• BI

    bibelot    1427 biblot « petit objet, souvent curieux, décoratif » (Compte, A. Valenciennes dans Gdf. Compl. : Croisettes d'argent, verges et autres biblots); forme encore attestée dans Cotgr. 1611 à côté de bibelot, encore relevée dans Lar. 19e; 1432 bibelot (Baudet Hérenc (Flandre bourguignone), Doctr. de seconde rhétor. dans DG); d'où 1837 biblot arg. (Vidocq, Dict. arg. dans Sain. Sources Arg. t. 2, p. 115 : Biblot outil d'artisan); 1846 bibelot (L'Intérieur des prisons, p. 240); 1874 arg. typographes (E. Boutmy, Les Typographes parisiens, p. 35 : Bibelots ... [nom des] travaux de peu d'importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus).
        Plus prob. dér. de la racine onomat. bib-, désignant des objets menus, suff. -elot (-ot*) que formé par substitution de suff. -ot* à partir de l'a.fr. beubelet, de même sens (1180, G. de Pont-Ste-Maxence dans Gdf.), dér. en -et* d'un agn. baubel de même sens, redoublement de bel (beau*).

    biche    Bisse, du lat. vulg. bistia « bête », vie s. (Grégoire de Tours dans TLL s.v., 1935, 34) plus vraisemblablement issu de bēstia avec ē devenu ī sous l'action combinée de s implosif et de y (Bl.-W.5; Fouché t. 2, p. 417) sur le modèle de ostium, *ūstium (huis*) que forme dial. osque du lat. bestia (bête*) (Brüch, v. bbg.). La forme biche fait difficulté; l'explication traditionnelle (DG; FEW t. 1, p. 343a; Bl.-W.5) est d'y voir une forme normanno-pic. qui aurait gagné Paris d'où elle se serait ensuite généralisée; il faut cependant noter que ces dial. connaissent aussi bisse (cf. bise, Ambroise, Estoire de la Guerre sainte, 10548 dans T.-L. et Ch. T. Gossen, Gramm. de l'anc. pic., Paris, 1970, p. 93) tandis que biche est anc. dans les autres dial. (cf. Ch. Bruneau, v. bbg.). La tradition manuscrite de Chr. de Troyes révèle que bisse est la forme la plus courante jusqu'au milieu du 13e s., à partir duquel la forme biche (déjà dans le ms. Guiot des œuvres de Chrétien, Erec et Enide, éd. M. Roques, 3917) tend à se généraliser d'abord dans les manuscrits pic., puis dans la lang. littér. commune. − La vraie difficulté procède du traitement du groupe -sty- entre voyelles, qui sur tout le domaine d'oïl, picard compris, aboutit à -ys- (angustia > angoisse, bistia > bisse). On pourrait supposer, dans ces conditions, que bistia est entré tardivement dans la lang. comme terme de chasse, et qu'il a alors suivi l'évolution gén. du groupe (consonne +) ty (+ voyelle), qui en francien, en champenois, etc., aboutit à -ts-, puis à -s- (fortia > force, tertia > tierce, mais en picard et au nord de la Normandie à -ch- (fortia > forche, tertia > tierche). D'où bistia > bische > biche. − Il resterait que même dans cette hyp. l'amuissement précoce de s fait problème. On peut dès lors émettre une 3e hyp. : -isse aura été compris comme un suff. et il aura été remplacé par le suff. dimin. affectif -iche (Meyer-L. t. 2, 1966, § 169); d'où l'opposition bisse/biche, qu'on retrouvera un peu plus tard dans les couples génisse/géniche (cf. Gdf. Compl., s.v. genisse), cornisse/corniche. Cf. encore caniche, pouliche. Cf. bique.

    bichet (ancienne mesure de grains)    Terme de la partie Est de la gallo-romania (1160 Auxerre dans Du Cange t. 1, p. 652c, s.v. bichetus), corresp., avec suff. -et*, à l'a. wallon bichier (1449, J. de Stavelot, Chron., p. 212 dans Gdf.) et qui, étant donné son aire géogr., est issu, prob. à travers le frq. *bikâri (EWFS2; Gam. Rom.2t. 1, p. 294; v. aussi FEW t. 1, p. 362a) du b. lat. *biccarium attesté au Moy. Âge dep. le ixes. dans le domaine germ. sous les formes bicarium, becarium, pec(c)arium (CGL t. 4, p. 591, 20; Mittellat. W.; Nierm.), d'orig. discutée.

    bidon    Orig. obsc. On admet généralement l'hyp. d'un empr. à l'a. nord. *bida « récipient » (Bugge dans Romania, t. 3, p. 145; De Gorog, p. 7); cet étymon n'est cependant attesté que par l'isl. bida « baquet de lait » et le norv. dial. bide « baratte » (De Vries, Anord., p. 35a; Bugge, loc. cit.). Assez bien en accord avec la localisation géogr. de la première attest. (Normandie) et avec l'emploi du mot comme terme de marine jusqu'à la fin du xviiies. (1574 dans Jal1, Trév. 1771), il est en désaccord avec l'entrée tardive du mot en fr. L'hyp. d'un empr. au gr. par l'intermédiaire de l'ital. bidone (EWFS2) fait difficulté du point de vue chronol., l'ital. ne paraissant pas attesté av. le xixes. (Batt.). Diez est porté à croire que dans bidon le radical est le même que dans bedon, un vase étant comparé à une panse. Cf. bedon, bedaine, boudine.

