• II. Le picard 8. Influence d'autres langues ? - espagnol, italien, maltais

     

    L'espagnol :

    On l'a vu le picard a parfois influencé l'espagnol :

    • déjà évoqué faraud, de faraute.

    • flamenco, qu'on a déjà évoqué également et dont l'origine est incertaine.

    • gouape empr. à l'arg. esp. guapo « rufian, coupe-jarret », attesté dep. le xve s. (statuts de la Guardugna [association de malfaiteurs esp.] d'apr. Dauzat Ling. fr. p. 283; le mot, devenu adj. en esp., a pris le sens « vaillant, élégant, beau »), lui-même prob. empr. au fr. région. du Nord : a. pic. vape, wape, gape « fade, insipide (en parlant d'aliments) », « affaibli (en parlant d'une personne) », « dérangé (en parlant de l'estomac) » (v. DEAF, s.v. gape et FEW t. 14, p. 168a; wap comme terme d'injure en 1379 ds Du Cange), issu du lat. class. vappa, qui signifiait à la fois « vin éventé » et « vaurien »; un croisement avec un mot germ. pour expliquer le g initial (Cor., s.v. guapo; FEW t. 14, pp. 168b-169) n'est pas nécessaire (cf. K. Baldinger ds Mél. Gossen, pp. 89-104).

    • L'anascote, dont la première attestation est espagnole (1527) et dont on pense que l'origine est la ville d'Hondschoote, dans la Flandre maritime.

       

    Le calabrais et le sicilien :

    Le baronnage italo-normand correspond à la noblesse originaire du duché de Normandie qui s'est implantée d'abord en Italie méridionale à partir de la première moitié du XIe siècle, puis en Sicile, conquise par les Normands de 1061 à 1091, à partir de la seconde moitié du XIe siècle. La majorité des Normands qui s'installèrent en Italie étaient originaires de l'ouest du duché normand, notamment du Cotentin. Ces familles ne sont pas toutes d'origine normande, car certaines sont d'origine bretonne, un certain nombre d'aventuriers bretons ayant accompagné les bandes normandes en Italie dès les années 1030 au moins, tandis que certaines sont d'origines franques voire flamandes ou byzantines (la famille Grifeo di Partanna). Ces aventuriers flamands sont à l'origine des patronymes italiens Fiammingo, Fiamingo, de Fleöing ou Flamengus, localisés dans le sud du pays, en Calabre et en Sicile. On cite aussi les familles aux noms Ardito ou Artusius (de l'Artois), on connaît également un Thomas de Domna Penta (de Domart-en-Pontieu dans la Somme), ou de Viparda (des Weppes, dans le Nord).

     

    Dans le dialecte sicilien, seraient d'origine normanno-picarde : accattari (acheter), accia / acciu (céleri, de ache, cf. ramonache, remoulade, radis noir), ammintuari / muntuàri (nommer, de mentevoir), ammucciàri (cacher, de mucher), armuarru / armaru / armuario (armoire), appujari (appuyer), àutru (autre), bucceri / vucceri (boucher), buatta (boîte), cappidduzza (capuchon, manteau), carriari (charrier), custureri (tailleur, couturier, de coustrier), nzajari (essayer), firranti (gris, de ferrant), foddi / fuodde (fou de fol), giarnu (jaune)1, giugnettu / lugliu (juillet, de juignet), guastella / guastedda (gateau, de wastel), isari (hisser), làriu / làdiu (laid), largasìa / làscu (largesse), lèstu (rapide, de lest), magasinu / magazzìnu (magasin), manciasciùmi (démangeaison), muccatùri (mouchoir), munzèddu (mont, de moncel), mustàzzi (moustache), 'nsémmula (ensemble), 'ntamàtu (stupide, de entamé), parrìnu (parrain), picciottu (jeune homme, de puchot), purrìtu (pourrit), pùseri (pouce, de poucier), quasetti / causetti (chaussettes), racìna (raisin), raggia (rage), rua (rue), tastari (avoir bon goûter, de taster, cf. l'anglais to taste), travagghiari (travailler), trippari / truppiccari (trébucher, de triper), trùscia (trousse), tummari / attummuliari (tomber)...

     

    Dans le dialecte calabrais, on rencontre : gattugghjare / grattaghjari / catugghiari / cutulijàri (chatouiller), accia (céleri), arrocculàri / rocculari (reculer), perciàri (percer), buccirìa / vuccerìa (boucherie), accattàri / 'cattàri (acheter), sciarabàllu (char à bancs), sparadràppu / spilandràppa / spilandrappu (sparadrap)2, puma (pomme), ràggia (rage), sùrici (souris), racìna / rocìna (raisin), buàtta (boîte), mustàzzi (moustache), ndùja (andouille, la charcuterie), servietti / surbietti (serviettes), muccaturu (mouchoir), ammasùnari (ramener à la maison, à l'écurie, mettre au lit, de à la maison), travagghiàri (travailler)...

     

    Le maltais : Le sicilien est le dialecte italien qui a énormément influencé le maltais, le seul dialecte arabe a être reconnu comme langue officielle d'un pays. Il a la particularité d'être écrit avec l'alphabet latin. Précisons encore que les Musulmans qui débarquent sur l'île de Malte pour l'envahir et la conquérir, en 870, viennent alors de Sicile, région également arabo-berbère à partir du IXe siècle et jusqu'au XIe siècle, lorsqu'elle devient donc normande. Malte est également conquise, depuis Palerme par le comte Roger de Hauteville, Roger II de Sicile, en 1090 qui unifiera toutes les conquêtes normandes en Italie sous une seule couronne. Après avoir changé de main plusieurs fois (souabe, angevine, aragonaise, castillane), elle retombe sous la coupe du royaume de Sicile au XIVe et XVe siècle. Razzias, déportations et pillages parsèment l'histoire de ses échanges de pouvoir. L'italien sera cependant souvent la langue d'écriture jusqu'à récemment. Le conflit franco-anglais s'exporte sur l'île qui devient britannique en 1800, jusqu'à son indépendance en 1964.

    Voici donc les mots d'origine normanno-picarde qui ont été transmis au maltais par le sicilien : armarju (armoire), appoġġ (appuyer), biċċier (boucher), bott (boîte), kaboċċi (caboche, chou), maktur (mouchoir), mustaċċi (moustache), parrinu (parrain), xarabank (char-à-banc, disparu au profit de l'anglais bus)... Miskin (en picard méquène) est également un maltais issu de l'arabe sicilien mischinu (de l'arabe miskīn, également présent en sarde mischinu).

    L'anglais plus récemment a aussi influencé le maltais, on y retrouve le stock normanno-picard suivant : plank (planche, mais aussi pjanċa), avorju (ivoire, remarquons ici la prononciation anglaise de ivory), skrin (écran), gallun (gallon), stjuward (steward)...

     

    1 On constate qu'un certain nombre de mots ont soit une origine française, soit été francisés : ciarmari (charmer), ciantru (chantre ), broccia (broche ), iardinu / ggiardinu (jardin)...

    2 Le terme est plus ancien qu'il n'y paraît, on le rencontre pour la première fois en 1314 sous la forme speradrapu, chez Henri de Mondeville, médecin normand auteur de Chirurgie, consacré à l’anatomie et aux traitements.   


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