• wassingue, sur un buvard (Les collections du Musée nationale de l'Éducation, reseau-canope.fr)

    wassingue, sur un buvard
    (Les collections du Musée nationale de l'Éducation, reseau-canope.fr)

    Définition : toile à laver/de ménage, drap de maison, serpill(i)ère, loque (à reloqueter), cinse (Poitou-Charente), torchon (Wallonie, Normandie), panosse (Lyon et alentours, Suisse romande), pièce (Marseille et alentours), chiffon de parterre (Marseille), varouille/vadrouille/varvouille (Québec et vocabulaire de la marine), lave-pont, patte... (cf. francaisdenosregions.com). Cf. aussi le dossier dans l'Urchon Pico l°156.
     

    Répartition : Belgique, Nord, Pas-de-Calais. Le mot n'est pas utilisé en Picardie (mais est indiqué dans le dictionnaire de M.-M. Duquef) ni dans le picard wallon (Ath ou Charleroi), mais est connu à Tournai.

    Prononciation : [wasɛ̃g] ou parfois [vasɛ̃g]. On dit [wazɛ̃g]à Dunkerque.

    Dérivés : wassinguer

    Origine : attesté dès 1856, emprunté au flamand wassching « action de laver » (certain indique en passant par l'anglais washing, ce qui semble peu probable). On le retrouve en fait déjà dans le Dictionnaire rouchi-français de Hécart (1826). Le suffixe -ing/-ingue est courant dans le Nord de la France  (cf. les éléments picard en français)
        Bien que critiqué, le terme se retrouve dans des publicités jusqu'à Paris (des Galeries Lafayette entre autres) comme synonyme de "toile à laver". Vermesse indique qu'il n'a pas de synonyme en français.
        Serpillière, ou serpillère depuis la réforme orthographique aurait un lien avec charpie, d'ailleurs l'objet s'appelle aussi charpillère en Verduno-Chalonnais.
        Le Dictionnaire de Pierre Legrand indique serpillère, toile grossière servant à l'emballage, que l'on fabrique dans le canton de Bailleul.
        En wallon, on connaît le mot wachoter pour "clapoter, barboter dans l'eau, remuer" de même étymon germanique waschen.
       À Dunkerque ainsi qu'à Boulogne, on dit aussi le duel ou la duèle, et le verbe dueller, prononciation du néerlandais dweil d'un étymon germanique þwahlja qui provient de "toile", anciennement "toaille, touaille", comme le mot towel "serviette" en anglais). Hécart qui le donne également sous la forme doué dans son dictionnaire rouchi dit "probablement ainsi nommé de ce qu'il est plus doux comparé aux balais de bouleau.

    wassingue (une) Excelsior, 2 mai 1931)

    Publicité pour Aux trois quartiers (Excelsior, 2 mai 1931)



    Exemple :
        Se retrouve comme nom de famille, et parfois donné comme surnom, alors avec l'article "le Wassingue".

    wassingue (une) (Le Grand écho du Nord de la France, 14 février 1932)

    (Le Grand écho du Nord de la France, 14 février 1932)



        Disons, en passant, qu'à Condé, comme à Valenciennes, il est du meilleur ton de se promener le samedi. Le samedi est le jour où l'on lave et « wassingue » les maisons et où, par conséquent, les ménagères sont le plus occupées. Se promener le samedi, c'est trouver qu public qu'on est du monde, et qu'on n'est pas astreinte aux soins du ménage.
    Charles Deulin, Les Amours de petite ville. Chardonnette, 1872.

    wassingue (une)

     

     

     

    La wassingue meurtrière
    À Roubaix
    En lavant le plancher d'une dynamo un ouvrier est électrocuté.

    (Le Grand écho du Nord de la France, 26 sept 1907)


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  • Définition : pie
     

    Répartition : Picardie, Nord - Pas-de-Calais et autres dialectes de France. Citons la rue des Sept-Agaches (du nom d'une enseigne), une rue des agaches se retrouve dans plusieurs communes (Gaudiempré, Chérisy), plusieurs rue Agache existent (La Madeleine notamment sans savoir s'il provient d'un nom de famille ou du nom de l'oiseau), Arras cumule l'impasse et la rue des agaches. Hécart dit qu'il existait à Valenciennes le cul de sac des agaches ("peut-être de l'habillement des carmes qui le fréquentaient, et près du couvent desquels il était situé").

