• Le breton:

    Du fait de la promiscuité géographique du breton avec les dialectes picardo-normands, il a emprunté un grand nombre de mots montrant ces traits caractéristiques. Les mots en fin d'article entre crochets représentent le breton actuel, tirés, sauf indication contraire, du dictionnaire Freelang1.

    Brañk, s. m., rameau. Empr. bas-lat. branca ou fr. normand branque. [brank(où)]

    Brennik, s. m., (aussi brinnik), bernache, pinne-marine, cymr. brennigen, ir. bairnech, gael. bàirneach, cf. le fr., et ag. bernekke > barnacle. Empr. bas-lat. *bernacula (en fait, il est difficile de savoir si le mot est latin, celtique ou germanique. Mais la dérivation par *bronn-ik « petite mamelle » est exclue par les formes gaéliques. Le mot a du beaucoup voyager. Cf. encore le Dict. Stokes, s.v. barennikâ), dimin. de perna id. [brennig don / brennig plat [br.wikipedia.org]]

    Brusken, s. f., fente de la croûte avant mise au four. Empr. fr. dialectal brèque « brèche », contaminé du précédent (Brumen, s. f., brouillard épais. Empr. fr. bretonisé brume). Conj. [bruzhunañ ?]

    Kabestr, s. m., licou, cymr. cebystr, vbr. cepister. Empr. lat. capistrum (d'où chevestre « corde », enchevêtré, et prov. cabestan). [kabestr [br.wikipedia.org]]

    Kakouz, s. m., cordier, tonnelier (terme injurieux). Empr. fr. ancien cacou, caqueux « lépreux », aujourd'hui cagot. [kakouz(ien)]

    Kampi, s. m., intérêt, usure. Empr. ital. Cambio, « change, banque », lui-même du gaul. latinisé cambium. V. sous kemm. [kampi]

    2 Kañ, s. f. charogne, prostituée. Empr. fr. cagne « chienne » (injure). [karvan(où) / goann / gagn(où)]

    1 Kanol, s. f., canal, chenal. Empr. lat. canâlis. Cf. 2 kân « canal, tuyau, gouttière ». [kanol-vor (-ioù-m.)]

    Kantol, s. f., chandelle, mbr. cantoell, corn. cantuil, cymr. canwyll. Empr. lat. candêla (dont la rac. est sous 1 kann « blanc, brillant »). [kantol(ioù)]

    Kaol, s. m., chou, cor. caul, cymr. cawl. Empr. lat. caulis. [kaol [br.wikipedia.org]]

    Kaot, s. m., bouillie de gruau ou de mil. Empr. bas-lat. caldum pour calidum « chaud » (cf. esp. caldo « sauce »). [kaot(où)]

    Kaoter, s. f., chaudron, corn. caltor, cymr. caltawr. Empr. lat. *caldaria « chaudière », mais refait sur le type de kaot. [kaoter(ioù)]

    Kaouen, s. f., hibou (aussi kaouan), cymr. cuan, vbr. couann. Empr. bas-lat. cavannus (d'où chouan, altéré par étymologie populaire en chat-huant). [kaouenn(ed)]

    Kâr, s. m. amour, amitié ; parent, ami (sens vieilli, cf. lat. carus) : abstrait de karout. V. ce mot. [karantez(ioù)]

    Karg, s. f. charge. Empr. bas-lat. carrica, d'où fr. charge. [karg(où)]

    Karnel, s. f., ossuaire, charnier. Empr. lat. (avec dissimilation de r en l) carnâria, pl. nt. pris pour un fm. sg. [karnel(ioù)]

    Karout, vb., aimer, cymr. caraf, ir. caraim « j'aime » ; rac. KAR, cf. lat. car-u-s « cher », al. hure, « courtisane », sk. car-u « aimable ». [karout]

    Karr, s. m., charrette, cymr. car, vbr. et vir. carr, gaul. latinisé carrus (d'où fr. char), celt. *kars-o- id. : cf. lat. curr-u-s « char », curr-ô « je cours », germ. *hors-a- « cheval » (ag. horse, al. *hros > ross, etc.) [karrigell(où)]

    3 Kas, vb., envoyer, porter, conduire. Empr. fr. (normand) casser = fr. chasser « pousser devant soi », du bas-lat. captiare. [kas]

    Kastréjenn, s. m., nerf de bœuf (aussi kastr tout court) : contient un radical gallo-lat. *castrum « pénis », qu'il faut sans doute reconnaître à la base du lat. castrâre « châtrer ». [kalkenn(où) / kastr(où)]

    3 Ker, adj., cher (dans les deux sens du fr.), mbr. quer. Empr. fr. (normand) quer = cher. Cf. kàr et karout. [ker]

    Kouiñ, s. f., tourte. Empr. fr. ancien et dialectal : cugneul « brioche », coignel, cuignet, cuignot, cuignole, « sorte de gâteau », tous dans God. [kouign(où)]

    Diañtek, adj. innocent ; préf. 1 di-, et *añtek « tache », abstrait d'un ppe *anteket. Empr. fr. (normand) *entaqué « entaché ». Cf. tech. [diantech]

    Difloskein (V.), vb. éclater en morceaux. Empr. fr. ancien fruschier > froissier « briser », avec r > l et préf. 2 *di-. - Conj. [difloskein, rapproché du ouessant blosken, bloskenn par Dom Malgorn, Le breton d'Ouessant, Annales de Bretagne, Année 1909, Volume 25, Numéro 25-2, pp. 199-253 (persee.fr) ; bloskenn(où), pièce (terre, maçonnerie) effondrée (www.douar-nevez.fr/article-22232652.html)]

    Difourka, vb. débusquer, cf. diboufa. Empr. fr. ancien fourc « bifurcation » [d'un bois, d'un chemin, etc.], précédé du préf. 1 di-. [diforc'h]

    Difronk, s. m., sanglot ; abstrait du vb. mbr. difroncqa « s'ébrouer ». Empr. fr. ancien froncquier, fronchier « ronfler ». [difronk(où)]

    Eskammed, s. m., billot : contamination du bas-lat. scamellum « escabeau » et du fr. dialectal *escaffaud « échafaud ». – Conj [eskemmer(ioù)]

    Fank, s. m. boue. Empr. normand fanque « fange ». [fank]

    Fanken, s. f., sole : dér. du précédent (ce poisson s'enfouit dans le sable ou la vase). [fankenn [br.wikipedia.org]]

    Flak, adj., faible, fade. Empr. fr. (argot) flac « flasque ». [flak]

    Flôda, vb., cajoler, caresser : dér. de l'empr. picard flaud, « mou, flasque » (confondu en fr. avec flou). [flourañ]

    Frika, vb. écraser, froisser, mbr. fricaff. Empr. fr. anc. friquer (lat. fricare > frayer). [frikañ / frukañ / frigasañ]

    Frita, vb. frire : dér. de l'empr. fr. frit, frite. [fritañ]

    Furlukin, s. m., bouffon, charlatan. Empr. fr. arlequin (aussi harlequin), plus ou moins contaminé du suivant. [furlukin(ed)]

    Furluok, adj., volage, vagabond ; cf. f. breloque, freloche, fanfreluche, freluque, freluquet, etc. Empr. fr. populaire. [furluok [Favereau]]

    1 Gargaden, s. f., gosier. Empr. fr. ancien et dialectal gargate id. [gargadenn(où)]

    1 Garz, s. m., jars cf. fr. (picard) gars « jars ». Empr. fr. très probable, mais de toute manière étym. très indécise. [garz (girzi)]

    Gavlin, s. m. javeline. Empr. fr. Cf. le suivant.

    Gavlod, s. m., javelot. Empr. fr. ancien gavelot, lequel, à son tout, est celt. d'origine et paraît se rattacher au type gavl > gaol « enfourchure », mbr. gafl et gaul, cymr. gafl, vbr. pl. gabl-au « fourche », vir. gabul « fourchette », ir. gabhal, gael. gobhal, gaul. latinisé gab-alu-s « fourche de gibet » (d'où fr. gâble « fronton triangulaire allongé »), al. gab-el « fourchette », et cf. sk. g'abh-asti « l'envergure des bras » et lat. hab-êre « tenir ». [gav(e)lod [Favereau]]

    Goap, s. m., moquerie. Empr. fr. populaire (normand) gouap-er, et cf. fr. ancien guaber gaber « conter des bourdes ». [goap]

    Gward, s. m., garde. Empr. fr. ancien guarde, et cf. gortoz (« attente »). [gward(où) / gward(ed)]

    Gwaremm, s. f., garenne. Empr. fr. altéré guarene. [gwaremm(où)]

    Gwasta, vb. gâter, cymr. gwastio. Empr. lat. vastâre. [gwastañ]

    Gwé, s. m., gué. Empr. fr.

    Gwéré, s. f., échauguette, guérite : dér. du même radical empr. germ. *war- « garder » d'où nous vient aussi fr. guérite. Cf. gortoz (« attente »). [gwere(où)]

    Gwîl, s. m. larron de nuit, cf. mbr. gouilh, cymr. will « vagabond », corn. gwilleiw « mendiant ». - Etym. inc. (probablement simple sobriquet (William, Guillaume, etc.). Cf. Guillou « Guillaume » et guillous « ménétrier » (ou f. vielleux ?)). [cf. fleuve Vilaine = Gwilun / Gwilen]

    Gwiméled, s. m. vrille. Empr. fr. ancien gimbelet. [gwimeled(où)]

    Gwimm, s. m. regain. Empr. fr. ancien guaïm, qui est le second terme de re-gain, et cf. fr. pré guimaud « pré à regain ». [gwem / gwim localement, sinon ragain [Favereau]]

    Gwinka, vb. ruer, cf. ag. to wince. Empr. fr. ancien guenchir, etc., qui lui-même est d'origine germanique. [gwinkal]

    Gwinta, vb., lever, s'élever. Empr. fr. guinder. (Cf. le terme technique gwindask s. m., « levier, cric, cabestan », où le d régulier s'est conservé). [gwintañ]

    Lañfaz, s. m., étoupe, mbr. lanfacc. Empr. fr. (normand) lanfais < lat. *lânificium. Cf. aussi Bas-Maine lãfey Dn. [?]

    Loufa, vb. vesser : dér. de mbr. louff « vesse ». Empr. fr. populaire et dialectal, cf. provençal loufa et picard loufée. [loufañ]

    Loui (Cornouaillais), puer : dér. du précédent (*loufi > *louvi > loui).

    1 Louz, adj., malpropre, obscène. Empr. fr. ancien lous « misérable » ; mais cf. aussi loufa, loui, et 2 louz. [lous]

    2 Louz (Cornouaillais), s. m., blaireau : identique au précédent (puant).

    Mank, adj. manchot, mbr. manc. Empr. lat. mancus. [mank(ed)]

    Manek, s. f., gant. Empr. lat. manica. [maneg(où)]

    Maner, s. m., manoir. Empr. fr. ancien maneir. [maner [br.wikipedia.org]

    Merk, s. m. marque : contamination de l'empr. fr. ancien marque et de l'empr. fr. ancien merchier « remarquer », tous deux au surplus venus du germanique. Cf. 2 marz et merzout. [merk(où)]

    Merl, s. m., engrais de rivage, cf. cymr. marl (empr. ag.). Empr. fr. (picard merle) < bas-lat. margila (d'où al. mergel, ag. marl, fr. marle > marne), lui-même d'un gaul. marga. [merl]

    Moucha, vb. couvrir le visage. Empr. fr. ancien se mussser « se cacher », contaminé de mouchouer « fichu », autre empr. fr. [muzat [Favereau]]

    Mouza, vb., bouder. Empr. fr. ancien et dialectal (picard) mousse « moue » d'origine inconnue comme moue lui-même. [mouzhañ]

    Peñse, s. m., pièce de rapiéçage : paraît dér. d'une forme nasalisée de péz. V. ce mot ; mais cf. fr. (picard) r'pincheu « rapiéceur ». [peñsel [Favereau]]

    Pér, s. m., poire. Empr. lat. pira. [per(enn)]

    Pétiz, s. m., petit ver d'appât, cf. fr. (normand) pestiche id. Empr. bas-lat. *pasticius « appât », dér. de pastus « pâture ». Ern. [petiz(enn)]

    Pétoun, s. m., palourde soit un empr. fr. dialectal *pétonque (?). pour pétoncle < lat. pectunculus « petit peigne » (nom de ce coquillage). [peton(ed)]

    Peûk, s. m. bourrade, corn. et ir. poc « coup », gael. puc « pousser ». Empr. ag. ancien pukken > to poke, « frapper, pousser ». [peuk(où)]

    Plañken, s. f., planche. Empr. fr. (normand) planque. [plankenn (plenk)]

    Plusk, s. m., cosse, pelure, cymr. pl. plisg, ir. plaosg id : très anciennement altéré (p pour b), comme l'indique cymr. blisg et gael. blaosg, d'un celt. *bloi-sko- qui parait se rattacher au même radical que gr. φλοι-ὀ-ς « cosse », etc. (sous bléô). Cf. fr. ancien et dialectal (venu du celte ?) pluskier « épelucher » (God.), espelucher id. (Hatzf.). [plusk(enn)]

    Rokéden, s. f., veste. Empr. normand roquet = fr. rochet. Cf. roched. [rokedenn(où)]

    Sacha, vb., tirer. Empr. fr. (normand, picard) saquer ou espagnol sacar « tirer », contaminé d'empr. fr. ancien sachier « ensacher ». [sachañ]

    Skaota, vb., échauder, brûler, détremper, chauffer. Empr. bas-lat. ex-caldâre > fr. échauder. V. aussi kaot. [skaotañ]

    Skarn, adj. maigre, sec, décharné : abstrait d'un mot *skarn-et, qui correspondrait à un bas-lat. *ex-carn-âtus id. Empr. lat. [skarn]

    Skeûl, s. f., échelle, cymr. ysgol. Empr. lat. scâla > fr. eschelle. [skeul(ioù)]

    Skîn, s. m., rayon de roue, etc. Empr. germanique *skina « aiguille », d'où aussi al. Schien-bein « tibia » (os allongé) et fr. eschine. [skin(où)]

    Sklisen, s. f., éclisse, attelle, spatule. Empr. fr. esclice. [sklisenn(où)]

    Skôp, s. m., écope. Empr. fr., lui-même empr. germanique. [skob(où)]

    Skôr, s. m., étai, étançon. Empr. fr. ancien escore > écore, altéré en accore « étai de navire ». ou bien empr. ags. *scor > ag. schore « étai » > fr. escore. Cf. cymr. ysgor « rempart », empr. ir. scor. [skor(où)]

    Staga, vb. lier, attacher, cf. cymru ystigo « persévérer » : contamination possible d'empr. fr. ancien (picard) at-taquer « attacher » et d'empr. ags. stic-cian, « attacher, s'attacher » (ag. to stick). – Conj. hasardée. [stagañ]

    Stagel, s.f., le filet de la langue : dér. du précédent. [stagell(où)]

    Takon, s.m., pièce de rapiéçage. Empr. fr. ancien tacon. [takon(où)]

    Teñsa, vb., réprimander. Empr. fr. dialectal tencer « tancer ». [teñsañ]

    Toul, s. m., chien de mer : abstrait d'empr. fr. touiller « barboter » [dans la vase] ; cf; toulen (proprement « mélange confus »). [touilh(ed)]

    Toulen, s. f., brume : dér. d'empr. fr. touille. V. sous toul. [touilhenn [Favereau]]

    Turkez, s. f. tenaille. Empr. fr. ancien et dialectal turcoises (tricoises). [turkez(ioù)]

     

    Mais remarquons également les vieux emprunts qui ont un caractère déjà français, comme chatal (cheptel, a.fr. chatal), gloar (gloire), jaritel (jarret)...

