• GAB > GAL

    gabegie    Prob. dér. du rad. de gaber* qui a survécu en domaine d'oïl dans l'Ouest (cf. FEW t. 16, p. 3a); c'est peut-être le révolutionnaire normand J.-R. Hébert (né à Alençon) qui a fait le succès de ce dér. Formation obsc., peut-être analogue à celle de tabagie* ou à celle de cabajoutis*, cabagétis, cabagi, cabgit. D'apr. FEW t. 2, p. 243b, note 8, -getis résulterait de l'association jeter + suff. -aticius ou -ivus.
        GABEGIE, micmac, intrigue. « Ce mot trivial, dit Ch. Nodier, qui le définit par ruse, fascination, etc., est d'un usage si commun dans le peuple qu'il n'est presque pas permis de l'omettre dans les ictionnaires et qu'il est du moins curieux d'en chercher l'étymologie. Il est évident qu'il nous a été apporté par les Italiens du temps des Médicis... Gabgie ou gabbegie est fait de gabbo et de bugia, ruse et mensonge. » Rien de plus invraisemblable que cette dérivation. Gabegie est, d'après toute probabilité, de là même famille que l'anc.fr. gabuserie ; on le rattache généralement au verbe gaber, tromper, railler. (Scheler). Cf. grabuge.

    gaber (moquer), gab, gabeur, gabeler    Dér. de gab « plaisanterie, moquerie » (ca 1100, Roland, 2113), de l'a. nord. gabb « raillerie » cf. m. néerl. gabben « railler » (Verdam), ou plutôt issu de l'a. nord. gabba « railler, se moquer de ». Mots apportés par les Vikings, leur adoption est sans doute à mettre en rapport avec la nuance spéciale d'ordre affectif qui s'y attachait (tandis que haine, honte, hargne, orgueil ... sont d'orig. frq.). Gab et ses nombreux dér. en a. fr. et en a. prov. tombent en désuétude à la fin du Moy. Âge avec la disparition de la chevalerie (v. Varillas, Hist. de Henry III, l. IV ds Gdf. t. 4, pp. 197-198) pour ne plus survivre que dans les dial. (Ouest, francoprov., occitan); dans la langue littér., le verbe gaber a été repris, comme terme du Moy. Âge, au xixes. (cf. Michelet, loc. cit.), cf. FEW t. 16, p. 3 et DEAF, col. 12-18. Cf. gabegie, grabuge.

    gabet (régionalisme du littoral de la Manche (et chez Rabelais), pour girouette et par extension, pinnule pour déterminer en mer la hauteur des astres)    Dérivé d’un radical gab qui paraît apparenté à l’angl. gable, pignon, §§ 8 et 133. D’après th. corn, gabet au sens de « « girouette » n’est usité que sur la Manche. (Hatzfeld & Darmesteter)

    gable / gâble    Ca 1200 agn. « pignon ». Du b. lat. des gloses gabulum (class. gabalus) « gibet, potence », d'orig. gaul., auquel correspond l'a. irl. gabul « fourche » ; de l'agn., le m. angl. gable (1re moitié xive s.).
        Nom, en Normandie, du pignon ou partie des murs qui s'élève en triangle et sur laquelle porte l'extrémité de la couverture. bas-lat. gabulum ; angl. gable, de l'allem. Giebel, faîte, sommet. (Littré).
        Origine scandinave pour Henriette Walter.

    gâcher    De l'a. b. frq. *waskôn « laver » que l'on peut restituer d'apr. l'a. h. all. wascan « id. » (Graff), le m.  néerl. wasschen « id. », l'all. waschen « id. » et qui a sans doute été introduit en gallo-roman avec le sens très gén.  de « passer à l'eau, laver sommairement », d'où la signification « laver du linge » en partic. dans les dial. du Nord  (Flandre éwaquer « tremper une première fois du linge à lessiver dans l'eau », pic. « tremper le linge dans l'eau  sans le laver complètement » ds FEW t. 17, p. 541a), les emplois techn. (1, 2, 3) et les emplois péjoratifs.; DEAF  col. 345.

    gadrouiller ((dans le Lyonnais). Tripoter, marcher dans l'eau boueuse)    [Attesté indirectement par le dér. engadrouller trans. « teindre » (1346, Amiens ds De Poerck t. 1, p. 37, note 2)]. Début du xixes. gadrouiller « patauger dans la boue » (Ph. Delmotte, Essai d'un gloss. wallon ds FEW t. 15, 2, p. 75a). Orig. obsc. Dér. de gadrouille « eau épanchée, bourbe » (début du xixes., Ph. Delmotte, loc. cit.) qui est peut-être issu, par croisement avec gadoue*, gadouille, de drouille*, proprement « colique » (FEW, loc. cit.).

    gailletin, gaillette, gailleterie (morceau de charbon)    Dér. à l'aide du suff. -in* de gaillette « morceau de houille de taille moyenne » (1803, Boiste : gayète), mot wallon (Haust Dict. fr.-liégeois, s.v. houille : gayete; Hécart et Verm. : galiette) dimin. de gaille « noix » (déjà attesté au xves. en anc. namurois ds R. Lang. rom. t. 38, p. 163) ce charbon se présentant en morceaux de la grosseur d'une noix, issu par syncope d'un lat. pop. (nux) gallica « (noix) gauloise » (ixes. ds Archivum Latinitatis Medii Aevi, 2, 21 d'apr. FEW t. 4, p. 37) [d'où également l'a. fr. nois gauge (1remoitié xiiies., Aucassin et Nicolette, éd. M. Roques, XII, 24)], le noyer étant d'une très anc. implantation en Gaule.