    Dérivés :
    agacher "bavarder, commérer" et "agacer, exciter" (notamment les enfants pour les faire rire)
    agachette, aguchette (taquinerie amicale, chez Jean-Baptiste Jouancoux),
    nids d'agache (cors au pied,  œil-de-perdrix, œil agassin sur le modèle du latin médiéval oculus pullinus « cor au pied » passé en allemand Hühnerauge, littéralement "œil de poule"). Les syntagmes du type œil d'agace, (ou par déformation nid d'agace) répandus dans le Nord et l'Est en bordure des langues germaniques, et qui sont sans doute des calques directs du néerlandais eksteroog et de l'allemand dialectal Elsterauge, et finalement un type wallon agace, obtenu par dérivation régressive du syntagme précédent, si bien qu'en wallon la même forme peut signifier soit « pie » soit « cor au pied ».
    pied-d'agache, à cloche-pied" et donc "jeu de la marelle" pour Louis Vermesse et Alexandre Desrousseaux (sauter à pied-d'agache)
    bren d'agache, "gomme qui découle de certains arbres" pour Louis Vermesse, cerisier et autres fruits à noyau précise Hécart, qui cite l'expression : "n'brés point, t'aras du bren d'agache" dit-on à celui qui se paint.
    langue d'agache, "bavard" pour Louis Vermesse
    Hécart dit encote pour agache "terme de tannerie. Taches cnoires qui sont sur les cuirs, aux endroits qui n'ont pas été saupoudrés de tannée, ce qui arrive lorsque ces cuirs n'ont pas été bien dégagés de la chaux."

    Origine :
        À côté de ces trois formes (agace/agasse, agache, ageasse) existent encore de nombreuses formes régionales, cf. FEW t. 151, p. 6, s.v. agaza.
        Le français agasse, qualifié par Cayrou 1948 de vieilli et populaire au XVIIe s., semble pour les auteurs de nombreux dictionnaires une graphie moins bonne que agace ; agasse est signalé comme coexistant avec agace dep. Ac. 1798.
        Emprunt à l'ancien haut-allemand agaza « pie », l'un des trois dérive les plus connus de l'ancien haut-allemand aga « id. », les deux autres étant ancien haut-allemand agalstra et agastra « id. » (cf. nouveau haut allemand Elster « pie »).
           L'étymon ancien haut-allemand agaza est attesté au XIIIe s. au sens de « pie » ds Althochdeutsches Wörterbuch, éd. E. Karg-Gasterstädt et Th. Frings, t. 1, s.v. (nom. sg. Gl., éd. Steinmeyer et Sievers, 3, 463, 39, Florenz XVI, 5 : agaza. agilstra pica) ;
           L'ancien haut-allemand aga est attesté au XIe s. au sens de « pie », op. cit., s.v. (nom. sg. aga, Gl. éd. Steinmeyer et Sievers, 4, 228, 3, Brüssel 10 072 : picus specter inde pica aga).
        Pour des raisons chronologique le mot français du Nord ne peut pas avoir été emprunté à l'ancien bas-francique.
        La forme française agasse est peut-être influencée par le provençal. L'ancien-provençal :
            1. 1182, Agassa, nom de famille (ds C. Brunel, Les plus anciennes chartes en lang. prov. ; recueil des pièces orig. ant. au XIIIe s.; suppl.; Paris, 1952, p. 96, Rouergue, Don à l'abbaye de Bonnecombe par Oalric d'Albi ; de ses droits seigneuriaux sur divers biens : [...] Guiral Agassa) ;
            2. XIIIe s., ancien-provençal agassa « agace, pie » (Deudes de Prades, Auzels cassadors, Bibl. de l'Arsenal, belles-lettres françaises, Ms. no55, vol. V.Z. ds Rayn. t. 3 s.v. gacha : Que non prenda pic ni Agassa Ni autre auzel que mal li fassa), semble emprunté au gotique *agatja (Kluge 1967). Dans la partie nord du domaine occitan et la partie sud du domaine français, sur une zone large d'environ 200 km, s'étendant de l'Océan aux Alpes, domine le type ajasse, -g- étant devenu -z̆- (poitevin ajace, berrichon ageassse), développement phonétique qui indiquerait un emprunt très ancien au gotique, FEW, loc. cit.
        Le mot agace a été en lutte avec les représentants du latin pīca. Le type germanique agaza domine encore actuellement dans les dialectes gallo-romans à l'exception de la région parisienne, la Normandie et une partie de l'Ouest, de la Champagne et du domaine franco-provençale où domine le type pīca (pie*), FEW t. 8, s.v., p. 423, largement employé par la langue écrite et qui s'est finalement imposé en français, reléguant agace au niveau des dialectes.
        Dans les autres langues romanes, on trouve également la forme germanique : italien "gazza, gazzera" (où le Dizionario Etimologico "etimo.it" indique un rapprochement avec gazouiller et jaser, là où le CNRTL dit qu'ils sont onomatopéiques), le romanche "giazla". En roumain on trouve gaiță (du serbo-croate galica) et coțofana (de l'ukrainien кукохвостир).
        On retrouve l'étymon latin pica en portugais (pega). L'espagnol urraca serait dérivé de oro (or, en latin aurum) sans lui exclure également une origine onomatopéique. L'anglais reprend le mot français pie en lui ajoutant le déterminatif mag- (pour Margaret, surnom donné aux femmes bavardes).
       L'étymon latin pica remonte à l'indo-européen *(s)peik-  qui donne en allemand Specht (le pic en allemand, mais nom de la pie en luxembourgeois) et l'anglais woodpecker.
       Le rapprochement entre la pie et quelqu'un de bavard (bavard comme une pie) est courante dans toutes l'Europe. De là également le verbe agacer, dont l'étymologie n'est pas établie, mais que l'on pense faire référence à la pie, pour preuve un vers célèbre du pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Deguileville (poète normand du XIIIe siècle) :
                     Et tout aussi comme l'agache
                     Par son crier et agachier
                     Nul oysel ne laisse anichier
                     Pres de li, ains les fait fuir