     

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  •  

    Le scots : le scots est très proche de l'anglais, mais distinct sur certains points. Notamment certains mots empruntés aux Anglo-Normands y sont encore employés : ashet (assiette), aumry (armoire), leal (mignon, de loyal), backet (auge), corbie (corbeau), cordiner (cordonnier), dambrod (damier, échiquier), to devall (dévaler, descendre), in Lyl(l)is (en toile de la ville de Lille), hogmanay (cadeau de nouvelle année, de hoguinettes, présents, étrennes), chow (dans row-chow, de chole, jeu de boule), garron (bâton de bois, de garron, branchage), to trebuck (râter son tire, son coup dans un jeu, de la forme dialectale de trébucher), sybow (ciboule), to touk (frapper, toquer), rocket (surplis d'évêque, rochet en français de même origine germanique que froc), perk (perche), winch (reculer, en anc.fr. guenchier, se détourner), wastel (gâteau), trink (tranchée), skellet (squelette), feesant (faisant), paster (paturon, de même origine que empêtrer), tri(c)k (tricherie), lignie (ligne, silhouette), to clock (boiter), callan(t) (chaland), dra(i)gon (cerf-volant).

    Remarquons cependant que le scots jedge (jauge) reprend la forme centrale alors que l'anglais dit gauge !

    Parlons maintenant du golf, du mot non du sport, bien sûr. Le mot serait issu d'une racine germanique *keula- « cavité, voûte ; objet rond ». Il donna les mot chole ou choule, parfois soule (XIIe siècle, dans le Roman de Renart, on parle des vilein qui sont à la çoule...) en normanno-picard et colven (XVe siècle) en moyen-néerlandais (en allemand Kolben désigne le « ballon » de distillerie, épi de maïs ou piston, chacun imprégné d'une forme ronde). Colfbane désignait la souloire. Il est interdit en Écosse (gouf) à la même époque. Il devient cependant populaire au XVIe siècle en Angleterre. Le jeu et le mot est réintroduit sous une forme différente au XIXe siècle sur le continent. Le jeu traditionnel reste cependant pratiqué, après quelques années de trêve, sous la forme de soule à la crosse et de kolf. Émile Zola évoque encore le jeu de crosse et la cholette traversant tout le coron et les environs dans Germinal (4e partie, fin du chap. VI, 1885).

     

    Le gallois : Les Anglo-Normands s'installent dans toutes les régions de l'île de Bretagne, donc également en Pays de Galles. Les Cambro-Normands dominent la vie civile du XIIe au XVIe siècle. De cette époque, quelques mots ont pénétrés la langue galloise, d'origine celtique : cordwal / cordwan (cuir [de Cordoue], mot tombé de l'usage), cyllell (couteau), carrai (courroie), cebystr (licou, entêtement, de quevestre, qui en picard a le sens de « licou » mais aussi de « coquin »), casul (chasuble), cannwyll (chandelle), ceffyl (cheval), bacwn (bacon), ffigys (figue), fflair (mauvaise odeur, de flair), ffrwyn (frein, du licou de cheval), gradell (gril, grille), barwon (baron), albrasiwr (arbalétrier, mot disparu), plas (manoir, de palais), pwys (poids), swch (soc), trist (triste)...

    On peut penser cependant qu'une partie ait été empruntée au latin directement, puis revivifiée par les Cambro-Normands, d'où leurs aspects picardo-normands.

    Le gallois a, dans tous les cas, revivifié le breton lors de l'invasion des Britto-Romains au Ve siècle. Cependant, c'est bien le breton qui semble être la langue celte a avoir emprunté le plus de mots picardo-normands.

     

    L'irlandais :

    L'invasion normande de l'Irlande est une expédition militaire normande en Irlande initier depuis le Pays de Galles, qui débuta le 1er mai 1169, sur la demande du roi de Leinster, Dermott MacMurrough alors en exil. En plus des Normands, de nombreuses troupes de mercenaires arrivant de régions même de pays divers participent à la conquête normande de l'Angleterre : des Bretons, des Flamands, des Picards, des Angevins, des Manceaux, des Poitevins, et des Bourguignons, jusqu'à des Germains et des Normands d'Italie, attirés par l'appât du gain, à la recherche de butin et, pourquoi pas, même de terres pour rester définitivement en pays conquis.

    Parmi celles-ci citons : la famille Bailleul (devenu Balliol en Angleterre et en Écosse), une famille appartenant au baronnage anglo-normand originaire de Bailleul près d'Abbeville dans le comté de Ponthieu. La famille, qui conserve de forts liens avec sa seigneurie de Bailleul en Picardie, devient très importante à la fin du XIIIe siècle quand Jean monte sur le trône écossais. La branche principale de la famille s'éteint une génération plus tard en 1363, avec Édouard Balliol lui aussi couronné roi d'Écosse.

    La famille de Clare est une célèbre et puissante famille anglo-normande issue de Godefroi (ou Geoffroy), comte d'Eu, un des fils illégitimes du duc de Normandie Richard Sans-Peur. Arrivée avec la conquête normande de l'Angleterre en 1066, elle joua un rôle primordial en Angleterre, Galles et Irlande jusqu'à sa disparition en 1314.

    La famille de Mandeville, qui tient son toponyme du village de Manneville (Seine-Maritime)1, est une famille d'importance mineure du duché de Normandie qui devient une importante famille du baronnage anglo-normand après la conquête normande de l'Angleterre. Plusieurs de ses membres furent gardiens de la Tour de Londres et comtes d'Essex. La lignée principale s'éteint en 1191, et le patrimoine passe à Geoffrey FitzPeter, par sa femme Béatrice.

    La famille Mortimer est une importante famille du baronnage anglo-normand, issue de la noblesse du duché de Normandie. Elle tient son patronyme du village éponyme de Mortemer (Seine-Maritime) qui, plus tard, s'anglicise en Mortimer en Grande-Bretagne.

    La famille de Warenne, toponyme venant du hameau de Varenne à quelques kilomètres au sud d'Arques-la-Bataille, au bord de la rivière Varenne (Seine-Maritime). Guillaume de Warenne ou de Varenne (William of Warenne ou of Warren en anglais) († 24 juin 1088), fut l'un des compagnons de Guillaume le Conquérant dans sa conquête de l'Angleterre en 1066. Important baron anglo-normand, il fut l'un des hommes les plus riches de l'Angleterre nouvellement conquise. Il fut fait 1er comte de Surrey par Guillaume II le Roux peu avant sa mort. Il fut aussi le fondateur d'une dynastie qui domina le comté de Surrey jusqu'en 1347.

    La famille de Gand plus présente en Écosse et la famille Peverel (Guillaume ou William Peverell) qui serait d'origine flamande.

    La famille de Quinci et de Chokes sont originaires de Quinchy et de Chocques, près de Béthune, un petit groupe de familles flamandes qui avaient reçu d'importantes dotations en terre dans le Northamptonshire après la Conquête.

    Ces familles hiberno-normandes devinrent Plus Irlandais que les Irlandais eux-mêmes (en irlandais : Níos Gaelaí ná na Gaeil iad féin) et s'assimilèrent aux habitants de l'île, sans pour autant apporter un certain nombre de mots durant la période du moyen-irlandais (an Mheán-Ghaeilge). Parmi ceux-ci : seomra (chambre), airseóir (archer), páiste (enfant, de page), coláiste (collège), bagún (bacon), barún (baron), buidéal (bouteille), garsún (garçon), siúinéir (charpentier, de joigneur), baránta (garantie), bárda (guarde), amhantúr (aventure), plúr (farine, de fleur), puinn (point, négation, níl puinn Gaeilge agam, n'est point irlandais à moi, je ne parle pas irlandais)...

    Certains sont actuellement délaissés par les puristes, car considérés comme Béarlachas (anglicisme), alors qu'ils étaient attestés dans la langue avant la forte pression de l'anglais sur l'irlandais à partir du XVIe siècle, et sont donc d'origine norroise ou normande, parmi ces deniers citons : liosta (liste), aidhm (objectif, de aesmer), béarsa (vers).

    La plupart de ces mots ont un accent tonique final, comme le français, et on pense que cela peut expliquer l'accent final de mot irlandais à voyelle finale longue dans certains dialectes où la présence anglo-normande était forte : par exemple, on dit cailín (fille), achainí (demande) dans le Sud-Est (province de Munster), avec accent tonique sur la pénultième, quand l'irlandais standard l'accent tonique frappe la première syllabe.

     

    1 Les familles de Seine-Maritine, sont ici toute à la frontière picarde, donc dans l'aire linguistique picarde.


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  •  

    L'espagnol :

    On l'a vu le picard a parfois influencé l'espagnol :

    • déjà évoqué faraud, de faraute.

    • flamenco, qu'on a déjà évoqué également et dont l'origine est incertaine.

    • gouape empr. à l'arg. esp. guapo « rufian, coupe-jarret », attesté dep. le xve s. (statuts de la Guardugna [association de malfaiteurs esp.] d'apr. Dauzat Ling. fr. p. 283; le mot, devenu adj. en esp., a pris le sens « vaillant, élégant, beau »), lui-même prob. empr. au fr. région. du Nord : a. pic. vape, wape, gape « fade, insipide (en parlant d'aliments) », « affaibli (en parlant d'une personne) », « dérangé (en parlant de l'estomac) » (v. DEAF, s.v. gape et FEW t. 14, p. 168a; wap comme terme d'injure en 1379 ds Du Cange), issu du lat. class. vappa, qui signifiait à la fois « vin éventé » et « vaurien »; un croisement avec un mot germ. pour expliquer le g initial (Cor., s.v. guapo; FEW t. 14, pp. 168b-169) n'est pas nécessaire (cf. K. Baldinger ds Mél. Gossen, pp. 89-104).

    • L'anascote, dont la première attestation est espagnole (1527) et dont on pense que l'origine est la ville d'Hondschoote, dans la Flandre maritime.

       

    Le calabrais et le sicilien :

    Le baronnage italo-normand correspond à la noblesse originaire du duché de Normandie qui s'est implantée d'abord en Italie méridionale à partir de la première moitié du XIe siècle, puis en Sicile, conquise par les Normands de 1061 à 1091, à partir de la seconde moitié du XIe siècle. La majorité des Normands qui s'installèrent en Italie étaient originaires de l'ouest du duché normand, notamment du Cotentin. Ces familles ne sont pas toutes d'origine normande, car certaines sont d'origine bretonne, un certain nombre d'aventuriers bretons ayant accompagné les bandes normandes en Italie dès les années 1030 au moins, tandis que certaines sont d'origines franques voire flamandes ou byzantines (la famille Grifeo di Partanna). Ces aventuriers flamands sont à l'origine des patronymes italiens Fiammingo, Fiamingo, de Fleöing ou Flamengus, localisés dans le sud du pays, en Calabre et en Sicile. On cite aussi les familles aux noms Ardito ou Artusius (de l'Artois), on connaît également un Thomas de Domna Penta (de Domart-en-Pontieu dans la Somme), ou de Viparda (des Weppes, dans le Nord).

     

    Dans le dialecte sicilien, seraient d'origine normanno-picarde : accattari (acheter), accia / acciu (céleri, de ache, cf. ramonache, remoulade, radis noir), ammintuari / muntuàri (nommer, de mentevoir), ammucciàri (cacher, de mucher), armuarru / armaru / armuario (armoire), appujari (appuyer), àutru (autre), bucceri / vucceri (boucher), buatta (boîte), cappidduzza (capuchon, manteau), carriari (charrier), custureri (tailleur, couturier, de coustrier), nzajari (essayer), firranti (gris, de ferrant), foddi / fuodde (fou de fol), giarnu (jaune)1, giugnettu / lugliu (juillet, de juignet), guastella / guastedda (gateau, de wastel), isari (hisser), làriu / làdiu (laid), largasìa / làscu (largesse), lèstu (rapide, de lest), magasinu / magazzìnu (magasin), manciasciùmi (démangeaison), muccatùri (mouchoir), munzèddu (mont, de moncel), mustàzzi (moustache), 'nsémmula (ensemble), 'ntamàtu (stupide, de entamé), parrìnu (parrain), picciottu (jeune homme, de puchot), purrìtu (pourrit), pùseri (pouce, de poucier), quasetti / causetti (chaussettes), racìna (raisin), raggia (rage), rua (rue), tastari (avoir bon goûter, de taster, cf. l'anglais to taste), travagghiari (travailler), trippari / truppiccari (trébucher, de triper), trùscia (trousse), tummari / attummuliari (tomber)...

     

    Dans le dialecte calabrais, on rencontre : gattugghjare / grattaghjari / catugghiari / cutulijàri (chatouiller), accia (céleri), arrocculàri / rocculari (reculer), perciàri (percer), buccirìa / vuccerìa (boucherie), accattàri / 'cattàri (acheter), sciarabàllu (char à bancs), sparadràppu / spilandràppa / spilandrappu (sparadrap)2, puma (pomme), ràggia (rage), sùrici (souris), racìna / rocìna (raisin), buàtta (boîte), mustàzzi (moustache), ndùja (andouille, la charcuterie), servietti / surbietti (serviettes), muccaturu (mouchoir), ammasùnari (ramener à la maison, à l'écurie, mettre au lit, de à la maison), travagghiàri (travailler)...