    (taper à) gailles (B)    « choisir au hasard » (gaye signifie noix en wallon et en picard).

    galantine    Ca 1223 galentine « gelée dans laquelle on sert du poisson ou de la viande » (G. de Coinci, Mir. Vierge, éd. F. Kœnig, I Mir 29, t. 2, p. 280, 186); ca 1225 galatine (Hist. G. le Maréchal, 9666 ds T.-L.). Prob. empr. au dalmate de Raguse galatina, dér. du lat. gelare (geler*) avec traitement sans palatalisation et passage de e à a propre au domaine dalmate (Raguse était en outre renommée pour ses exportations de poissons en gelée; v. FEW t. 4, pp. 88-89; M. G. Bartoli, Die Dalmatische, t. 1, p. 156 et t. 2, p. 291 et 378; C. Jireček ds Archiv für slavische Philologie, 1899, pp. 402-403; cf. gélatine), plutôt que résultat gallo-rom. d'un type lat. vulg. *galare (pour gelare) reconstitué entre autres d'apr. l'a. fr. galée (pour gelée*; hyp. du DEAF) qui est en fait une graphie picarde.
        Bas-lat. galatina, ce qui écarte la dérivation de galant et indique un radical gal, qui se trouve dans l'allemand Gallert, gelée, gélatine, et qui est le radical latin gel dans gelare, geler. La galatine ou galantine du moyen âge était une préparation de poissons. (Littré)
        GALANTINE, anc. galatine; c'est prob. une altération de gélatine. (Scheler)

    galerne    Ca 1140 « vent du Nord-Ouest » (Pèlerinage de Charlemagne, éd. P. Aebischer, 3544 : ... galerne ... bise ne altre vent Ki ferent al paleis devers occident). Terme prob. issu des côtes norm. de la Manche (cf. maintien du g- initial) et étendu de là à l'intérieur des terres (Ouest jusqu'à la Gironde, v. FEW, t. 4, p. 29 a et carte par M. Alleyne ds R. Ling. rom. t. 25, p. 119). D'apr. FEW, loc. cit. 29b (v. aussi DEAF), galerne serait un dér. en -erna d'apr. le lat. hibernus « d'hiver », du rad. prélat. *gal- [dans le gaul. *galare « geler »] (qui semble inconnu).
        Brie, galarme, vent d'ouest, galarmiaux, les nuages qu'il apporte ; espagn. portug. et ital. galerno ; du celtique : bas-breton, gwalarn ; du radical gal, vent ; anglais, gale. (Littré)
        GALERNE (vent de) = vent du nord-ouest, esp. port. galerno, prov. galerne, bret. gwalern. La racine est gal, qui signifie en irlandais souffle du vent, et en anglais, sous la forme gale, vent frais. La terminaison de galerne fait supposer que ce mot a d'abord été employé dans le midi de la France, mais le radical parait celtique, bien que Nicot ait pensé au L. gelare en disant : nom de vent qui fait geler les vignes. - Johanneau dérive le breton gwallern de gwall, mauvais, et d'arne, arnea, ou arnef, temps d'orage. (Scheler)

    galet    Terme surtout attesté dans l'Ouest et sur la côte picarde, dimin. en -et* de l'a. fr. gal « caillou » (ca 1200, norm.-pic. Aspremont, éd. L. Brandin, 3738); (ca 1195 norm., Ambroise, op. cit. 4799 ds T.-L.), de même aire d'orig. (cf. maintien du g- ), prob. issu d'un rad. préroman *gallo- « pierre » (v. Hubschmid, I, 66), FEW t. 4, p. 45a proposant un gaul. *gallos « id. » que l'on peut déduire de l'a. irl. gall « pilier de pierre, pierre », Thurneysen, p. 100, Dottin, p. 258; cf. DEAF col. 72-73.

    galette    Fém. de galet*, en raison de la forme de cette pâtisserie; suff. -ette*; cf. l'a. norm. gale « gâteau plat » (xiiie s., Rouen ds FEW t. 4, p. 43a).