    Exemple :

    Agache-Jean de La Fontaine, L'Aigle et la Pie

    illustration des Fables de La Fontaine, L'Aigle et la Pie

    L'Aigle et la Pie (Jean de la Fontaine)
    L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie,
    Différentes d'humeur, de langage, et d'esprit,
            Et d'habit,
        Traversaient un bout de prairie.
    Le hasard les assemble en un coin détourné.
    L'agace eut peur ; mais l'aigle, ayant fort bien dîné,
    La rassure, et lui dit : Allons de compagnie :
    Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie,
        Lui qui gouverne l'univers,
    J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
    Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
    Caquet-bon-bec alors de jaser au plus dru,
    Sur ceci, sur cela, sur tout.
    L'homme d'Horace, Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût su
    Ce qu'en fait de babil y savait notre agace.
    Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
        Sautant, allant de place en place,
    Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
        L'aigle lui dit tout en colère :
        Ne quittez point votre séjour,
    Caquet-bon-bec, ma mie : adieu ; je n'ai que faire
        D'une babillarde à ma cour :
        C'est un fort méchant caractère.
        Margot ne demandait pas mieux.
    Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux :
    Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
    Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux,
    Au cour tout différent, s'y rendent odieux :
    Quoiqu'ainsi que la pie il faille dans ces lieux
        Porter habit de deux paroisses.
    (à propos de cette dernière ligne, Louis Vermesse cite Escallier, Remarques sur le Patois : "On appelait agacies les religieux dont l'habit était noir et blanc, par conparaison avec le pennage de la pie).


    LAFLEUR. - Sale joène [jeune] d'agache ! El fois-chi, tu n'y coeup' point ! Prépare chés braises, Tchot Blaise !


    Din ène sartaine école ec j'étoés cinsé driger, o z'avoèmes ène inspectrice qu'al étoét futée comme ène vielle agache pi qu'al edvinoét tout ch'qu'o voloét li mucher rien qu'à vir chés airs ed feux tchul d'ses subordonnés. (Jacques Varlet, Picartext)

     

    agache (une)

    La Rue des sept agaches, la plaque est en bas à droite
    (source : bm-lille.fr)


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  • La principale maison de correction était la Maison forte ou Raspuck (aussi dite maison du Raspuck) au coin du quai de la Basse-Deûle et de la rue Comtesse.