     

    Le maltais : Le sicilien est le dialecte italien qui a énormément influencé le maltais, le seul dialecte arabe a être reconnu comme langue officielle d'un pays. Il a la particularité d'être écrit avec l'alphabet latin. Précisons encore que les Musulmans qui débarquent sur l'île de Malte pour l'envahir et la conquérir, en 870, viennent alors de Sicile, région également arabo-berbère à partir du IXe siècle et jusqu'au XIe siècle, lorsqu'elle devient donc normande. Malte est également conquise, depuis Palerme par le comte Roger de Hauteville, Roger II de Sicile, en 1090 qui unifiera toutes les conquêtes normandes en Italie sous une seule couronne. Après avoir changé de main plusieurs fois (souabe, angevine, aragonaise, castillane), elle retombe sous la coupe du royaume de Sicile au XIVe et XVe siècle. Razzias, déportations et pillages parsèment l'histoire de ses échanges de pouvoir. L'italien sera cependant souvent la langue d'écriture jusqu'à récemment. Le conflit franco-anglais s'exporte sur l'île qui devient britannique en 1800, jusqu'à son indépendance en 1964.

    Voici donc les mots d'origine normanno-picarde qui ont été transmis au maltais par le sicilien : armarju (armoire), appoġġ (appuyer), biċċier (boucher), bott (boîte), kaboċċi (caboche, chou), maktur (mouchoir), mustaċċi (moustache), parrinu (parrain), xarabank (char-à-banc, disparu au profit de l'anglais bus)... Miskin (en picard méquène) est également un maltais issu de l'arabe sicilien mischinu (de l'arabe miskīn, également présent en sarde mischinu).

    L'anglais plus récemment a aussi influencé le maltais, on y retrouve le stock normanno-picard suivant : plank (planche, mais aussi pjanċa), avorju (ivoire, remarquons ici la prononciation anglaise de ivory), skrin (écran), gallun (gallon), stjuward (steward)...

     

    1 On constate qu'un certain nombre de mots ont soit une origine française, soit été francisés : ciarmari (charmer), ciantru (chantre ), broccia (broche ), iardinu / ggiardinu (jardin)...

    2 Le terme est plus ancien qu'il n'y paraît, on le rencontre pour la première fois en 1314 sous la forme speradrapu, chez Henri de Mondeville, médecin normand auteur de Chirurgie, consacré à l’anatomie et aux traitements.   


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    Vous ne pensiez pas que le destin du picard (ou à une époque plus ancienne le normanno-picard) pouvez nous emmenez si loin. Et vous pensez qu'il serait étonnant qu'il atteigne d'autres contrés. Et pourtant...

     

    L'allemand :

    « L'influence provençale s'est exercée particulièrement dans les formes poétiques et les genres lyriques ; elle a été moindre sur la langue elle-même. En revanche, l'esprit et le goût de la chevalerie, les us et coutumes, prose et vers de l'épopée courtoise, sont entrés en Allemagne par l'Ouest : la Picardie, les Flandres et la Lorraine ont joué le rôle d'intermédiaire. L'admiration des Allemands pour le chevalier flamand se trouve même exprimée dans la littérature, comme par exemple dans le Gregorius de Hartmann van Aue (V.1397 - V.1406) :

    « Ich sage iu, sît der stunde

    daz ich bedenken kunde

    beidiu übel unde guot,

    sô stuont ze ritterschaft mîn muot.

    Ichn wart nie mit gedanke

    ein Beier [ =Bayer] noch ein Franke.

    swelch ritter ze Henegöu,

    ze Brâbant und ze Haspengöu,

    ze orse ie aller beste gesaz,

    sô kan ichz mit gedanken baz. »

    « Je vous le dis, depuis le temps où j'ai pu juger et de ce qui est bien et de ce qui est mal, c'est vers la vie chevaleresque que se sont tournés mes désirs. Jamais en imagination je n'ai pensé devenir Bavarois ou Franconien. Mais quelle que fût, en Hainaut, en Brabant ou en Hesbaye, l'adresse avec laquelle les chevaliers se tenaient en selle, je croyais en moi-même pouvoir faire mieux encore. »

    « Ce n'est pas par hasard que Heinrich van Veldekel est originaire du Limbourg »1, du comté de Looz, près de Hasselt, actuelle Belgique et région flamande. Le Hainaut, ou Hainau (en néerlandais Hennegau, de la rivière Haine et du germanique gou/gau, « pays/contrée » ou « comté »), est une région transfrontalière, à cheval sur la France et la Belgique de langue picard. Le Brabant (de braec ou broek « marais » et bant « région ») est de langue flamande et picarde (picard-wallon). La Hesbaye (en néerlandais Haspengouw) est à cheval sur les région wallonophone et flamandophone et l'origine du nom serait lu germanique hasp « terre des prairies » (première mention Hasbannium en 1064, en latin).

    E. Tonnelat est plus circonspect est dit : « Il semble pourtant qu'entre la France et l'Allemagne les intermédiaires les plus actifs aient été les milieux courtois de Flandre et peut-être de Lorraine. Les rapports de voisinage étaient constants entre les chevaliers de ces régions et ceux des pays rhénans, et plus d'un terme du vocabulaire chevaleresque porte la marque de son origine flamande. »2 Quand on sait que la Flandre subissait à cette époque largement l'influence de la langue picarde, on comprendra pourquoi l'on retrouve du vocabulaire picard en ancien-allemand, et encore en allemand contemporain.

    Le Limbourg et le Bas-Rhin sont les berceaux du néerlandais et de la littérature néerlandaise du XIIe siècle. C'est là qu’apparaissent les premiers documents littéraires de cet idiome, notamment car au Nord, le francique, qui est à la base du néerlandais, ne dépassait vraisemblablement pas encore le Rhin vers 800. Au XIIIe siècle, la Flandre (Jacob van Maerlant) et la France prennent le relais, notamment le Roman de Renart aura une grande renommée. Le Limbourg est la province qui se trouvait, sous le prince évêque de Liège Notger, à proximité du « foyer peut-être le plus ardent de la vie scientifique et littéraire de l'Empire »3.

    La littérature moyen-allemande est alors également éprise de culture française. Du XIe jusqu'au XIVe siècle, la littérature en langue d'oïl avait été la première de l'Europe. Elle se transmet en Allemagne (et jusqu'en Islande) : les Rittergesänge de Hartmann von Aue, Walter von der Vogelweide obtiennent une belle reconnaissance. Parzifal (de Cals Wisse et Philipp Colin), Parzifal und Titurel (de Wolfram von Eschenbach) ou L'Eneit (de Hendrik ou Heinrich van Veldeke) sont truffés de mots et expressions françaises. Ce dernier texte est largement basé, plutôt que sur la version latine de Virgile, sur la version française, le Roman d’Énéas, d'un auteur inconnu, mais écrit en français teinté de traits normanno-picards. Car on ne sait si Hendrik parlait ou comprenait le latin, mais on sait qu'il connaissait le français, puisque ses connaissances littéraires sont en grande partie basées sur la tradition épique et lyrique du Nord de la France.

    Durant l'époque du Minnesang (littérature courtoise en moyen haut-allemand, au XIIIe s.), l'allemand emprunté plus de 700 mots au français, au provençal ou au picard. La métrique allemande également subit une simplification en se conformant aux habitudes de la métrique venues d'outre-Rhin.

    Les textes du moyen-âge voyageaient d'une pays à l'autre. Ainsi, à titre d'exemple, la légende de Floris est reprise par le texte allemand Trierer Floyris (1170) dont on ne possède que des fragments. Puis apparaît Floire et Blanceflor dans une version dite populaire (peut-être par le Tourangeau Robert d'Orbigny) et une version aristocratique (De Florance et de Blanche Flor). Floire et Blanceflor présente plusieurs caractères picards, mais francisés : por Diu merchi, acater, roïne, li pour le mas. et le fém., ocoison, lechon, fius, ne bués ne vache... Ce manuscrit, le plus complet, est d'un scribe picard qui se nomme lui-même : « Cis, Jehanes Mados ot non, / Qu'on tenoit a bon compaignon. / D'Arras estois : bien fu connus / Ses oncles, Adans-li-Bocus. »

    Les deux seront traduit et on possède les versions de l'Alsacien Konrad Fleck (Flor and Blanscheflur, 1220), ainsi que du Flamand Diederic von Assenede (Flôris ende Blanceflor) et en bas-allemand (Von Flosse un Blankflosse), ainsi qu'en anglais (Floriz and Blauncheflur), danois (Eventyret om Flores og Blantzeflores) et suédois (Flores och Blanzeflor), puis islandaise (Flóres saga ok Blankinflúr). La version bas-allemande a du être reprise d'une version picarde ou provençale comme l'atteste la forme Blankflosse, et parmi les mots français, on trouve schar (char), kemenade (chambre, de keminé), scole (école), nappelin (petite nappe), neppe (nappe), runt (rond)... L'Italien Boccace la reprend en 1327 avec Filocolo (qui sera traduit en français, allemand et espagnol) et l'Allemand Hans Sachs en fait Florio, des Königs Sohn en 1545.

    Dans une étude4 sur les mots d'origines françaises chez l'auteur Gottfried von Strassburg (vers 1180-vers 1215), pourtant originaire, comme son nom l'indique, d'Alsace, on voit que les mots à la consonance picarde sont présents : kastêl, kastelân, discanter, furkîe/furke, banekîe et bankenîe (a.fr. banoier, banoyer, lat. banicare, « se divertir, s'amuser »). On peut aussi s'interroger sur la prononciation à l'époque de -sch- dans blansche mains, marschandîse et marschant, schanze, schanter et schanzûn, schapel, schepelekîn, schevelier, schumpfentiure (« déconfiture ») et entschumpfieret... On remarque également une constance du -t final : adjût, amant, avant, comant, ciclat (lat. cyclatum, « soie brodé d'or »), moraliteit, mort... en précisant cependant qu'en lorrain, il n'était pas encore disparu de la prononciation, comme en Bourgogne ou dans le Centre de la France.

     

    La région néerlandaise est alors en grande partie bourguignonne, et la langue de la cour bruxelloise et de l'état est alors le français. Mais au XIIe siècle, c'est encore le picard qui domine dans cette région (on peut ainsi lire des chartes de la ville de Gand en picard). Il lui était certainement aussi facile de passer du picard au français, comme de passer du moyen-néerlandais au moyen-allemand. Cette influence française s'est exercé de 1150 à 1250 environ. L'idéal chevaleresque est donc propagé par les Troubadours, puis les Trouvères. Mais par le picard et le flamand. Ainsi le doublon Wappen (« armoiries ») / Waffe (« arme ») indique leur origine, Wappen étant un emprunt tardif au flamand wâpen, le deuxième est l'évolution normal du mot ayant subi la deuxième mutation consonantique qui veut qu'un -p- intervocalique ou final se change en -f-. On trouve en allemand d'un côté Pfalz (du latin palatium), avec mutation consonantique, Palast, Paladin (« noble ») et Palais (du français « palais »), et encore Palace (du français par l'anglais).

    Le mot Tölpel (« empoté »), issu de törper, dörper signifiant « villageois », est en allemand Dörfer. Précisons que le mot « vilain » a la même origine (lat. villanus) et a également était emprunté en allemand sous la forme du synonyme vil(l)ân. Le mot allemand, flamand d'origine, Ritter (« chevalier »), précise le domaine de prédilection de ces emprunts. Il répond au mot allemand Reiter « cavalier ». C'est ici la voyelle longue du mot rîtaere, qui évolue différemment, en flamand ridder (avec un i court) et rijden (« conduire ») en néerlandais, reiten (« faire du cheval ») en allemand (avec une diphtongue). On signale encore le suffixe de diminutif -kîn (kindekîn, « petit enfant », gebûrekîn, « petit paysan ») alors que le diminutif haut-allemand est -lein (Kindlein, Bäuerlein). Schapellikîn (syn. de Schampellîn, dim. de Schapel, « couronne », de chapeau), Baldekîn, Harlekin, sont d'autres exemples. L'équivalent allemand est dans le Nord -chen (moyen-allemand) ou -ken (bas-allemand) et dans le Sud -lein (haut-allemand).5 En allemand moderne standard, on utilise le plus souvent -chen (Brötchen, Hallöchen, Küsschen, Füchschen...), sauf quand la prononciation ne le permettrait pas (Büchlein « livret », Küchlein « biscuit », Bächlein « ruisselet »). Le suffixe -kîn a été corrigé en allemand moderne par la forme -chen (évolution due à la deuxième mutation consonantique), sauf dans quelques mots d'origine sensiblement plattdeutsch, tel que Männeken. On a vu qu'il était encore présent en anglais.

     

    N. van der Sijs (Klein uitleenwoordenboek, 2006) précise que, pour les mots néerlandais fluit « flûte » et juweel « joyau, bijou », on connaît la route précise : du normanno-picard, au Pays-Bas et Hainaut, jusqu'à l'Allemagne où l'on retrouve Flöte et Juwel.

    De même pour le mot Scharlach « écarlate », qui est emprunté du néerlandais scharlaken (c'est le mot laken « drap », qui influence la finale de la forme française originale escarlat), la couleur rouge venant principalement de Gand. En allemand, il est cependant toujours difficile de savoir si le mot est emprunté au pays flamand ou au bas-allemand, les dialectes étant très proches et en constant contact.

    Le moyen-néerlandais a souvent été un trait d'union « Da das deutsche Sprachgebiet keine gemeinsame Grenze mit dem Pikardischen hatte, leuchtet es ein, dass die pikardischen Wörter des Mittelhochdeutschen durch das Mittelniederländische vermittelt wurden das sein französisches Lehngut in der Hauptsache aus dieser Mundart schöpfte »6. Cela est facilité, on l'a dit, par la similitude entre les dialectes néerlandais et niederdeutsch d'origine bas-allemand. A l'époque du moyen-âge, les villes hanséatiques communiquent à l'aide du Mittelniederdeutsch « moyen bas-allemand » (période de la langue de 1100 à 1500).