    bidule    Orig. obsc. D'apr. Esn. s.v. et Prigniel, ibid., p. 345, serait un terme originaire du nord de la France, pic. bidoule, berdoule « boue »; de la notion de « boue » serait issue celle de « désordre » de « complexité » d'où bidule « appareil compliqué ».

    bière (boisson)    Terme d'orig. germ. qui au xves. évinça cervoise*, d'orig. gaul. Le mot nouveau  correspondant à une techn. nouv. : la bière avec houblon (bière) tendait à supplanter la bière sans houblon  (cervoise). Il est difficile d'établir si l'empr. a été fait au m.h.all. bier (Lexer30) ou au m.néerl. bier (Verdam), les  bières allemandes semblant alors fort connues (FEW t. 15, 1, p. 104) et la brasserie ainsi que les cultures de  houblon étant fort développées au Moy. Âge en Flandre et dans les Pays-Bas (Valkh., p. 61, Gesch., p. 14); l'infl.  néerl. paraît cependant prépondérante.

    bilboquet    1534 (Rabelais, I, 22 dans Hug. : Au bille boucquet); 1576 billeboquet (Baïf, Les Mimes, L. III, V, 171, ibid.). Prob. composé dont le 1er élément est l'impératif, soit d'un verbe *biller « jouer au bâtonnet » dér. de bille « bâton dont on se sert au jeu de bâtonnet », v. bille « pièce de bois », gaul. *bilia (FEW t. 1, p. 366a; BL.-W.5), soit plus prob. du verbe m. fr. biller « jeter une boule, jouer aux boules » (1375 dans Gdf.) d'où p. ext. « faire tourner une pièce de bois par un bout tandis que l'autre reste en place » (Guir. Etymol., p. 29) à rattacher à bille* « petite boule ». Le second élément est, soit un dimin. de bouc (Bl.-W.5), ce terme s'adressant p. plaisant à la boule, soit un dimin. de bouque « boule » à rapprocher du liég. bouquets « jeu d'osselets » (Guir., loc. cit.) que FEW t. 15, 1, p. 199a rattache au germ. *bosk, v. bois.
        Billeboquet, billebauquet, s.m., instrument de jardinier, petit bâton auquel est attachée une corde pour mesurer les compartiments d'un jardin :
    Billeboquet. (Oudin.)
      - Instrument d'oiseleur

    billard    1. 1399 jeux « bâton recourbé pour jouer aux billes ou boules » (Pièces relat. au règ. de Ch. VI, II, 241 dans Gdf.); 2. 1558 jeu de billart (Inv. de Philippe II, fo 37 dans Gay); 3. 1680 (Rich. : Billard. Table qui a des rebords tout autour, garnie d'un tapis avec six blouses, une passe et une sonnette); 4. 1752 (Trév. : Billard. On donne ce nom [...] à la maison où l'on tient le jeu et au jeu même).
    Dér. de bille2* « pièce de bois »; suff. -ard*.
        Poitou, Vienne, arr. de Civray, bellarde (b'llarde, ll mouill.), s.f., gros bâton : jouer à la b'llarde." Ardennes, belloy, bâton.
    Godefroy, Dictionnaire d'ancien-français

    bille    1164 « petite boule » exprime ici une chose de peu de valeur (Chr. de Troyes, Erec et Enide, 542 dans T.-L.); 1269-78 « petite boule » (J. de Meun, Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 20266); 1611 « boule de billard » (Cotgr.); p. ext. arg. 1579 « argent » (Larivey, Les Esprits, I, 3, Bibl. elz. dans Gdf.); ca 1900 technol. « petite boule sur laquelle s'opère la rotation de certains mécanismes » (DG).
    Empr. à l'a.b.frq. *bikkil « dé » correspondant au m.h.all. bickel « dé, osselet » (Lexer30), à rapprocher du néerl. bikkel « osselet » (Gallas), v. Gam. Rom.2 t. 1, p. 399. Cf. bilboquet.

    billon    Le billon est un jeu traditionnel du Nord-Pas-de-Calais. Il appartient à la tradition de jeu d'adresse de la région à côté de la bourle et du jeu de neuf. Le billon est une sorte de massue comportant une partie renflée, appelée « le cul », qui va en s'effilant vers le bout appelé « la pique ». (wikipedia)

    binard (Chariot bas à deux ou à quatre roues)    1668 binart (J.-J. Guiffrey, Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, t. 1, p. 189). Prob. dér. du lat. bini « paire, couple » le char ayant eu à l'origine deux roues (cf. Jouanc., s.v. binarder : Notre binard picard n'a que deux roues), puis deux paires de roues (cf. FEW t. 1, p. 379a); suff. -ard*.