     

    Bonne et forte maison, 

    dite Maison de salut ou Raspuck

    Localisation : à l'emplacement du Palais de justice

    Datation : 1663

    Fondée grâce au legs de François Gilles pour l'édification d'une demeure pour retenir et faire travailler les vagabonds hommes et femmes. Il deviendra un lieu de coercition pour les filles publiques. Il sera rattaché à l'Hôpital général. Fermé à la Révolution, il sert d'hôpital militaire en 1813 et fut transformé en prison pour suspects. 

    En 1836, la maison est détruite pour permettre la construction du Palais de Justice.

    Source : Inventaire sommaire des Archives hospitalières de Lille antérieures à 1790. Tome second, 1898.

    source : http://www.patrimoinehospitalierdunord.fr/epoqueclassique-lille-bonne-et-forte-maison-dite-maison-de-salut-ou-raspuck.html

     

    FEW indique pour ce mot :

     

        rasphuys (fläm.) zuchthaus. Flandr. raspuse „maison de détention“, raspuck. – Der fläm. Ausdruck deruht aus zuss. von raspen und huys, weil man die gefangenen mit holzsägen beschäftigte.

     

    Raspuck (Plan de Lille, P.F. Rousseau, géom. du Cad., 1822)(gallica)

    J Mon d'Arrêt dite Raspuck
    (Plan de Lille, P.F. Rousseau, géom. du Cad., 1822)
    (source : gallica)


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  • Définition : étrangler

     

    Prononciation : j’ai toujours entendu la prononciation étroner, qui est une déformation de la forme étran.ner [etrãne], le son de la nasale se rapprochant du [o]. On trouve dans les dictionnaires picards les orthographes étraner, étranner, étran.ner, . À Ath, René Huvelle indique èstran.neu, stran.neu, ètran.neu. 

     

    Répartition : Picardie, Nord, Belgique (en wallon, on trouve (e)s(i)tronner ou stronler, en lorrain Léon Zéliqzon note les formes proches tran’wo, trènower et trôgni).

     

    Dérivés : s’étronner, étrane-midi et étraner d’faim ("affamé, qui meurt de faim" chez Hécart)

    (à ne pas confondre avec le mot d’argot étronner qui vient de "étron" et signifie donc "déféquer“).

     

    Synonyme : étoquer/étotcher (pour estomaquer), énoquer (pour étouffer), égavioter (pour égorger) …

     

    Origine : du latin strangulare : comme en français l’association str- a donné étr- ou str-, par contre l’association -ngul- / -ngl- connaît une transformation similaire à l’association -nbl- (cf. trembler = tranler > tranner, sembler = sanner, ensemble  = ensanne, ébranler = ébranner, esseigler = essoiler).

     

    Alain Dawson, Variation phonologique et coh ́esion dialectale en picard (HAL.archives-ouvertes.fr Id tel-01387600)

    Alain Dawson, Variation phonologique et cohésion dialectale en picard
    (HAL.archives-ouvertes.fr Id tel-01387600)

     

    Exemple :

    On retrouve souvent l’exemple d’étrangler pour tuer une poule : "Les chiens et les renards, les putois et les fouines étrannent les poules. Un chien en étranne un autre" ; "La bête al a étranné no glingne" (chez Haigneré). Il semble que ce soit un sens élargi également présent en ancien-français : « Li lions qui gardoit le sanc Nostre Seigneur / Les estranla tous deux...» (Chanson de Baudouin de Sébourg)

     

    In disant o, su chl’inocint,  

    Conme un furibond, ch’leu i seute 

    Et pi ll’étranne d’un boin coup d’dint.   

    Gaston VASSEUR (1955), traduction de la Fable de La Fontaine, Le loup et l’agneau (Chu leu pi ch’piot égneu (L. I, 10), https://lanchron.fr/fable.htm)

     

    Chou qu’j’sais ben, ch’é ki féso traner, braire et rire chés geains tout al fos. I moutro comme i fo à tertain et à tertous qu’chel lo d’Disjonction kalle n’serviro mi qu’à étraner chez liberté. (L' z' Épistoles kaimberlottes d' Jérôme Pleumecoq dit ch'Fissiau, par M. Henri Carion) 

     

    I s'étoque, i s'étran-ne, i s'époumon-ne ! I' l'in d'vient tout aussi bleu qu'd'él porée d'choux rouches ! El vlà qu'i tousse, à n'in raquer ses dominos, aveuc des rassaquées d'halein-ne pires qu'eunne chasse d'iau qui s'désarmorce !