     

    Ainsi le mot picard comtor « comptoir de commerce » s'est transmis au néerlandais kantoor (ce qui désigne maintenant toute sorte de « bureau »), et passe en allemand Kontor « bureau » (surtout Handelskontor « comptoir » ou Kontorhaus « maison de commerce », dont il en existe plusieurs de célèbre à Hambourg), puis dans les langues scandinaves kontor et même en espéranto kontoro. De même, c'est certainement par le néerlandais que le mot normanno-picard Kabel « câble » est arrivé en allemand. De même, le mot picard cant « arrête, chant, côté », néerlandais kant et allemand Kante « arrête », kanten « culbuter », kantig « anguleux ». Encore le mot picard flanc, fém. flanque et flanquer (que le français emprunte à la même époque), donne en néerlandais flank, flankeren, et en allemand Flanke, flankieren, Flankierung « flanquement ». Planke (« planche, madrier ») du picard planque par le néerlandais, et Blankscheit (« planchette ») qui a, lui, disparu, Kapaun transite certainement aussi par le néerlandais capoen (« chapon »). On explique la forme moyen-haut-allemande (îser)kolze (« pantalon de maille » du moyen-âge), de îser (« d'acier ») et du moyen-néerlandais coutse, cous (de la forme picarde de « chausse »), mais germanisé, car les noms néerlandais en -ou- sont -ol en allemand (Gold / goud « or », Holz / hout « bois »...). Krakeel (« bruit »), est un mot néerlandais et allemand d'origine obscure, mais qui provient peut-être du français (ou picard) querelle (lat. querel(l)a), avec le préfixe courant en picard et wallon cra-/cara-. Kalengieren est un emprunt du néerlandais calengeren, « accuser », de calenge « challenge », mais il a disparu de la langue allemande actuelle. Kanzel « chaire d'église ; cockpit » (ahd. kanzella, mhd. kanzel) vient bien du latin tardif cancella « clôture, barrière (à l'église devant l'autel) » du pluriel latin cancellī « clôture ». Mais on imagine plutôt que Kanzlei (mhd. kanzelīe, kenzelīe (avec suffixe -īe sur mhd. kanzel), mhd. tardif kanzellerīe) « chancellerie », aurait été influencé par le moyen-néerlandais cancelrie, cancelerie (le néerlandais actuel a corrigé sur la forme latine au XIXe siècle en kanselarij), lui-même sur le picard canchelie, canchelerie, plutôt que sur la latin cancellaria. De même pour le néerlandais kanselier « chancelier » et l'allemand Kanzler (et le féminin Kanzlerin), sur le picard canchelier.

    En allemand, on a Kavalier, pour « chevalier », il emprunte le mot à l'ancien-provençal, cavalier si proche de la forme picarde kevalier. Le français réempruntera la forme cavalier, qu'au XVIe-XVIIe siècles. De même pour le mot Kastell (« fortification, château fort »), Kastellan (et les formes schatelân, tschachtelân, tschachtlân, aujourd'hui disparu de la langue moderne auquel on préfère Schloss et Schlossherr), venant du néerlandais kasteel, kastelein, qu'il a lui-même emprunté au picard castel, castelain (en français, l'équivalent était chastel, chastelain). Le mot ancien-haut-allemand gabilôt (« javelot ») est également emprunté au français sous sa forme normanno-picarde gavelot (en allemand, on préfère maintenant Wurfspiess, litt. « lance de jet »), forme que l'on trouve encore dans Glossaire roman-latin du XVe siècle (ms. de la Bibliothèque de Lille) sous les formes gaverlot et garlot à côté de javelot. De même, le mot d'origine norroise *hernest « provisions pour l'armée », composé de herr « armée » et de nest « provisions » est passé en français sous la forme herneis, harnois, harnas et a été emprunté par l'allemand sous la forme Harnisch.

    Certains mots sont aussi proche du latin, mais avec une forme romane. Durant le vieux haut-allemand (entre 750 et 1050) déjà se fait sentir un affaiblissement des voyelles qui ne sont pas sous l'accent tonique (initial dans les langues germaniques), durant le moyen haut-allemand (entre 1050 et 1350), cet affaiblissement est systématique (même si certains documents du XIVe siècle, écrit dans certains dialectes, conservent les voyelles du vieux haut-allemand).7 C'est un peu plus tard (dès 1170, surtout durant le XIIIe siècle, et jusqu'aux XIVe-XVe siècles) que la langue allemande emprunte les mots d'origine latine, française, italienne. Les mots allemands empruntés au latin connaîtront donc le même affaiblissement vocalique : lat. Palantia, devient ahd. phalanza puis mhd. Phalze et enfin Pfalz (« palais ») ; lat. monēta devient ahd. munizza, puis mhd. Münze (« monnaie »).

    Ainsi le latin canna est passé à la forme Kanne « bidon ». On peut donc supposer que cette forme vient du latin ou du picard (en afr. chane « cruche ») plutôt que de l'italien, ou l'emprunt est plus récent et provient du latin. De même Kappe (et Tarnkappe, « chapeau d'invisibilité » dans les contes), vient de cap (lat. cappa) que le français emprunte aussi au picard. Kasteien « châtier sa chair, se mortifier » vient du picard ou du latin. Kemenate (pièces chauffée, puis appartement des femmes d'un château) et le nom de lieu Kemnade, ainsi que Kemlade (maison noble du moyen-âge près d'un marais) est de la forme picarde de keminade (par le néerlandais) plutôt que du latin camīnāta. De même Glocke « cloche », du picard cloque ou du latin clocca. Dechant ou Dekan « doyen », vient du picard decan ou du latin decanus. Kapelle vient sûrement de capelle « chapelle » plutôt que du latin cap(p)ella ou de l'italien cappella.

    Plusieurs mots aurait pu aussi être empruntés à l'italien : Faschine du picard fachine « fascine, fagot » ou de l'italien fascina. Kampieren « camper », vient de « camp » que le français a aussi emprunté au picard ou à l'italien (par contre l'allemand avait déjà emprunté au latin campus, aussi par le néerlandais, mais avant la deuxième mutation consonantique, dite haute-allemande qui change le -p- en -pf-, ce qui donne donc Kampf ; campen et Camping sont des emprunts à l'anglais). Pour Kastanie « châtaigne » le doute est permis, le mot est originaire du picard ou de l'italien.

    Beaucoup de mots sont aussi présents en français, et il est difficile à dire si l'allemand l'emprunte à cette langue ou au picard. Kaputt « cassé, patraque », vient de l'expression « faire capot », dont on ne sait pas si elle est d'origine picarde ou provençal. Rebus a aussi été emprunté par le français au picard. Kahn (« canot »), de canot (sans le suffixe) à moins que le picard et l'allemand l'emprunte tout deux au néerlandais Kaan « bateau ». Karde et karden « carde » et « carder » est français, mais lui-même l'a emprunté au picard. Kalander « calandre », pourrait aussi faire penser au latin, mais la forme est plus proche du picard, dont la première mention date du XVe siècle (calendruer, kalendreur et calendrer) « cylindre pour lustrer les étoffes » dans l'Escript de lewiuer d'entre Jehan Carpentier et Jaquemart Pincemaille, écrit à Tournai.

    Vient du picard imper ou du lorrain emper, le verbe impfen « faire une piqûre, vacciner » (et son dérivé allemand Impfung « piqûre » (du latin *imp(ə)āre, variante de *imputāre).

    On n'a presque aucun doute que le mot Erker, originellement « barbacane » (ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage, une porte ou poterne), et maintenant plus communément « oriel, bow-window », vient du picard arquière (« embrasure, fenêtre, voûte » du latin arcuarius, français archière, archère, meurtrière oblongue pratiquée dans les murs par laquelle les archers tiraient de l'arc ou de l'arbalète). Son chemin est identique, le néerlandais l'a emprunté au picard et l'allemand au néerlandais. Son avenir aurait pu être encore plus grand, si le néologisme Gesichtserker (« archère de visage ») inventé par Philipp von Zesen avait été conservé dans la langue pour remplacer l'emprunt Nase (qu'on prenait à tort pour un emprunt français). Cet écrivain allemand, qui voulu combattre, dans le cadre de la Fruchtbringende Gesellschaft (« Société des fructifiants ») organisée en 1617 (donc 18 ans avant l'Académie française, sur le modèle de la l'Accademia della Crusca de Florence de 1583), la trop forte influence du français sur l'allemand ne se doutait alors pas qu'il reprenait un mot d'origine picarde.

    Le mot Posaune (« trombone ») vient du néerlandais bazuin, emprunté lui-même au français bo(i)sine, buisine8, du latin *bucina. Le picard et le wallon connaissent le mot buse, « tuyau » (que le français lui a emprunté) et busier, businer dans le sens de « réfléchir », de même origine ; mais la question se pose si ce mot vient directement du latin ou a été emprunté au néerlandais buse, buyse, « tuyau », mais d'après J. de Vries dans son Nederlands Etymologisch Woordenboek (1971), le néerlandais serait emprunté au français. Le Trésor de la Langue Française imagine alors l'hypothèse d'un *bucina survivant en zone marginale et dans les domaines spéciaux (médical notamment). Joseph Desiré Sigart dans son Glossaire étymologique montois donne le verbe busier, businer, buseler, bisié avec les sens de « hésiter, balancer, réfléchir » en le comparant au flamand beuzelen, « vétiller, baguenauder, lanterner. »

    D'autres mots disparaîtrons en même temps que les valeurs chevaleresques : amies, amie « bien aimée », prisant « présent, cadeau », joie « joie, plaisir », Schalmei « chalumeau, chalemie » (qui était un instrument de musique, le mot normanno-picard camulet a été emprunté par le français pour désigner le roseau dont les tiges servaient à faire des tuyaux de pipe, et de là la pipe des Indiens d'Amérique). Jost « duel, joute », turnzûne « morceau de lance cassé », Baron... sont empruntés, sans qu'on puisse leur imputer une origine picarde, lorraine ou française. Muster (« exemple, modèle » de moustrer, « montrer ») est conservé mais avec un glissement de sens qui ne permet plus de reconnaître l'origine romane.

     

    Cependant on peut trouver plusieurs caractéristique du picard en allemand. Ainsi comme en néerlandais, le son picard -ch- et français -ss- est rendu par -z- /ts/.9 Le picard garchon, et le français garçon donne l'allemand garzûn (qui disparaît de la langue moderne). Zâ, zâch, zâh (« ça » disparu de la langue moderne), côvenanz (« convenance » disparu), lunze (« l'once », disparu), zinke (« cinq » au dé, mot disparu), brâzël (de « brachelle », protection du bras de l'armure), ridewanz (de « rotuenge », sorte de danse où l'on tourne). Ainsi le picard ranche, et le français rance donne le néerlandais rantsig (mtn. ranzig) et l'allemand ranzig. Le picard panchier / français pancier (de pance, « ventre ») donne Panzer (moyen-haut-allemand panzier, panzer « cuirasse, armure ». Le pic. danche / fr danse donne Tanz par le moyen-néerlandais dans, danz (mtn. dans). Prinz (« prince ») est du picard prinche. Fazit « bilan, résultat », viendrait du latin facere ou du picard fachet « aspect, face » (c'est précisément dans le sens de « gracieux » qui est présent en ancien-français). Le picard lanche (« lance ») donne Lanze. Capuche que le français à emprunté au picard donne Kapuze en allemand. Peliche « pelisse », donne Pelz (poil d'animaux), Plats vient de plache, place. Latz (« bavette »), vient du picard lache (afr. lacs, laz) « nœud, lanière » et Litze (« cordon »), du picard liche, lichette (lat. licia). Trunze (corrigé en drumze par infl. avec Drum et drumen) de « tronce, tronçon ». Tërrâz (« terrasse », corrigé en Terrasse). Franze (maintenant franse, de « frange »). Matratze du picard materach, « matelas »...

     

    Quand on voit la forme du mot d'ancien-allemand loschieren, on peut penser qu'il vient directement d'une prononciation picarde de loghe, loige, loge. Là aussi l'allemand a corrigé plus tard le mot en logieren « loger ». De même les mots disparus leischieren, leisiren (« laisser aller la renne »), Karrosche (« carosse »), Borretsch (« bourrage » et « bourrache », forme française empruntée au picard), chervulle (« cerfeuil »), paschen (de « passer, faire de la contrebande », mais Paß, passen et passieren sont du français, et passen veut dire « acheter » en bargoensch, l'argot des bandits)...

    Comme en néerlandais, le suffixe agentif -ie, est en allemand -îe. Certains disparaissent comme vësperîe (« soirée »), rôberîe (« cambriolage » mot de même origine que le français « dérober », Räuberei est d'un emploi rare et familier) ou vilanīe (« vilenie »). Mais l'allemand moderne connaît et produit toujours des mots avec ce suffixe devenu -ei, (et -erei sur le suff. germ. -aere) : Meuterei (« mutinerie » de meute), Partei (« partie »), Melodei (d'emploi poétique encore « mélodie », mais Melodie est aussi employé couramment), prophezeien (« prophétiser »), Tyrannei (« tyrannie »), Bastei (« bastion »), zouberīe > Zauberei (« magie » sur Zauber « envoûtement ») et jegerīe, jagerīe > Jägerei (« chasse » sur Jäger « chasseur »), Bäkerei (« boulangerie » sur Baker), Fischerei (« pêche » sur Fischer), Kinderei (« enfantillage »), Schreierei (« cris »)... Il prend un sens collectif dans Länderei (« bien rural »). Il forme aussi des noms sur les verbes en -eln : Bettelei (mendicité sur betteln, « mendier »), Heuchelei (« hypocrisie », sur heucheln, « feindre »).

    Le suffixe -tet, qui a donné -teit en néerlandais, sera emprunté par l'allemand sous la forme -tät, productif uniquement sur des racines étrangères (latines ou françaises principalement) : Moralität, Trinität, Loyalität, Universität, Majestät, Rarität, et encore Radioaktivität et même Pikardität (chez l'auteur Carl-Theodor Gossen)...

    Depuis Joseph Kassewitz (Die französischen Wörter im Mittelhochdeutschen, Diss. Strassburg, 1890, p.61), il est admis qu'il provient d'une forme picarde. Mais Emil Öhmann critique ce point de vue et le fait remonter à un compromis entre la forme latine -tas, -tatis (que l'allemand connaissait déjà -tât : majestât, trinitât...), et la forme française -té quand à partir du XVe siècle (écrit alors -tet : universitet, facultet, prodigalitet...), les mots français arrivent en masse en allemand. Au XVIe siècle, l'orthographe -tät fait son apparition pour quelques mots (trinität, gratiosität...), orthographe qui gagne de plus en plus de terrain au XVIIe siècle, avec le retour à une orthographe plus étymologique (de même, on écrit donc plus tregt ou heuser, mais trägt et Häuser).10

    Les formes similaires se retrouvent dans tous les cas dans les langues germaniques occidentales : luxembourgeois (universitéit), afrikaans (universiteit) et yiddish (וניווערסיטעט [universitet]).

    Ce suffixe qui est en latin -tas (universitas) donne :

    • en italien -tà (università), universitad en romanche, en espagnol -dad (universidad, de là le basque unibertsitate), en catalan -tat (universitat), en portugais -dade (universidade), universitate en roumain, et en anglais -ty (unisersity).

    C'est donc par le truchement de l'allemand que la forme picardisante se propagera très loin :

    • dans les langues scandinaves : universitet en danois, suédois et norvégien,

    • dans les langues slaves : университет en russe et bulgare, університет en ukrainien, унiверсiтэт en biélorusse, универзитет en serbe et macédonien, univerzitet en bosniaque, uniwersytet en polonais, le slovène prend le mot « faculté » dans le même sens pour faire fakulteta (le tchèque et le slovaque présentent les formes univerzita ou universita). 

    • en albanais : universitet,

    • en lituanien (universitetas) et en letton (universitāte)...