    bintje (variété de pomme de terre de Picardie)    Eponiem, vernoemd door de Friese schoolmeester Kornelis Lieuwes de Vries naar een van zijn leerlingen, Bintsje Jansma, vernederlandst Bintje, het verkleinwoord (om de vrouwennaam te vormen) van de voornaam Ben < Benedictus.

    bique (et biquette)    Terme de la France du nord et du domaine franco-prov., d'orig. incertaine; peut-être altération de biche* par croisement avec bouc* (Bl.-W.5, FEW t. 1, p. 360a, 2e hyp.), certains dér. de biche désignant la chèvre : ainsi dial. Centre bichette « chèvre » (Jaub. t. 2, p. 474). Cf. aussi Dur., qui atteste les formes bīko « bouc » et bīka « surnom vulgaire de la chèvre ». L'hyp. d'un rad. germ. *bik (FEW, 1re hyp.; Rigenson dans St. neophilol., t. 29, pp. 13-38, v. aussi Rohlfs dans Arch. St. n. Spr., t. 198, p. 333) exprimant une idée de pointu, de saillant, et qui expliquerait l'antériorité de biquet* sur bique, est douteuse, l'existence d'un germ. *bik « chèvre » n'étant pas confirmée, FEW t. 1, p. 358a. L'hyp. d'une orig. onomatopéique bik, servant à appeler la chèvre.
       Voir l'expression wallonne (donné comme argotique également par L. Sainéan dans Le langage parisien au XIXe siècle) bique et bouc. (sens de pédéraste en wallon et argot) et l'expression lorraine, Bique-et-boc ("bique et bouc" ; bisexué ou de genre indéfinissable. Figuré : homosexuel.) Cf. biche.

    biroute (ou biloute)    en argot français désigne le membre viril, un manche à air indiquant la direction du vent, un cône mobile de signalisation provisoire sur les chaussées. Déjà bis, "sexe" en argot et picard de Saint-Pol (bis, bit)((Edmont). (Lazare Sainéan, Les sources de l'argot ancien. T. II. Le dix-neuvième siècle (1800-1850), H. et É. Champion (Paris), 1912, p.289)).
        D’après un article du Parisien, le mot « biloute » était pressenti pour entrer dans les éditions 2009 des dictionnaires de langue française tant son emploi s’est répandu partout en France. Le mot peut signifier « mon gars » ou encore « petite bite ». Malgré cette dernière signification, ce terme n’est pas utilisé de façon insultante mais au contraire comme marque d’affection.

    biscoter (lutiner)    À rapprocher du rouchi biscoter (Hécart) et du norm. (vallée d'Yères) bistoquer, biscoter « id. » (Delb.); empr. au flam. méridional besteken (Gesch., pp. 45-48; Barb. Misc. 4, no3; FEW t. 15, 1, p. 99) proprement « accrocher, fixer qqc. à qqn » d'où « piquer des ornements sur des habits, parer », « faire des cadeaux, fêter ». De « fêter » est issu le sens de « faire la cour à une femme » puis « faire l'amour ». Le -o- de bistoquer fait difficulté; v. Gesch., p. 46 et 48 et FEW, loc. cit.).

    bistouille (n.f.) (B)    mauvaise eau de vie, café additionné d'alcool. Av. 1901 dial. du Nord pop. Orig. incertaine; prob. dér. de touiller*; préf. bis- (bi-*) au sens du préf. péj. bes-. Se rencontre aussi en argot français.

    bistro    un dictionnaire étymologique contemporain (Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Librairie Larousse, Paris 1964, page 90, article bistro, -ot), reconnaît à ce mot une origine obscure, apparentée à bistouille. La première mention écrite connue du mot bistro apparaît dans les Souvenirs de la Roquette, de Moreau, en 1884. En 1856 ce mot affecte la forme de bistingo, chez les Goncourt. Selon le principe de métonymie voulant qu'un terme finisse par désigner l'endroit où il est utilisé, celui de bistouille aurait suivi la même voie que celui de café. Selon le Dictionnaire de l'argot français et de ses origines :
        L'étymologie et l'origine du mot "bistrot" est obscure, il viendrait de "bistringue" à rattacher au poitevin "bistraud" signifiant petit domestique d'où peut-être aide du marchand de vin.

    bitoniau, bitoniot    1976, bitoniot; dér. probable de bitte (cf. bitton [bitte + -on] « petite bitte », 1564 (Rabelais, Cinquiesme Livre, éd. Marty-Laveaux, chap. 17, p. 67)), p.-ê. d'après bouton. (Encyclopédie Universelle)

    bitte    Empr. à l'a. nord. biti « poutre transversale dans le toit d'une maison » (De Gorog, p. 8; Vidos Tecn., p. 36; Falk, p. 47), auquel correspondent l'isl. mod. biti, le norv. mod. bite. (De Vries Anord, s.v. biti 2).

    bitter (liqueur)    Pitre est prob. empr. à l'all. Bitter « id. » (Sachs-Villatte t. 2), avec un b initial qui en all. est une consonne sourde, substantivation de l'adj. all. bitter « amer ». Cette liqueur étant aussi fabriquée au xixes. en Hollande, la forme fr. bitter pourrait être empr. au néerl. bitter aussi attesté comme subst. (Gallas).