    Raymond Coudert (Picartext)

     

    alorss min tayon i cminchoait à rire, à rire, i s'étran.noait d'rire, il évnoait tout rouge 

    Jean-Pierre Calais (Picartext)

     

    Avant d'alli s'rassir tous deux, da leu cado,

    Ercantant ech viu air d'leu gazious qui s' étrannt' …

    Emoustillis tous deux par un tchout doui d'vin blanc,

     

    Nord-PdC COLLECTIF (Picartext)


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  • Définition : bouillie pour enfants (Vermesse dit farine délayée avec du lait), panade ; pâte flasque et compacte ; colle de pâte, colle de farine ; empois ; boue (papin est aussi le nom de la blatte, désigne aussi un coup, une gifle, une raclée et est une déformation du mot pépin. Enfin Albert Droulers indiquait dans Sous le poing de fer (1918) "comme il est sévèrement interdit de prononcer les mots « boches » ou « barbares », ils parlent des « papins gris » ou des « paratonnerres » en souvenir du casque à pointe, aujourd’hui presque disparu"). Citons enfin la tarte au papin, appelée aussi tarte au libouli, tarte à gros bords ou tarte porteloise, spécialité culinaire du Boulonnais inventée par Mémère Harlé à Wirwignes en 1919.

    Répartition : Nord, Belgique (dans la Somme, on dit papin pour la bouillie de farine et d'eau, et papiner pour coller, ch'est min papin pour c'est mon régal). Legrand ne cite que patiau "patée pour les oiseaux". Hécart fait entrer dans son dictionnaire papin et indique "On dit pape en Belgique ; même origine".
         Vermesse signale dans le même sens papette à Roquefort, pépette dans le centre de la France et papet dans l'Isère. Papin et papoute (Julien Travers, Glossaire du patois normand). Fertiault dans son Dictionnaire du langage populaire verduno-châlonnais cite les variantes : papéte (Verdun), pépette (Berry), papôte, papa (Bourgogne), papet (Dauphiné), paipet (Franche-Comté), papet, papette (Genevois), pépette (picard), papin (rouchi), papet (Toulouse), pape (wallon). Voir panée et papoute et poupoute où il renvoit à papoute, papoue (Berry), papôte (Bourgogne), papoute (Champagne), papin (Flandre), papa (Forez), papot, papote (genevois), papa (Haute-Auverge), papoute (Morvan), poupou (Saintonge)...

    Dérivés : paper (wallon), papiner, papéner (verbe coller ou manger le papin), papinette "cuillère de bois pour manger le papin, bouillie" (Vermesse), rapapiner et papineux (Corblet). L'adjectif wallon est papiasse. Dans le Boulonnais, Haigneré donne uniquement l'expression S'papiner les loupes (se pourlécher, avoir l'eau à la bouche), quand Corblet pour ce sens donne le verbe se papeter. Huvelle indique l'expression de Ath jë  n’ sé pus dîre pâpe ! que dit  quelqu’un qui a mangé plus que de raison (se dit en flamand également ik kan geen pap meer zeggen). Empapinné ("povre prisonnier, doré et empapiné d'oeufz, de fromaige et de lait, et aultres choses plus de cent") se rencontre dans Les Cent Nouvelles nouvelles, dites du roi Louis XI, recueil de contes, composés de 1456 à 1461 à la cour du duc de Bourgogne Philippe le Bon à Genappe (Brabant wallon).