    Par le russe, il atteint les langues turques :

    • universitet en azéri et ouzbek, uniwersitÿet en turkmène, uniwérsitét en ouïghour (le turc préfère la forme française üniversite),

    • et le géorgien : უნივერსიტეტი [universiteti].

    • et c'est encore cette forme qui inspire Zamenhof pour l'espéranto : universitato.

     

    L'initial ka- et la final -ke est reconnaissable dans : Kappe « bonnet, toque, chape, coiffe » (mais aussi l'ancienne forme Schappe, de l'anc. fr. « chape »), Pocke (« pustule », Edmond Lecesne donne poquettes comme équivalent de la petite vérole en patois artésien en 1874) et Pickel (« bouton, pustule »), du néerlandais, lui-même du picard poque « poche », Bracke de braque (le chien de chasse), dont la première mention est trouvée dans le Glossaire romanlatin de Lille, Karre (allemand du Nord et du Centre), Karren (allemand du Sud et Autriche)(« charrette, chariot », puis « bagnole, bécane »), Karch (sud-ouest, « brouette à deux roues ») du néerlandais carre, kerre, lui-même du picard kar « char ». Mais beaucoup n'ont pas survécus : cosa, kôse (« chose »), capriun « chevron », calamel (« chalemel, cuirasse de la jambe »), Furke et Furkîe (« fourche »), Kanel, kenel (lat. canalis, « caniveau »), Enkel (de ankel (litt. petite hanche, « cheville »)...

    La ga- initial ne se rencontrait que dans gambe et campa (« jambe ») mais il a également était vite inutilisé, à moins qu'il se retrouve dans le verbe gammeln « traînasser », mais une origine germanique est aussi avancée. Sa forme sans le -b- s'explique par les formes suivantes, avec l'absence de consonne épenthétique entre les géminées -mm- : Kummer (de [en]combrer « chagrin, peine »), Kammer (de kambre « chambre, alvéole ») et Kämmerer (kamerer, et le fém. kamererîn, kamerîn « valet de chambre », qui se dit maintenant Kammerdiener). Ce flottement entre -mm- et -mb- et -nn- et -nd- est également courant en allemand : par exemple, le moyen-haut-allemand mâne donnera l'allemand Mond (lune) et minnest donne mindest (au moins), lamb > Lamm, zimber > Zimmer... Le néerlandais connaît aussi cette assimilation : au Kenntnis allemand (« connaissance », de kennen) répond le kennis néerlandais.

    La nasale -en- (pour -an- en français) se trouvait dans Blâmenschier (de « blanc mangier », une façon de préparer un plat).

    De même, on connaît l'instabilité du e- prosthétique devant s + cons. en picard et en wallon. Ainsi, on peut penser que le mot (e)stival « bottine » a du venir d'un de ces dialectes pour aboutir à l'allemand Stiefel « botte ». De même pour (e)stout, (e)stouz « hardi, téméraire » (lui-même d'une racine germanique *stolt), qui donne l'allemand Stolz « fier ».

    Le w- initial qui est conservé en picard, wallon et lorrain retourne en allemand sous les mots : wanz (« gant »), et waste (afr. gastine, gâtine « désert, terre en friche, lieu inculte et sauvage », du latin vastus) qui ne sont pas conservés dans la langue actuelle, et dans wambeis, (et wambois, wambîs, wammîs, wambez, wambesch), qui se conserve sous la forme Wams (encore avec l'absence de la consonne épenthétique -b-, « wambais, gambais, gambais, gambison », vêtement d'homme ou de femme, ajusté, ordinairement sans manches et couvrant les hanches, fait d'étoffe rembourrée et piquée, lui-même emprunté au francique wamba « ventre » qui donne en allemand Wamme, « fanon » et Wampe « bedon, bide »). Waid repris du picard wedde (« guède »), lui-même du francique *waizda- et de la forme latinisé waisdo.

    Le -t final disparu tôt des dialectes centraux, est présent dans les mots allemands, ils viennent donc du picard ou du lorrain : Lamprete (« lamproie », lat. lampreda), Markt du picard markiet (lat. *marcātus, mercātus), Pastete (« pâté »), Cunterfeit (mtn. Konterfei, « portrait »), Privat (« privé »), Rekrut (« recrue ») et rekrutieren, Clairet ou Klarettwein (« vin clairet »)...

    L'évolution -oi- du latin Ē est remarquable dans les mots suivants : gloye (mais on trouve aussi gleie, glai, glaie « glaive »), schoye (« joie »), turnoi (et turnei, turney, mtn. Turnier, « tournoi »), Glôrje (« gloire »), boie (boye, poye, poy, beie, beye, afr. boye, bay « lien »), curteis mais aussi kurtois, kurtoys, kurtîs (« courtois »), roys (« roi »)... Mais on trouve aussi les formes lorraines vaele, vêle « voile », dreits « droit », lêâl (« loyal »). La plupart de ces mots ont disparu de la langue moderne, il n'y a que Franzose (« François, Français », qui se disait anciennement comme en néerlandais Franzmann), qui se soit conservé jusqu'à nos jours. En moyen-haut-allemand Franzoys, Franzeis, puis Franzos (alors que « harnois » donne harnisch). Le o conservé n'est pas expliqué. Cette forme est passée en polonais Francuz, tchèque Francauz, lituanien Francúsas, hongrois Frantzuz. On lit pour la première fois Franzos chez Jacques Twinger de Koenigshoffen (1346-1420), chroniqueur strasbourgeois, ce qui semble faire penser que la forme en -oi- d'origine provient du Nord-Est de la France, lorrain ou picard.

    Le -ch final dans les mots allemands suivants, peut s'expliquer aussi par le trait picard qui veut que ce qui correspond à un -s en français ait donné -ch : latoch, latech, leteche, blateche, latûn actuellement Lattich « laitue » (lat. lactuca), Ratich (latin radix ou armoracia), maintenant Rettich « radis noir » et Meerrettich « raifort », Radieschen « radis ». Mais ce -ch peut également être une évolution du -c- latin comme dans Fenchel (fenuculum), Pferch (parcus), Pforch (porticus)...

     

    La culture courtoise s'impose également dans le domaine des festivités, et l'allemand (de même que le français et le néerlandais) emprunte au picard déjà quelques mots de la gastronomie. Ainsi rosin, roisin donne le néerlandais rozijn, et l'allemand Rosine.

    Le mot gaulois d'origine *rica (« sillon ») donne le picard rèy (« raie, roie » en vieux-français, « danse en rang », le mot gaulois donnera « rayon ») et de là le néerlandais rei, reidans et l'allemand Rei(h)e, Reigen, Reihen (« danse de rang, en ronde, branle », maintenant surtout utilisé dans le sens de « suite, kyrielle, série », ayant pris un -h- par contamination du mot d'origine germanique Reihe (« rang ») ou un -g- par contamination avec un autre mot d'origine germanique qui donnera en néerlandais rijgen, « enfiler » et en allemand Riege ou Turnriege « équipe de sport »). Mais l'origine différente n'est pas oublier et on traduit ainsi par exemple der diplomatische Reigen der Regierungskonferenz par « le bal diplomatique de la conférence gouvernementale ».

    Plus étonnante est l'histoire du la rémoulade. Le latin armoracea passe directement à l'italien ramolaccio. Le picard (et le wallon) l'emprunte sous les formes ramorache, ramonache, ramonasse, rémola, rémolas (ramonasse désigne toujours le « radis noir » en Belgique). Ainsi, le français forme remolade, remoulade. Et c'est certainement le français qui donne au néerlandais remouladesaus, et l'allemand Remoulade.

    Encore un dernier exemple. Le mot latin sagina, « engraissement, bonne chère » donne en picard saïne (saïme en ancien français). Ce mot donne en flamand zaan, « matière grasse du lait, crème du lait » (on se souvient qu'il s'est opéré une réduction des diphtongues en picard, -aï- a donc du donner -a-). Vers le XIVe siècle, l'allemand (surtout au nord et au centre du pays) emprunte le mot au néerlandais, Sahne, « crème » (en Autriche, on dit Obers, ce qui est « sur (ober) le lait »), tandis que le néerlandais standard préfère utilisé actuellement pour ce sens le mot d'origine germanique room. L'allemand (le Sud du pays surtout et la Suisse, ou le mot Sahne est inconnu et non reconnu par le gouvernement, les produits d'exportations allemands doivent donc avoir une nouvelle étiquette dans la Confédération) utilise également ce mot Rahm pour le sens de « crème ». Ainsi, le lait demi-écrémé peut se dire Teilentrahmte H-Milch (« en partie dégraissé ») ou plus souvent Fettarm Vollmilch (« lait entier faible en gras »). Sahne et Schlagsahne, désigne la « crème chantilly » (qu'on peut également appeler Crème Chantilly). Sahnsoße se dit comme Rahmsoße (Soße est depuis la réforme orthographique, la nouvelle forme écrite de Sauce), et on dit Champignonrahmsoße (et Champignonrahm-Schnitzel) et jamais Champignonsahnsoße. Quant à Creme (ou Kreme), en allemand, c'est un synonyme de Sahn. Mais Krem (ou plus souvent Salbe) désigne plutôt la « pommade ». Le Schmand, est la « crème aigre », que les Suisses alémaniques et les Autrichiens appelle Sauerrahm ou Crème Fraîche. On voit que l'allemand n'a pas hésité a emprunté à toute les sources pour enrichir son vocabulaire culinaire déjà bien assez riche. 

    L'étymologie du mot Ramsch (« bouquin », puis « bric-à-brac, camelote ») est obscure mais on le fait remonté au moyen-français ramas et ramassis, en picard ramachi.

     

    Comme en néerlandais, où certains dialectes ont pu conserver des emprunts du picard que la langue standard n'a pas gardés, on trouve en colonais, Pütz « fontaine, étang ou flaque », de même origine que Pfütze (« flaque d'eau sale », de puche, « puits ») et Panz, Pänz (de panche, « ventre ») et qui désigne l'« enfant ». En Autriche, castrûn (« bélier castré ») s'est conservé dans la forme Kastraun avec le sens de « mouton ». Durant la période napoléonienne, certains mots, français cette fois, entrerons encore en Allemand, mais on peut penser que certains autres déjà employés dans la langue populaire seront réactivés par la présence de troupes françaises. En Plattdeutsch, on a ainsi l'exemple de Butallje venant du français « bouteille », à côté du mot plus ancien Buddel ou Buttel, venant lui du picard « boutèle ». Cette forme picarde est passé depuis en allemand standard dans l'expression Buddelschiff (plus rarement sous sa forme complète Plattdeutsch Buddelschipp) pour désigner les constructions de bateau en bouteille. Bedrullje (« bredouille ») et Persetter ou Persepter (« percepteur ») semble bien français, mais peut-on certifier la date d'arriver des mots Kamp (« champ »), Ark (« arc »), simeleern (« simuler qqch »), Klöör (« couleur »), rejell (« réel »), le suffixe -daasch (dans Kleedaasch, « robe »)...

     

    Aux XVIe-XVIIe siècle, l'allemand et le néerlandais empruntent au latin et au grec encore, mais surtout au français. Les livres imprimés que l'on traduit des textes de Jean Calvin y sont pour quelque chose. Ainsi tanchieren, avancieren, Bataillon, Chikane sont bien français. C'est à cette époque également que beaucoup de mots empruntés précédemment sous une forme picarde seront corrigés par leur équivalent français, comme logieren ou Terrasse par exemple.

     

    Des mots picards se retrouveront cependant dans les langues scandinaves par l'intermédiaire de l'allemand, le suffixe -tet et kontor (comptoir, bureau) qu'on a déjà évoqué, citons : fløjte (flûte, flöjt en suédois), juveler (bijoutier, juvelerare en suédois), kapel (chapelle, kapell en norvégien et suédois), kant (chant, arête, bord), flanke (flanc, flank en suédois), planke (planche, planka en suédois), kapun (chapon, capon en norvégien), støvle (botte, støvel en norvégien, stövel en suédois), stolt (fier), rosin (raisin, inconnu du suédois).

    En russe et bulgare кант "lisère", le russe кантовать "retourner" et кантоваться "se retourner", viennent de l'allemand Kante « arête, bord » et kanten « coucher sur le bord », du néerlandais kant, du picard kant. Déjà en slavon on trouve kǫtŭ « coin » (qui subsiste en tchèque avec kout « coin, angle ») et en lituanien kampas « coin ». On soupçonne le gallois cant « bord de fer ou coin » et le breton kant « côté » d'avoir la même origine.

    Le russe ювелир « bijoutier », du néerlandais juwelier, formé à partir de juweel « bijou, joyaux ». De même en bulgare et serbo-croate et slovène, en letton (juvelir) et lituanien (juvelӯras) qui l'ont emprunté soit au russe soit à l'allemand. Le polonais (jubiler) et le hongrois (jubilér) l'ont emprunté au vieil-allemand Jubilier.

    Le russe кабельтов « câble », каюта « cahute » et кучер « cocher » sont empruntés au néerlandais kabeltouw, kajuit et koetsier. Le polonais et le tchèque connaissent kajuta de l'allemand Kajüte.

    Le bulgare флейта et polonais flet sont de l'allemand Flöte « flûte ».

    Le suédois, espagnol et italien kaputt, tchèque kaput et grec καπούτ de l'allemand kaputt « cassé ».

    En tchèque arkýř est de l'allemand Erker.

    Plus exotique, en bahasa Indonesia qui a emprunté au néerlandais : kantoor > kantor ; schaats > sekat (patin) ; kabel ; kalkoen > kalkun (dinde) ; kamer > kamar (chambre)...

    De même le singalais : kantoor > kantoru-va.

    Et enfin le sranan tongo (surinaam) : kantoor > kantoro, kamer > kamra.

