• GRO > GRU

    grogner (et grognard)    [1174-76 gronir « murmurer en signe de mécontentement » (G. de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 5613)] fin xiie s. grognier « grogner » (en parlant d'un homme) (Moniage Guillaume, 2312 ds T.-L.); ca 1223 (en parlant d'un animal) (G. de Coinci, Mir. Notre-Dame, éd. V. F. Koenig, II Mir 24, 561). Altération d'apr. groin* de l'a. fr. gronir, lat. grunnire « grogner (en parlant du cochon) », var. de grundire (v. gronder).

    grommeler, groumer, groumasser    Dér., à l'aide du suff. -eler* (cf. sauter/sauteler; écarter/écarteler), de l'a. fr. grommer « gronder » (xiiies. Isopets I, éd. J. Bastin, 63, 8), lui-même empr. du m. néerl. grommen « gronder, grogner » et conservé dans de nombreux dial. (v. FEW t. 16, p. 93a et b), mais peut aussi avoir été empr. à l'all. grummeln « grogner » en usage en Rhénanie et en Allemagne du Nord (ibid., p. 94 a). Les formes dial. gremeler (ibid., p. 66a) et grimoler (ibid., p. 65b) représentent le néerl. grimmelen « geindre, se plaindre doucement » (composé de grimmen/gremmen « gronder, grogner » qui est une var. de grommen et du suff. dimin. -elen).

    groseille    De l'a. b. frq. *krusil « groseille » (cf. m. néerl. kroesel, dér. de kroes « crépu », all. dial. Kräuselbeere, proprement « fruit crépu », lat. médiév. grosellarius « groseillier » xies. ds Arch. Lat. Med. Aev., Bulletin Du Cange, 1930, 133) avec francisation à l'aide du suff. -e(l)le* (encore très vivant dans les dial., v. FEW t. 16, p. 422b), puis -eille* sous l'infl. de groseillier*. L'étymol. lat. *acricella proposée par EWFS2est rejetée par FEW t. 16, p. 423b et 424, note 9, étant donné que groisele (1249-85, Rutebeuf, Disputaison de Charlot et du barbier, 65 ds Œuvres, éd. E. Faral et J. Bastin, II, 264) ne peut être considéré comme la forme primitive, le i étant dû sans doute à l'infl. de groisse « grosseur » (1155, Wace, Brut, 6984 ds T.-L.). Ou direct. du néerl. croesel.
    Berry, groiselle, grouselle, égraselle ; wallon, gruzale ; Hainaut, grusiéle, groisiéle ; catal. et espagn. grosella ; pays de Come, crosela ; du germanique : h. allem. krausbeere, kräuselbeere ; holl. kruizbezie, groseille, proprement fruit crêpé, de kraus, crêpé, et beere, baie. L'allemand dit Grosselbeere mot à mot baie du grossel ; c'est de là que vient le mot grossulus des botanistes. Comp. le celtique : gaélique, groseid, groseilie ; irl. grosaid, qui, selon Diez, est emprunté au français. (Littré).

    grouiller    I altération de l'a. fr. grouler « s'agiter, s'ébranler » (ca 1280, G. de Bibbesworth, Traité, éd. A. Owen, 249, crouler, ibid., 250) forme secondaire de crouler, v. crouler2, sous l'infl. de verbes en -ouiller du type fouiller*, cf. Bl.-W.5. II altération du m. fr. grouller « grogner » (xives. ds T.-L.) lui-même empr. au m. néerl. grollen « gronder » (Gesch., 130) sous l'infl. des verbes en -ouiller du type fouiller* (FEW t. 16, p. 61a et 62a).
        Picard, grouiller, s'affaisser, en parlant d'une berge ; Berry, groûler, grouller, remuer, mouvoir. Diez le tire de l'anc. haut-allem. grubiôn, fouiller, ou crewelôn, grouiller, démanger. Mais les emplois effectifs du verbe grouiller en paraissent faire une forme dérivée de crouler ou crouller (voy. CROULER), qui, dans l'ancien français et encore aujourd'hui dans certains lieux, signifie agiter, remuer. On remarquera que grouiller, dans l'historique, est récent ; ce qui convient à un verbe ancien (crouler) qui a pris une forme populaire. (Littré)

     

    grue     De grue (oiseau) par assimilation de forme avec infl. du m. néerl. crane « appareil qui sert à soulever les fardeaux » (FEW t. 16, p. 356a).

    gruger (réduire en grain ; dépouiller quelqu'un), grugeage, grugeoir, grugeur    Empr. au néerl.gruizen « broyer », de la même famille germanique que gruau 1* (De Vries Nederl., s.v. gort, gruis).