    Origine : Beaucoup d'auteurs anciens le font provenir du breton ou du celte, mais le dictionnaire étymologique du breton de Victor Henry (1900) signale qu'il remonte à un latin vulgaire pappa. Le breton a d'autres mots pour ce sens de bouillie kaot (du latin calidum, chaud) et yod, youd (aussi avec le sens de confiture) avec le gallois uwd,  cornique yôs, et vieil-irlandais íth (« porridge »), de l'indo-européen *ieu/*gheu (« mélange ») qui a donné jūs  (« droit, autorité ») en latin, ζωμός, zômós (« sauce ») en grec ancien, gjanë (« soupe ») en albanais...
        La première attestation est trouvé dans les textes du célèbre talmudiste français de Troyes, Rachi, au XIe siècle. Il se retrouve au XIIIe siècle dans les dialectes de l'Ouest, et ne subsiste plus guère que dans le dialecte wallon 1812 (Ph. Delmotte, Essai d'un glossaire wallon, p.496). Il vient du latin pap(p)a, mot expressif dont les enfants désignent la nourriture, attesté dans les autres langues romanes : ital. pappa (XIVe s.), espagnol papa (1400) et également en anglais (ca. 1430). Voilà ce que nous apprend le très bon CNRTL qui ne cite papin que dans le DMF (Dictionnaire du moyen-français). Le mot est également breton sous les forme pap et papa [preder.net et devri.bzh].
        C'est oublier l'influence des langues germaniques. La même sonorité pour le même sens se retrouve en effet en allemand Pappe, mot féminin (‘matériau solide et plat fait de pâte grossière de papier’, autrefois ‘feuilles de papier épaisses et rigides collées ensemble avec plusieurs couches de colle’, dérivé (XVIIIe siècle) de Pappe ‘masse compacte, pâte’), Papp (Expression élémentaire du langage des enfants, qui imite avec ses lèvres le processus de se nourrir. Des formes comparables dans d'autres langues se sont probablement développées indépendamment les unes des autres ; voir lat. pappa, mnd. mnl. pap(pe), engl. nl. pap 'bouillie pour enfants'.) L'allemand a également le verbe familier pappen pour coller. Signalons que la bouillie d'épeautre se dit Habermus (littéralement mousse d'avoine). En schwyzerdütsch, on trouve Papp(e), bap(p) ou bäp(p) pour la bouillie, et bappig pour l'adjectif (comme de la bouillie). En suisse alémanique de bernois, on trouve päppele pour préparer la bouillie. On rencontre même, passé par l'évolution des consonnes en alémanique, un chirsipfäffer (bouillie aux cerises). Le romanche dit également pappa pour l'allemand Pappe et l'italien pappa. Le luxembourgeois connaît bien Pap dans le sens de colle à tapisser, mais réserve pour la bouillie Bräi.
        L'étymologue anglaise de pap renvoi à une origine du vieux-français.
        Le dictionnaire étymologique de la langue néerlandaise nous indique le mot est probablement de la langue des enfants qui pourrait provenir indépendamment de différentes régions. Cependant, selon Frings (1932), la diffusion initialement limitée, uniquement en néerlandais, en Basse-Allemagne et en Rhénanie, laisse penser que le mot a été copié du roman. On peut comparer le pappa italien "bouillie pour enfants" et le pappa latin "bouillie, " et le pappare "manger de la bouillie". Pappen en flamand veut dire "être alimenté par un tiers, donner de la bouillie".
        On peut donc penser que la présence du terme dans les langues germaniques a pu influencer la survivance du mot dans les dialectes du Nord de la romanité. Il est en effet courant en néerlandais et en flamand, on l'avait déjà évoqué sous la forme bloempap dans l'article sur la guinse, mais on ne compte plus les composés avec pap : rijst(e)pap, griesmeelpap, havermoutpap, gortepap, bloemenpap. broodpap, lammetjespap et dans différents dialectes tutjespap, chocolatte pap...

    pape (une), papin (un)
    les différents pap de la marque Campina


    Exemple :
    Ta soupe, ch'est de l'vraie pape !

    Come des parints ki spotchrént les canadas, les raecenes et l' fricassêye po fé ene pape po leu ptit påpåd ki cmince a mwindjî (L. Mahin, wallon)

    - Allons, au zuste, combien veux-tu vende vot' seval ?
    - Vas t'coucher, flaüte, et n'avanch' pus auprès d'mi pach'que t'allonche un papin su l'groin , t'iras t'pourmener aveucq cha dins tin pays... (Alfred Danis, Fantaisies drôlatiques et burlesques, 1850)

    Lucien, min voésin, li sin papin ch'est d'gardiner. (Jean-Pierre Calais, Picartext)

    J'ai vu des femm's qui s' crapougnottent,
    S'lancer des terrin's ed' papin,
    S' bombarder d' cops d' tart's à compote
    Imag' vrai', du droit qui s' défind ! (Jules Mousseron, Picartext)

    Il est vif comme un pou dans le papin (Le Broutteux du 27 mai 1883, in Eugène Rolland, Faune populaire de la France. Tome 12)

    pape (une), papin (un)
    capture d'écran de la vidéo sur la tarte au papin de chez Mémère Harlé

    pape (une), papin (un)

    Les Dimanches de la femme, 14 décembre 1930


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