     

    1 Franziska Raynaud, Histoire de la langue allemande, Que sais-je ? N°1952, PUF, Paris, 2e édition, 1993, p.57.

    2 E.Tonnelat, Histoire de la langue allemande, CAC (Collection Armand Colin), Paris, 6e édition, 1962, p.93-94.

    3 Henri Pirenne, Histoire de Belgique, t. I, 5e éd., Bruxelles, 1929, p.163.

    4 R.F. Kaindl, Die französischen Wörter bei Gottfried von Strasburg (in Romania, T.XVII, 1893).

    5 Les deux issus de -k-/-ch- ou -l- et -ein, le dernier renforçant simplement les premiers. -k/-ch et -ein seuls ne se conservent que très sporadiquement : Habicht « autour, épervier », Kranich « grue » d'une part ; Füllen « poulain », Küken « poussin », d'autre part. -l reste la forme diminutive standard dans le Sud de l'Allemagne, d'où de nombreux mots ont été empruntés :

    • -le (Spätzle « moineau, nouille, spaezle » et Sperling « moineau », Vogel « oiseau ») en Bade-Wurtemberg et Alsace (cf. Christkindelsmärik « marché de Noël », mannele « pain au lait en forme de petit bonhomme de la Saint-Nicolas », Winachtsbredele « petits-fours de Noël ») et Lorraine (brimbelle, airelle) ;

    • -li (Knöpli « spaetzle », Müsli « muesli », leckerlis de Bâle « petits gâteaux de pain d'épice ») en Suisse ;

    • -(d)l (Dirnd(e)l(kleid) « costume féminin (Dirne « jeune fille, prostituée ») traditionnel bavarois », Wadlstrumpf ou Wadlwärmer « chaussette couvrant le mollet (Wade), Münchener Kindl, « jeune fille déguisée en moine, emblème de la ville de Munich, ouvrant le défilé de la Fête de la Bière », Knödel (« quenelle »), Brezel « bretzel » (sur la racine de Brot « pain »), Schaukel (balancelle, sur Schock « choc »), Häferl « tasse », Kipfel « croissant ») en Bavière et Autriche. C'est le même diminutif qu'on retrouve en yiddish (beygl « bagel », schnozzle « gros nez, pif », a bissel « un peu » (équivalent de ein Bisschen)...

    6 Friedrich Maurer, Heinz Rupp, Deutsche Wortgeschichte, Volume 1, Walter de Gruyter, 1974, p.338. Traduction : "Du fait que la zone linguistique allemande ne possède pas de frontière commune avec la picarde, il est clair que les mots picards du moyen-haut-allemand ont été échangés par l'intermédiaire du moyen-néerlandais, qui devait ses emprunts français principalement à ce dialecte."

    7 Ainsi weralt, werolt donne werelt, werlt, puis Welt « monde », garawo, garawêr donne gare, garwer, puis gar « cuit », les différentes formes déclinées du datif pluriel tagum, tagom, tagun, tagon donne tagen « du jour », le nominatif pluriel taga devient Tage « jour », gebôno devient geben « donner », le pluriel zungûn donne zungen « dents », le participe passé de « prendre » ginoman devient genomen « pris »... Comparons le credo chrétien :

    - Althochdeutsch : Gilaubiu in got fater almachtigon scepphion himmilis enti erda

    - Mittelhochdeutsch : Ich geloube an got vater almechtigen schephaer himels unde der erde

    - Neuhochdeutsch : Ich glaube an Gott Vater den allmächtigen Schöpfer des Himmels und der Erde

    8 Cf. La Place des Buisses à Lille, dont l'origine serait les conduits souterrains de 6140 pieds, établis pour alimenter d'eaux potables les paroisses de Saint-Etienne et de Saint-Maurice, à la suite de l'acquisition faite en 1285, pour établir huit fontaines et un puits. (Pierre Descamps, Promenade à travers kes Flandres et l'Artois, CPE, 2011, p.67).

    9 Le son -ch- français donne -sch- ou -tsche- : Bratsche, de « broche », Schâpel de « chapel », Schier de « (faire bonne) chère » ; le son -s- français donne -s- ou -tsch- : Firnis de « vernis », Gletscher de « glacier », Kardetsche ou Kardätsche de « cardasse »...

    10 Emil Öhmann, in Neuphilologische Mitteilungen, Ed. Uusfilologinen Yhdistys, T.XXIV, 1923, p.157.


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    L'anglais aussi a eu une influence du groupe normanno-picard, mais il est clair que l'influence est du surtout au normand. En effet, l'arrivée de Guillaume le Conquérant et de ses barons au XIe siècle change de manière significative la situation linguistique en Angleterre. Quelques-uns de ses compagnons étaient pourtant picard (notamment Eustache II de Boulogne, dit aux Gernons c'est-à-dire « aux longues moustaches », mot picard de même origine que « germe »). Le normand s'impose essentiellement dans les couches supérieures de la société. Les dialectes anglo-saxons se voient supplantés par le normand dans les milieux de la cour et de l'aristocratie, de la justice et de l'Église. Les milieux influents, venus de Normandie et installés en Angleterre, conservent leur langue maternelle normande, alors que les couches rurales et urbaines plus modestes continuent à parler l'anglais. Le normand en Angleterre va intégrer des mots et tournures issus de l'anglais et donnera naissance à un dialecte, l'anglo-normand. Cependant la langue anglaise a pu emprunter quelques mots d'origine picarde (ou communs au normand et au picard) quand l'Angleterre (Edouard III) régna sur les villes de Saint-Omer, après le traité de Brétigny (1360).

    Au XIIe siècle, c'est le français qui prendra le relais qui acquerra un grand prestige en Angleterre, en particulier dans les milieux aristocratiques. Il devient la langue de la loi et de la justice. Les familles riches et nobles, pour la plupart d'origine normande, apprennent le français à leurs enfants ou les envoient étudier en France. L’expansion de la langue française en Angleterre est également favorisée par les mariages royaux.

    Un épisode seulement fait penser que le picard a pu avoir une influence sur l'anglais. « From the time that the future Edward III visited Hainault with his mother in 1326 and became engaged to Count William’s daughter Philippa until the end of Edward’s reign in 1377 England’s ties to the Picard dialect area were particularly strong, with a substantial infiltration of English court circles by people from that area; Jean de le Mote, Froissart, and Chaucer’s wife are three examples. It is possible that one of the Hainuyers or Picards who came to London in these times carried with him the pastourelle section, as a whole or in parts. Froissart in particular might have done so. »1

     

    Ainsi toutes les caractéristiques phonétiques du normanno-picard se retrouve en concurrence des caractéristiques phonétiques du français :

     

    latin ce-

    norm.-pic. ch-

    cherise (cerise)

    cherry (mi XIIIe s.)

    français c-

    certain

    certain (ca.1300)

    latin ca-

    norm.-pic. ca-

    carpentier (charpentier)

    carpenter (ca.1300)(menuisier, charpentier)

    français cha-

    chaire

    chair (début XIIIe s.)(chaise, fauteuil)

    latin -icia

    norm.-pic. -che

    saussiche (saucisse)

    sausage (mi XVe s.)

    français -sse

    préjudice

    prejudice (fin XIIIe s.)(préjugé)

    latin ga-

    norm.-pic. ga-

    gauge (jauge)

    gauge (mi XIVe s.)(calibre, jauge)

    français ja-

    jargon

    jargon (mi XIVe s.)

    latin -ca

    norm.-pic. -que

    planque (planche)

    plank (ca.1200)

    français -che

    moustache

    mustache (ca.1580)

    latin -o-

    norm.-pic. -o-

    ivorie (ivoire)

    ivory (fin XIIe s.)

    français -oi-2

    cloître

    cloister (début XIIIe s.)

    latin -en-

    norm.-pic. -ẽ-

    escren > écrin (écran)

    screen (fin XIVe s.)

    français -ã-3

    sentence

    sentence (fin XIIIe s.)(peine, condamnation)

    roman /-lj/

    norm.-pic. /-l/

    traval (travail)

    travel (fin XIVe s.)4

    français /-j/

    billet

    billet [doux] (ca.1670)

    roman /-lj/

    norm.-pic. -t

    marqu(i)et (marché)

    market (mi XIIe s.)

    français -Ø

    député

    deputy (ca.1400)

    roman -ei-

    norm.-pic. -ei-/-i-

    perceivre (percevoir)

    percieve (ca.1300)

    français -oi-

    bourgeois

    bourgeois (ca.1560)

    roman -sc-

    norm.-pic. -sc-

    (e)scarpe (écharpe)

    scarf (ca.1550)

    français -éch-

    eschange > échange

    exchange (fin XIVe s.)

    germ. ga-

    norm.-pic. ga-

    gardin (jardin)

    garden (ca.1300)

    français ja-

    jambe

    jamb (début XIVe s.)(chambranle)

    germ. w-

    norm.-pic. w-

    warant (garant)

    warrant (début XIIIe s.)(mandat)

    français g-

    garantie

    guarantee (début XVe s.)

     

    L'Ordre de la Jarretière, créée par le roi Edward III, en 1348 porte le titre en anglais The most Noble Order of the Garter. Il a donc la forme normanno-picarde du mot certainement d'origine gauloise. Pierre Legrand indique encore dans son Dictionnaire du patois de Lille la forme guertier pour jarretière. Encore actuellement en anglais US garters signifie « jarretelles » (ce qui se dit suspenders en anglais britannique. Suspenders désignent les « bretelles » en anglais US. « Bretelles » se dit braces en anglais britannique).

     

    Viennent du normanno-picard, reconnaissables à leur forme phonétique :

    • -l final : bottle « bouteille », candle « chandelle », travel  « travail », griddle « gril en fonte »...

    • -ch- pour -ss- : anguish « angoisse », brush « brosse », cherry « cerise », chisel « ciseau », sugar « sucre »5, cushion « coussin », fashion « mode » (de façon), mushroom « mousseron » (un champignon), paunch « panse », pinch « pincer », to launch « mettre à l'eau, lancer une attaque militaire » (de lancer), to botch « bâcler, saboter » (de bosser), urchin « hérisson », parish « paroisse », vetch « vesce » (plante à fourrage), sausage « saucisse » (en moyen-anglais sawsyge), escutcheon « écusson », to miche « rôder, louvoyer » (de mucher)...

    • -ca- pour -cha- : cable « câble », camel « chameau », canon « chanoine », capon « chapon », carpenter « charpentier », catch « attraper » (de chasser)6, catchpoll ou catchpole « huissier, officier charger d'arrêter les débiteurs » (de chasser), cattle « bétail » (de cheptel), cauldron « chaudron », caudel « grog, vin chaud, lait de poule » (boisson britannique de même origine que le chaudeau, mais le terme ne s'emploie que dans un contexte moyenâgeux), caulk « isoler, colmater » (de cauquer, du latin calicare, terme de nautique), car « char », to carry (« charrier, porter, transporter »), castle « château », to escape « échapper », can, « cruche » (en ancien-français chaine), carbuncle « escarboucle » (anciennement escharbocle), carrion « charogne », crone (injure) « vieille bique, vieille couette » (de charogne), canker « chancre », cant « jargon, parole insignifiante, inutile » (de canter), cant « arête » (en écossais), caitiff « lâche, misérable » (de chétif, caitif, du lat. captivus), to cater « accueillir, organiser des réceptions » (de acheter) et caterer « traiteur », scallion « poireau, ciboulette » (apparenté à « échalote » qui subi en français une substitution du suffixe -ogne par -ote), scarce « rare » et scarcely, scarcity (de scars, « mesquin, faible, peu abondant », escarcelle est de même origine), scarf « écharpe », case « boîtier » (apparenté à châsse), to scald « échauder », to scamper « gambader, détaler » (de escamper), kitten et kitty (probablement de l'anglo-normand kitoun, variante du français chitoun, « petit chat »), gantry « grue de chantier » (certainement de gantier, cantier)...

    • -que- pour -che- : pocket et poke « poche », kennel « chenil », to perk « se revigorer » (peut-être de se percher), plank « planche », rebuke « réprimande » (de bouque ou buquer), tuck « coup de tambour » (de toquer), skew (« fausser, incliner », de esquiver), fork « fourche, fourchette », task « tâche », clock et cloak « cloche », rock « roche », to truck « troquer » (truck dans le sens de « camion » a une autre origine)...

    • -ga- pour -ja- :7 garden et gardener « jardin », « jardinier » (l'étymon germanique à évolué naturellement en yard « jardin, cour, chantier », comme Gestern en allemand est yesterday, « hier »), garter « jarretière, fixe-chaussette, jarretelle », gauge « jauge, diamètre », game « boiteux » (dans le dialecte du nord des Midlands, peut-être de gambe), gams en argot « guibolle, belle jambe de femme », gammon « jambon », gambrel roof « toit à deux pentes » (dérivé de gambrel, qui désignait les jambes arrière des chevaux, et poutre servant suspendre des carcasses), garbage « poubelle » (de gerbe, terme qui exprimait aussi le mépris)...

    • -w- pour -g- : wicket « guichet », to wait « attendre » et to await « attendre qqch » (de guetter), wafer « gaufre », wage « salaire » et wager « pari, parier » (gage, gager), wyvern «guivre » (sorte de dragon), warrant et warranty « mandat » (de garantie), to waste « gaspiller » (de gâter), wastes « étendues sauvages » (de gâtine, terre inculte), war « guerre » (en moyen-anglais wyrre, werre) et warrior, warden et warder (mot attesté qu'au Royaume-Uni) « gardien », wardrobe « garde-robe », reward « récompense, prix » et award « prix » (de regard, synonyme d'égard), warren « garenne », wince « grimace » (probablement de guenchir « (faire) changer de direction », gauchir et gauche ont la même origine), wallop « raclée, claque » (possiblement de galop)...

    • -s- pour -es- : spool « bobine » (de spole, espole, espeul « broche de fileur »)...

    • -in- ou -en- pour -an- : screen « écran » (probablement de escren, forme découverte dans le Glossaire de Douai, édité par Enée-Aimé Escallier8, datant du dernier quart du XIIIe s. signifiant « panneau servant à se garantir de l'ardeur d'un foyer »), trencher « tranchoir, trancheuse »...

     

    D'autres mots emprunté à date anciennes sont aussi d'origine normanno-picarde comme disturb, « déranger » (et disturbance) de destorber, truncheon « matraque » de tronchon (tronçon, petit tronc), meddle « immiscer dans » de medler (forme de mesler, mêler), band « bande, bandeau, ruban », receipt « recette » puis « ticket de caisse, reçu », tawny « tanné », sewer (excavation)...

    Raspberry (« framboise » en anglais moderne, en vieil anglais hindberge, comme en allemand Himbeere), s'explique peut-être par une influence dialectale d'oïl. On enregistre la forme raspis berry au XVIe siècle, qui viendrait de raspise (nom d'un vin rosé), en latin vinum raspeys. Le nom de ce vin viendrait du vieux français raspez « vin trop léger ou éventé que l'on a bonifié en y faisant macérer des raisins secs ou en y ajoutant du raisin nouveau » (lat. raspecia, raspeium), ou plus vraisemblablement du wallon raspoie « fourré ». Raspez viendrait d'un b. lat. *raspare (qui donne « râper »), que le FEW fait remonter, en raison de sa grande extension dans les langues romanes, au germanique occidental raspôn « rassembler en raclant » (cf. l'a. h. all. Raspôn « id. », le néerl. raspen « râper »). Le mot a cependant pu être emprunté plus tardivement au mot francique correspondant.