    galfâtre    1808 « sobriquet d'un garçon d'hôpital ou d'auberge » (Hautel); 1835 « bon à rien » (Balzac, Lettres Étr., t. 1, p. 281). Peut-être altération, au moyen du suff. péj. -âtre de galefretier « ouvrier calfat » (1542, Rabelais, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, XX, 59 var.); « bon à rien, vaurien » (1564, Id., Prologue livre V, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. III, p. 9), dér. de gallefreter « calfater » (1542, Id., Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, I, 149 var.), lui-même altération d'un plus anc. galefeustrer (1478), v. calfeutrer, ou bien, d'apr. Wartburg, dér. de galfat, forme dial. de l'Ouest du fr. calfat1* (cf. FEW t. 2, p. 57b et 58a; Bl.-W. 5).
        Galfâtre, P., gourmand, goulu : comme le jeune loup, en suéd. varg, et comme le loup, en all., angl. et holl. wolf. (Timmermans).

    galibot    Mot du vocab. de la mine, d'orig. pic., issu par substitution de suff., du pic. galibier, déformation de galaubier « polisson » (cf. FEW t. 17, p. 478b) dont l'orig. est peu claire : le m. fr. *galobier « gaillard » n'existe pas (cf. DEAF, col. 96), on ne trouve que galoberie « divertissements, prodigalités » (R. des Romans, éd. Tanguerey, 438), hapax de sens discuté, attesté dans le seul ms. BN 25407 du mil. du xiiie s. (cf. Gdf.), le meilleur des mss dont la leçon est partiellement confirmée par un second ms. qui donne galobies, var. manancies; galoberie représenterait le croisement de galer (v. galant) et de loberie « cajolerie trompeuse, séduction trompeuse » (début xiiie s. ds T.-L.) dér. de lober « tromper », issu de l'a. b. frq. *lobbon « guetter » ou empr. au m. h. all. loben « louer » (v. DEAF, col. 87).

    galimafrée    Prob. issu du croisement de l'a. fr. galer « s'amuser, mener joyeuse vie » (v. galant) et du pic. mafrer « manger beaucoup », lequel est empr. du m. néerl. moffelen « travailler des mâchoires » (cf. all. muffeln « mâchonner »). Cf. mafflu, mafflé, camoufler.

    galipette    Mot prob. d'orig. dialectale, cf. le havrais calipette « cabriole », le nantais calipette « id. » (1865 ds Dauzat), galipote « course effrénée » en partic. ds l'Ouest (v. FEW t. 17, p. 478b), peut-être dér., à l'aide du suff. -ette*, de galipia « goinfre » (1792 ds Brunot t. 10, p. 212), poit. galipaud « vaurien » (ds FEW t. 17, p. 478), var. de galapiat*.

    gallon    Empr. à l'angl.gallon « mesure de capacité » (ca 1300 ds NED), lui-même empr. à l'a. fr. du nord du domaine d'oïl galon « mesure pour les liquides » (fin xiies. Moniage Guillaume, éd. W. Cloetta, II, 271) cf. lat. médiév. galo, -onis (1135-39 ds Nierm. et Latham), prob. à rattacher à la famille de l'a. fr. jalaie « mesure de capacité » (1175-80 Renart, éd. M. Roques, IIIb, 5041), lat. médiév. galleta « id. » (xes. ds CGL t. 5, p. 564, s.v. cratera) d'orig. inc. (FEW t. 4, p. 35).

    galoche    Orig. très discutée; les corresp. rom. (domaines hisp., ital.), all., angl. semblent empr. au fr. Plusieurs étymons ont été proposés :
    − gr. καλόπους, -ποδος « forme de cordonnier » à travers une forme *calopia, *galopia pour le b. lat. calopodia « id. » (G. Paris ds Romania t. 3, p. 113; Cor. t. 2, p. 634; v. aussi REW3 1525);
    − b. lat. gallicula « galoche », proprement « petite chaussure gauloise », dimin. du class. gallica « galoche » (EWFS2);
    − dér. pic. ou norm. du gaul. *gallos, v. galet, la semelle épaisse et rigide de la galoche étant comparée à une pierre plate (FEW t. 4, p. 45 b; Bl.-W.5);
    − H. et R. Kahane ds Rom. Philol. t. 21, pp. 503-504 font appel à 2 var. gr. : l'une, *kalórtion (composée de kãlon « bois » et de -artion, de -artêr « sorte de chaussure de feutre »; cf. gr. byz. cheiórtion « gant »), latinisée en *calortium : d'où le calabrais calorci « sandale de montagnard »; l'autre *kalóchtion (-óchtion étant un développement second. de -órtion; cf. le gr. byz. cheiróchti « gant »), latinisée en *caloctium; cette seconde var., d'orig. massaliote, aurait été diffusée à partir de la Provence (a. prov. galochas xiiie s., Leudaire de Narbonne ds Levy Prov.), parvenant en fr. ds la seconde moitié de xiiie s.; cf. DEAF col. 96-97.
        Godefroy note pour galocher, Norm. Bessin, galochier, v.a., déformer ses chaussures ; v.n. marcher de travers. (Dictionnaire d'ancien-français)