, maren « attacher, amarrer », Verdam 1964, De Vries Nederl. 1964 et néerl. mod. meren,  De Vries, op. cit. Le mot existant dans la plupart des lang. rom., l'empr. au germ. occ. est néanmoins impossible,  aucun terme mar. ne pouvant avoir été apporté par les Germains av. le ves. (Brüch 1913, pp. 62-63). C'est donc le  fr. qui a été empr. par les autres lang. romanes. L'hyp. d'un empr. à l'all. (a. haut all. marran, marren) proposée  par Braune ds Z. rom. Philol., t. 21, p. 214, est improbable étant donnée l'ext. géogr. du mot fr., attesté d'abord  et surtout en Normandie et dans l'Ouest de la France. Pour l'ext. voir FEW t. 151, s.v. *aenmarren, Vidos Tecn.,  pp. 258-259 et Valkh., p. 45. L'hyp. d'une dér. de l'a. fr. mar(r)er (DG, Rob., Dauzat 1968) fait difficulté du point  de vue chronol., le verbe fr. marer n'étant attesté qu'en 1453 (Gdf.). Cf. merlin.

    amers    Amer(s), entré dans la terminol. de la mar., est dér. de l'anglo-normand merc « borne, limite » 1119 (Ph. de Thaon, Li Cumpoz, éd. Mall, 1656 ds T.-L. : E tel est sa nature Que ja n'iert beste nule Ki puisset trespasser Sun merc ne ultre aler), norm. merc (Moisy : Merc [...], borne en pierre, servant à marquer les limites d'un champ); préf. a-1*. L'anglo-normand merc semble avoir été emprunté comme terme jur. à l'a. nord. merki « signe distinctif », De Vries Anord., Few t. 16, s.v. merki, De Gorog, EWFS2, s.v. marque, étant donné l'ext. géogr. et l'ancienneté du mot plutôt qu'au néerl. merk « signe, indice » (cf. De Vries Nederl., m. néerl. marc, merc), Bl.-W5, Jal2, Baist, p. 274, car les termes de mar. d'orig. néerl. n'apparaissent en fr. que vers la fin du Moy. Âge.

    amiteux, amitieux (vieilli amitieusement)    1849 amiteux, supra ex. 1; 1853 amitieux, supra ex. 2.

        Terme dial. : pic. amiteux (Corblet 1851, s.v. : caressant, qui fait de l'amitié; Jouanc. t. 1 1880, s.v. : qui montre de l'amitié, caressant); wallon amitieus, amitcheus (Haust 1933, s.v. : affectueux); dial. du Centre amiteux, amitieux, amiquieux (Jaub. t. 1 1855, s.v. : affectueux, qui témoigne de l'attachement... On dit... d'une terre qu'elle est amitieuse quand elle est grasse et s'attache aux pieds).

    amman (Titre donné à divers magistrats dans quelques pays de droit germanique; en partic., dignité du premier  magistrat dans certains cantons de la Suisse alémanique)    I 1 a empr. au m. néerl. amman, ampman,  ambtman, amptman « homme qui a une charge du gouvernement; personne qui gouverne », les deux premières  formes empl. dans les Flandres et en Brabant (Verdam 1964, p. 39, s.v. Amman, Amptman). I 1 b et I 2 empr. au  m. haut all. amman, contraction du m. haut all. ambet-man « id. », 1297 « serviteur, fonctionnaire, officier de  justice, maire » (Charte citée ds Chmel, urkunden, briefe und actenstücke zur geschichte Maximilians I. Stuttg.  1845; fontes rerum austriacarum. Wien 1849 d'apr. Grimm, Deutsches Wörterbuch, 1854, s.v. Ammann : Ruedel  der amman); xiiies. « régisseur » (Deutsche predigten des 13. jh. herausg. v. F. K. Grieshaber, Stuttgart, 1844, t.  1, p. 132 d'apr. M. Lexer, Mittelhochdeutsches Handwörterbuch, 1872, t. 1, col. 51 : anman über sîn guot); il est  vraisemblable que I 1 b a été empr. au frq. mosellan et I 2 à l'alémanique. (Cf. E. Tappolet, Die alemannischen  Lehnwörter in den Mundarten der franz. Schweiz, II. Teil, Etymol. Wörterbuch Basel, 1916, p. 3 ainsi que FEW  t. 1, p. 89b et 151, p. 19a). Le m. haut all. ambet-man (dont le premier composant est devenu l'all. mod. Amt «  fonction ») est issu de l'a. haut all. ambaht(man), le mot simple ambaht et ses correspondants dans les autres  lang. german. ayant été empr. par les Germains au celt. *ambactos (voir ambassade). II dér. de amman*,  étymol. I 1 a; suff. -ie*. À rapprocher du m. néerl. ammanie, ammannie, ammenie qui selon Verdam 1964  signifie 1. ,,ressort, juridiction, également charge de l'amman`` 2. ,,bâtiment qui sous l'administration ou la  surveillance de l'amman servait de maison de détention ou de prison pour dettes``. À noter que amman* étymol.  I 1 b, a pour dér. l'a. lorr. amanderie « charge de l'amman » (presque toujours de la ville de Metz), 1304-1499 ds  Gdf.