     

    Il y aurait donc plusieurs milliers de mots d'origine française introduit en anglais durant les trois siècles de bilinguisme de la cour. En effet, les membres de la Cour et les barons venus de France parlaient une sorte de langue d'oïl, plutôt normande (même si de nombreux compagnons d'armes de Guillaume le Conquérant venaient d'autres régions que de Normandie). Mais si les emprunts au normand ont eu lieu très tôt et sont restés rare (plus de 5 000 environs), et ceux au français ont suivi en nombre (selon Henriette Walter, les deux tiers du vocabulaire). En fait, on peut penser que, comme en néerlandais, s'est opérer une correction des formes normanno-picardes au fur et à mesure que la langue française opérait son expansion. Ainsi le Anglo-Norman Dictionary recense les formes normanno-picardes cair, caeir et kair pour la forme française retenue chair « chaire, chaise », ou caeine, kein, keine pour chain « chaîne », capele, capelle pour chapel « chapelle », calenge, calenje pour challenge, ou encore les formes gaiol(l)(e), gayole, gao(e)l(e), gaoll, ghaole, gael pour jail « geôle », gai, gay pour jay « geai », ou encore way, wai pour gay « gai »...

    Les deux formes étaient donc en concurrence durant un temps. Et parfois les deux formes sont restées mais ont pris un sens différent. On peut donc s'amuser à trouver des doublets, l'un d'origine normanno-picarde, l'autre d'origine française : scallion et shallot (échalote), warant et garantie, catch et chase, chive et civet, candle et chandelier, launch et lancer, botch et boss (protubérance), poke, pocket et pouch, car et chariot, cattle et chattel, canker et chancre, pocket et pouch, tuck et touch, wage et gage, warranty et guarantee, warden et guard, reward et regard, wallop et gallop, skew et eschew...

     

    D'autres mots sont présents que dans les langues d'oïl du Nord-ouest :

    • to trundle « sortir en poussant, avancer lourdement » (trondeler, « rouler », cité par Edmond Lecesne, que l'on retrouve peut-être dans l'expression longue-trône, par télescopage avec longue-prone, « lambin »), to growl « gronder » (grouler, « grogner, gronder, ronchonner »), to fudge « esquiver, truquer » (fuche !, feuche !, exclamation de mépris, forme subjonctif imparfait du verbe être), belfry « beffroi » (altération de la première syllabe par analogie avec bell « cloche »), flounder « flet » (flondre, poisson plat), gash « entaille, entailler » (garser, « entailler »), chive « ciboulette, civette », fitch et fitchew « putois » (du picard fichau)9, cockle « coquille », to shake « secouer » (saquer), sackbut « saqueboute » (sachebote, ancien instrument à vent, sorte de trombone à coulisse), scavenger « charognard, faiseur de poubelles, récupérateur » (à l'origine « éboueur, personne chargée des encombrants », du moyen-anglais scawageour « officier de Londres en charge de relever les taxes des produits vendus par les marchands étranger, du picard ou wallon escauwage « inspection », du néerlandais schouwen, « regarder, inspecter »), warbler « fauvette » et to warble « gazouiller » (de werbler, verbler « chanter en modulant, gazouiller »), tack « clou » (de taque, encore dachète chez Hécart).

     

    Le suffixe adjectival et nominatif -ory (« having to do with, characterized by, tending to, place for ») descend du moyen-anglais -orie, est également un emprunt au normanno-picard -ory, -orie (en ancien-français, c'était -oir, -oire). Souvent ajouté à des mots d'origine latine (consistory, ivory), mais aussi sur d'autres mots tels que : excrete et excretory, sense et sensory, statute et statutory...

     

    Cela est même sans parler d'une influence dans le domaine de l'orthographe, on dit, par exemple, que la façon d'écrire le mot « ice » (glace) viendrait d'une influence des habitudes françaises, le mot d'écrivant is en vieil-anglais (voir encore le frison iis, le néerlandais ijs, et l'allemand Eis). La prononciation en -d- dans murder (vieil-anglais morðor) est également une influence du mot ancien-français « murdre » (meurtre). Plaster a longtemps été écrit plastre (« plâtre »), plague était plage (« fléau, plaie »), chandelier était chaundeler ou chandelabre « lustre », le mot français agraver a été, en français, en aggraver au XIVe siècle et, en anglais agrieve l'a été en aggrieve au XVe siècle, de même aggrandize « agrandir » qui est l'ancienne orthographe française, flotation provient de float. Zinc a pris l'orthographe française. Dependant et un nom et dependent est un adjectif, de même antic (nom) et antique (adjectif). Encore opaque (aussi un adjectif) et critique (celui-ci un nom) sont typiquement français, autre exemple de modèle similaire quay (anciennement key, keye, caye). Confidant, pelican, représentent la prononciation française. Même le mot italien terzetto prend l'orthographe française tercet (strophe de 3 vers), comme le mot fugue dans le même domaine de la musique. La prononciation de ceramic (au lieu de *keramic) vient de celle française. Bier et lemonade sont aussi les orthographes presque françaises (bière et limonade). Celery et radish également (céleri et radis).

    La graphie de l'ancien-anglais est issue des efforts des graphistes normands. Les digrammes ch, sh, gh (qui remplace le yogh runique, dans le mot night par exemple), th (qui remplace les lettres thorn, comme dans thick et edh comme dans that) et w (anciennement vv ou uu et remplace la lettre wynn, comme dans wise) sont dus aux habitudes françaises.

    Une autre particularité des langues germaniques est l'absence des consonnes sonores (ou voisées) telles que v (grave), z (choose), th (that), et ʒ (angel). Celles-ci se sont développées en anglais par l'influence française. De même apparaissent les diphtongues ai/ay (chaine, quay), ew (jewel), ou/ow (velour, allow de allouer), au/aw (because, tawny de tanné) et oi/oy (noise, voyage).

    Enfin, on sait qu'il était d'usage d'écrire, en moyen-français -y en fin de mot (notamment parce que la forme de la lettre est plus facilement reconnaissable), on écrivait donc iceluy, fleury, ʃçay (je sais), ayder, parquoy, vray... jusqu'en 1709. Dans le Miracle de l'enfant donné au diable (de 1339), on lit Elle te sera vraie amie, mais Juge vray, entendez a nous. Il semble que l'anglais ait conservé cette tradition (to cry > cried, to pay > paid/payed, history > histories).

     

     

    Dans le domaine de la grammaire, la forme du pluriel en -s qui l'emporte largement en anglais (au contraire des langues germaniques) est également une influence de l'ancien-français. De plus, l'ordre des mots dans la phrase reflète l'ordre du français, à savoir Sujet-Verbe-Objet (au lieu de Verbe-Sujet-Objet plus courant en allemand ou en latin). Certains adjectifs présenteront une postposition par rapport au nom : secretary general, attorney général et surgeon general, letters patent et letters close, body politic, knight errant, the devil incarnate, time immemorial, court-martial… De ce fait, les Anglophones ont parfois du mal à savoir où le pluriel doit se mettre : attorneys-general tout comme attorney-generals se rencontrent. On dit que la forme you généralisée pour le tutoiement et le vouvoiement aurait commencée au moment de l'influence française, remplaçant le thou (tu et forme du vouvoiement) et le ye (vous, forme pour s'adresser à plusieurs personnes).

     

    Le préfixe en- est aussi une influence du français sur le préfixe in-, certains étymons forment maintenant des doublons : ensure/insure « assurer », encase/incase « mettre dans une case », engrave/ingrave « graver », emplead/implead « emplaindre » (accuser, porter en justice), empanel/impanel « enregistrer, former un panel », endue/indue/indew & endow/indow « enduire, induire », engrain/ingrain « grêner, grainer », enrichment/inrichment « enrichissement », entitle/intitle « titrer »...

    Parfois le mot principal n'est même pas d'origine française : enmesh/inmesh/immesh « mettre en filet », entwist/intwist « tordre, natter », enwrap/inwrap « envelopper », enwreathe/inwreathe « natter, tresser, emmaillotter », enwrite/inwrite « inscrire »...

    Certains mot en in-/im- sont obsolètes : employ/imploy « employer », enhace/inha(u)nce « enhaucier » (relever, élever), enclose/inclose « enclore, enfermer », engage/ingage « engager », enrage/inrage « enrager », embrace/imbrace « embrasser », enchant/incha(u)nt « enchanter », encounter/incountre « rencontrer », endorse/indorse « endosser », endure/indure « endurer », enforce/inforce « forcer, renforcer », enflame/inflame « enflammer », engender/ingender « engendrer », envelop(e)/invelop(e) « envelopper », engird/ingirt « ceinturer », enmingle/inmingle « mélanger »...

    Parfois c'est le mot avec préfixe en-/em- qui sont devenu obsolètes, l'influence du latin d'origine ayant jouer un rôle : enclude/include « inclure », enfringe/infringe « enfreindre », endoctrine/indoctrinate « endoctriner », empassion/impassion « passionner », enmix/inmix « mixer, emmêler », emprint/imprint « imprimer », embed/imbed « mettre au lit »...

    Le mot d'origine latine en -in est parfois en parallèle avec le mot d'origine française ou anglaise en en- : enjoin/injunction « enjoindre / injonction », embodiment/incarnation « personnification, incarnation », embolden/inspire « encourager, inspirer, mettre en force »

    Parfois, la forme du suffixe est acceptée des deux côtés de l'Océan Atlantique, mais un sera majoritairement utilisé d'un côté ou de l'autre : enquire (Angleterre)/inquire (États-Unis) « enquérir » et on discute encore du sens de chaque orthographe, inquiry « requête, mise en question (en Australie), recherche (au Canada) » et enquiry « questionnement ». Enlighten et inlight se dispute les sens de « illuminer » au sens propre ou figurer.

    La prononciation de schedule en anglais britannique (shed-yul) est une influence française, alors que les Américains prononcent le mot à la grecque (sked-yul). Le mot programme s'écrit également à la française en Grande-Bretagne mais program aux États-Unis. Floroun a été modernisé en fleuron plus français.

     

    Le suffixe diminutive -kin est attesté la première fois au milieu du XIIIe siècle, d'abord dans les noms propres venant de Flandres et Hollande comme Jenkins, Dickens et Dickinson, Wilkins, Wilkinson. D'autres noms ont été formés ensuite : Atkinson (sur Adam), Peterkin, Perkins, Parkins (sur Peter), Hawkins (sur hawk, « faucon »), Watkins, Wilkinson, Tomkinson, Hodgkinson, etc. Le dernier date de 1900 : Munchkin par L. Frank Baum dans le Magicien d'Oz. A la traduction de Heidi en anglais, on a parfois choisi Peterkin pour Peterchen.

    Alors qu'il n'a jamais été productif en français (on note frusquin, lambrequin, ribaudequin...), il l'a été en néerlandais sous la forme -ken (en moyen-néerlandais -kijn, -ken (en moyen-néerlandais on trouve bareelkijn « petit baril », baldekijn, baudekijn « baldaquin », wimmelkijn « vilebrequin », rammeken « ramequin », broseken « brodequin », manneken « mannequin », trosseken « troussequin », kruisken « trusquin »...) qui a évolué en néerlandais standard dans le très productif -tje10 : Anke et Anneke, sur Anna, Elke sur Adelheid, Femke sur Frid « paix », Funske sur Alfons...), et en picard sous cette forme -kin. On pense que c'est là son origine, on trouve donc dans le dialecte : verquin « mauvais verre », painequin « mauvais pain », rouquin (mot originaire du Nord), et les noms Pierrequin, Gilkin, Gilquin, Vifquin11...

    Actuellement en anglais, il se rencontre sur une trentaine de mots : napkin « serviette », catkin « châton », lambkin « agnelé »... La plupart sont formés sur radicaux dialectaux ou archaïques) : bodkin « poinçon », manikin « petit bonhomme », pannikin « petit pain », welkin « voûte céleste »... Chez certains locuteurs, il reste productif : babykin, devilkin, elfkin...

    On rencontre aussi kinsfolk ou kinfolk dans le sens de « famille », le suffixe devient ici préfixe !

     

    On note également quelques noms de lieu en Angleterre qui sont d'origine normanno-picarde. L'élément -bel- ou -beau- se retrouve souvent : Beaulieu, Belvoir, Beaudesert, Belper, le promontoire Beachy Head est une déformation de Beauchef, Bewdley en est une de beaulieu, et Merdegrave fut changé au XIIe siècle en Belgrave, l'élément Merde issu de « marten », martre prêtant à l'ironie. On rencontre aussi -val- ou -vau-, comme dans Rievaulx et Jervaulx Abbey, ou encore l'élément -mont-, dans Montacute, Egremont ou Mountsorrel. On trouve Chapel-en-le-Frith, Capel-le-Ferne, et encore Chester-le-Street avec l'affixe onomastique français lez. Cela fut une telle mode qu'il s'y retrouve dans Hartlepool ou Hetton-le-Hole, Chapel-le-Dale, Barnetby-le-Wold, Normanton-le-Heath, Newton-le-Willows, alors qu'il n'a rien à y faire étymologiquement. L'élément capel et chapel se retouve aussi dans Chapel, Capel et encore Capel St Mary et Capel St Andrew. On trouve également Boulge, issu de bouge, signifiant surface non cultivée. 

    On sait tous que maintenant c'est le français (et d'autres langues) qui emprunte plus à l'anglais que l'inverse. Quand un Anglophone utilise un mot français, c'est pour marquer sa pédanterie en quelque sorte. Quand un Francophone emprunte un anglicisme, c'est que le besoin se fait sentir, la plupart du temps, mais aussi parfois pour faire « hype ». Mais il est amusant de constater, que parfois quand on utilise un anglicisme, celui-ci vient du fond normanno-picard et non du français :

    • boxon « lupanar, pagaille » est emprunté à l'anglais qui lui-même l'avait emprunté soit à une forme de bouc (symbole de débauche) soit à bocard (mot de la mine, machine très bruyante, servant à concasser le minerai). Pour Albert Dauzat, il passe par la Normandie.

    • car, emprunté à l'anglais d'abord dans le sens de « wagon », puis comme aphérèse de « auto-car » dans le sens de « bus », est issu de la forme normanno-picard de char.

    • caterpillar, « gros engin de chantier » doit son nom à la marque Caterpillar, mais elle doit son nom à la « chenille » (du fait de ses roues en chaîne) en anglais, et le nom de la chenille en anglais caterpillar, vient de l'ancien-picard caterpilose (maintenant ca(r)pleuse, ca(r)plute), venant du latin CATTA PILOSUS, litt. « chat poilu ».

    • catch, est une réduction de l'expression anglaise catch-as-catch-can, soit « attrape comme tu peux », or ce catch est issu de la forme normanno-picarde cacher, en français chasser, dans le sens d'« essayer d'attraper, chasser (un animal) » (le mot picard cacher a maintenant uniquement le sens de « aller chercher »).

    • camping est un emprunt de l'anglais datant de 1905 qui prend son origine dans la forme normanno-picard camper, sur camp « champ ». La forme campus, réemprunté à l'anglais américain dans le sens d'« un ensemble de bâtiments universitaires », vient de la forme latine, et non de la forme normanno-picarde. Mais quand on dit camping-car, on croit parler anglais, alors qu'on parle presque picard ou normand.

    • le catering devient de plus en plus à la mode (« service de livraison de repas pour les entreprises »), alors que le terme était particulier au domaine de l'aviation (« repas pris en vol ») et du monde du spectacle (« repas servis à l'équipe pendant un tournage »), en anglais, le mot à la sens de « ravitaillement » et vient de to cater, « organiser une réception, accueillir, offrir le repas », et son dérivé caterer, « traiteur ». Ce mot est l'aphérèse de acater, mot encore très courant dans le Nord de la France, pour acheter.

    • choke en français de Belgique désigne le « starter », et vient de l'anglais to chock, « choquer », ou chock « cale » venant de l'ancien-picard chuquier « se heurter, se frapper », ou du normanno-picard choque « souche ». Une influence du moyen-anglais choken, aphérèse de achoken, acheken « étrangler » (de même origine que cheek « joue », par glissement de sens, puisque à l'origine ce mot désigné la « machoire »).

    • cottage, a une longue histoire et résume à lui seul les contacts entre les peuples romains et germaniques en Europe. Le proto-germanique *kuta-, *kutō- a donné en néerlandais kot (que les étudiants belges connaissent bien, puisqu'il désigne leur petit logement) et le norrois kot, køyta « cabane », qui donna en normand cote, cotage, cotin (et coterie). Les Anglais emprunteront le mot cottage, pour désigner une « maisonnette ». C'est ce sens qui est courant en français. En picard, notamment dans le Nord de la France, on appelle un kotje (diminutif néerlandais de kot) une « cabane », ou un « chalet » servant soit de débarras, soit d'appentis pour les outils de jardin. On pense que les mots dialectaux allemand Kietz (« petite maison de pêcheur » dans le Brandenbourg), Kietze (selon le lieu, « maisonnette pour vendre les fraises », dans le langage de la mine, « boîte servant à conserver l'argile »), Kötze (« corbeille, hotte »), et les mots allemands Kiste (« boîte, caisse »), Kästchen (« cartouche, case »), Bauernkotte (bâtiment de ferme), Chotte (en schwytzerdütsch ou suisse alémanique, « chalet rudimentaire », qui donne en français de Suisse l'expression se mettre à la chotte, « se mettre à l'abri des intempéries »)... sont tous liés par la même origine.

    • le croquet est un jeu de crosse encore pratiqué au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis et la scène d'Alice au pays des merveilles est encore dans la tête de tous les (grands) enfants. Le terme et le jeu sont originaires de l'aire normanno-picarde, croquet, étant le « crochet » permettant de renvoyer la balle. La crosse, le hockey, le golf en sont tous dérivés.

    • le gallon (impérial, britannique ou canadien) est plus courant au Canada qu'en France, mais ce n'est pas un terme qui nous est inconnu. En 1983, on décide au Canada de passer au litre (non sans quelques difficultés). Mais pour les Cadiens de Louisiane, il reste d'actualité, même s'il n'a pas la même contenance (4,54609 litres pour le gallon impérial et 3,785411784 litres pour le gallon américain). Toujours est-il que le terme remonte au français du nord galon (en ancien-français jalon et jalaie, ce dernier donnant jale, « cuveau des vendangeurs »), désignant des « mesures pour les liquides ». Les mots français galon et jalon ont eux d'autres origines.

    • marquer (un joueur pour l'empêcher d'agir), dérive de to mark, descend du normanno-picard marque « limite ».

    • marketing est un terme important du monde moderne, et on sait qu'il est dérivé de market, mais qui sait encore que le mot vient du normanno-picard market, markiet « marché » ? Il désignait à l'origine la « place du marché », puis l'« action de marchander ou d'acheter », et marketing se définie selon le TLFi par l'« ensemble des études et des actions qui concourent à créer des produits satisfaisant les besoins et les désirs des consommateurs et à assurer leur commercialisation dans les meilleures conditions de profit. »

    • le mot mouette est emprunté à l'anglo-normand mew, mave, mauve avec suffixation -et, -ette. Le normanno-picard l'avait lui-même emprunté au germanique Mewe (Möwe en allemand « mouette »). Le terme est resté sous sa forme germanique en normanno-picard mauve. Tandis que l'anglais utilise maintenant le mot d'origine celtique gull pour désigner l'oiseau.

    • faire du skate est courant sur toutes les places. Le mot vient du néerlandais, apporté lors du retour des Pays-Bas des réfugiés anglais partisans de Charles II. Le patin à glace est en effet courant sur les canaux bataves. Or le mot néerlandais schaats « patin à glace » vient du mot picard escache, forme septentrionale de « eschasse », le mot échasse descend lui-même du francique de même sens *skakkja. La pratique des échasses est encore courante, notamment à Namur où des concours ont toujours lieux.

    • le mot français standard « référence, modèle, exemple », dérive de l'anglais. Lui-même vient du normanno-picard standard dès le milieu du XIIe siècle, lui-même du francique *standhard, « stable, fixe » (de stand et hard), l'étendard l'« enseigne de guerre » étant souvent planté en terre sur le champ de bataille. Le glissement de sens en anglais de étendard à standard n'est pas élucidé.

    • avoir le catering durant le trajet en l'avion est devenu un standard parmi les compagnies aériennes, on l'a dit. Les stewards et stewardesses en font partie également. Le mot provient du vieil-anglais stiward, stigweard composé de stig « hangar, enclos » et de weard « gardien », et comme on l'a vu, ward(er) est la forme normanno-picard de « garde ». Le sens de « responsable de l'approvisionnement et des repas sur un vaisseau » est attesté depuis le milieu du XVe siècle. C'était aussi le titre d'un officier haut gradé (sénéchal royal) en Angleterre et Écosse, poste consistant à « prendre en charge les affaires au nom d'un employeur ». Walter Fitzalan (the) Steward (descendant d'un combattant breton de la bataille de Hasting, son nom signifie « Fils d'Alain »), qui s'est marié en 1315 avec Marjorie de Bruce, fille du Roi Robert II Stewart est à l'origine du nom de la famille royale d’Écosse les Stewart (le -t final étant un trait du scots). Jacques V Stewart d’Écosse (l'un des derniers rois de cette maison à avoir le gaélique écossais comme langue maternelle) donne naissance à Marie Ière d'Écosse, qui francisera son nom en Stuart, car elle sera élevée en France dès 1548 ; elle deviendra reine de France à dix-sept ans, après l'accession au trône de son mari François II, du 10 juillet 1559 au 5 décembre 1560.

    • les joueurs de whist ou de bridge (le nom de ce dernier est originellement du russe b(i)ritch ou Russian Whist) emploie le mot trick ou tri pour signifier qu'il y a une levée supplémentaire aux 6 prévues. Le mot vient bien sûr de l'anglais trick « ruse, astuce » (que l'allemand a emprunté dans ce sens) et to trick « tricher », mais l'anglais l'avait emprunté au moyen-âge à la forme normanno-picarde du mot français « triche ». On connaît aussi parfois l'expression d'Halloween trick or treat « une farce ou une friandise ».

    • enfin dans le domaine du commerce, un warrant (et warranter et warrantage) désigne un récépissé délivré aux commerçants, en gage de marchandises dans un entrepôt. Le mot est une forme picarde de « [se porter] garant ».

     

     

    Qui sait également qu'avant de nous revenir au début du XVIIIe siècle, l'ale était déjà connu dans le Nord de la France au XIIIe siècle ? En effet, on a vu que le vocabulaire français de la brasserie s'est enrichie de mots venus de cette région, et dans le Registre aux bans municipaux de la ville de Saint-Omer, concernant les Couretier et Hostelier, l'article n°195 stipule : « Nus brasseres d'ale ne puet metre en s'ale autre chose ke blei, avoine et orge et autre grain et eawe. »12 Pour ce terme, on imagine un emprunt parallèle à l'anglais ale et au néerlandais aal qui reste employé dans le mot aalbes « groseille » (du proto-indo-européen *h2elu- « amer, aigre », dont les mots d'origine latine alun et aluminium sont apparentés), donnant en picard ale et goudale (en français godale), « bière sans houblon » se rapprochant de ce qu'on appelle Malzbier en Allemagne (« bière de malt »). Quand on boit un ginger ale, on renoue sans le savoir avec la vieille tradition brassicole du Nord de la France, même si le mot goudale (et les godallieux / godalliers) est oublié en France. Cependant il est encore très vivant en Belgique sous la forme wallonne guindaille « beuverie d'étudiant, repas bien arrosé », avec ses dérivés guindailler, et guindailleur.

     

    1 http://www.lib.rochester.edu/camelot/teams/wjchms.htm.

    2 L'ancien-français avait -ai- et -ei- d'abord, le -oi- est originaire des dialectes d'oïl de l'est et du nord et se prononcera /-wa-/ en français à partir du XIIIe siècle. Le -oi- picard ne s'est pas réduit dans toutes l'aire picarde en -o- (frod), il a évolué en -oé- notamment dans le sud et l'ouest de l'aire picarde (froéd) et -ow- sporadiquement ailleurs (frowd).

    3 L'orthographe française -an- reste -an- en anglais : chance, change...

    4 On considère que le /lj/ roman abouti à /j/ en français vers le XIIIe siècle. Les mots que l'anglais emprunte au français présentent le son /-jl-/ : tailor fin du XIIIe siècle (tailleur, anc.-fr. tailleor), veil début du XIIIe siècle (voile, anc.fr. veil)... L'évolution du sens de travel remonte à l'ancien-français "travailler" dans le sens de "se donner la peine, faire souffrir" qui reflète la dureté de la journée de travail et des voyages au Moyen-Âge.

    5 Henriette Walter indique : « La prononciation anglaise de la première consonne de ce mot (un peu comme le ch de chou en français) est une indication de la prononciation probable du s en ancien-français » (Honni soit qui mal y pense, Robert Laffont, Paris, 2001, p.102). Le Online Etymology Dictionary indique lui « The pronunciation shift from s- to sh- is probably from the initial long vowel sound syu- (as in sure). » C'est là aussi une explication qui ne convint pas. En effet, survey présente également le /ˈsɜːveɪ/ ainsi que sue (/suː/, /sjuː/) et la prononciation de sugar est /'ʃʊɡə(r)/. Nous y voyons nous un emprunt au normanno-picard, la prononciation du s ayant resté stable du latin au français. On voit mal en effet, la raison pour laquelle le s latin (lat. saccharum) serait passé au son ch (chucre) en ancien-français pour redevenir s plus tard (sucre) en français. Le problème est également que ce mot est d'origine étrangère (on le trouve écrit sous la forme çucre chez Chrétien de Troyes et zucre chez Guillaume de Berneville). Toujours est-il que le mot saint emprunté par l'anglais au début du XIIe siècle se prononce /seɪnt/, suspicion emprunté à la fin du XIIIe siècle est prononcé /sə'spɪʃn/, et suggestion emprunté au milieu du XIVe siècle se prononce /sə'dʒestʃn/. Signalons qu'il n'y a aucun mot anglais commençant par shu- d'origine français ou latine, et que tous les mots commençant par su- se prononce tous /s-/. Sugar et sugary, son dérivé, et sure et surely, surety, ses dérivés, sont les seuls mots commençant par su- et à se prononcer /ʃ-/. Le plus simple est donc de considérer ce mot comme un emprunt au normanno-picard (/'ʃʊɡə(r)/ comme chucre), mais écrit à la française (sugar). Bovelles au XVIe siècle, avait noté que les Picards disent chucre et torse, ce que les Français disent sucre, torche (Théodore Rosset, Les origines de prononciation moderne étudiées au 17e siècle d'après les remarques des grammairiens et les textes en patois de la banlieue parisienne, A. Colin, Paris, 1911, p.324).

    6 Le prétérit et participe passé caught, est un des rares exemples de verbe d'origine française qui soit irrégulier, pour l'expliquer, on pense à une influence de verbe to latch on « accrocher », que la forme to catch à remplacer dans plusieurs de ses sens.

    7 On remarque les doublons : garden/yard, garbage/yarrow comme on a warrant/guarantee... Le mot target "cible" vient de l'a.fr. targe (XIIe siècle). Cependant on prononce bien /ˈtɑːgɪt/, comme dans le verbe (se) targuer de même origine. Littré indique que targ(i)er a évolué en targuer sur l'influence de l'occitan targar. Mais on peut se demander si le mot ne serait pas en fait d'origine picarde. Le CNRTL donne la citation qui peut le faire penser (déb. du xiiies., Pierre de Corbie ds Bartsch, III, 33, 16: ele se targast de toi); « se couvrir d'une targe » (1269-78, Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 15789), mais n'explique par l'évolution de targier en targuer.

    8 Enée-Aimé Escallier, Remarques sur le patois, suivies d'un vocabulaire latin-français du 14e s. (1856), p.212.

    9 Apparenté à fuseau (le putois étant de forme allongée) aurait donné en moyen-néerlandais fitsau (encore en flamand fitsjau, visse, "putois" et l'anglais fitch ou fitchew "putois". (Noël Dupire, Alternances phonétiques en picard, in Romania, 1927, T.53, p.172)

    10 La forme normale du diminutif au pays flamand est en -(e)ken, -sken (sauf en flamand occidental où il est proche de la forme néerlandaise). Ainsi en bruxellois, on a menneke (« bonhomme »), balleke (« boulette »), stukske (« petit morceau »), breuke (« p'tit frère »), zinneke (signifiant « bâtard » et venant de la Petite Senne ou la Sennette, le canal qui depuis 1561 contournait Bruxelles pour éviter des inondations, de là « un chien bâtard » qui parfois terminait son existence dans la Zinneke. Par extension, les zinnekes sont les personnes qui vivent à Bruxelles), krotke (« petite crotte »)...

    11 Le suffixe -kin/-quin se trouve encore principalement dans la province de Liège : Renkin, Rennequin, Hennequin, Claskin, Clasquin, Bulskin, Halkin, Wilkin, Pietkin, Raskin, Tilkin, Tilquin... Vulcain en Bourgogne, autrefois écrit Villequain, Vuilcain, Vuilquin (diminutif du prénom Guillaume / Wuillaume formé avec le suffixe -quin). Il fut aussi emprunté par l'allemand, dans quelques mots : Schapellikîn (syn. de Schampellîn, dim. de Schapel, « couronne », de chapeau), Baldekîn, Harlekin, kindekîn « petit enfant », gebûrekîn « petit paysan », Küken « poussin »...

    12 Arthur Giry, Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions jusqu'au XIVe siècle, F. Vieweg, Paris, 1877, p.517. On a presque ici affaire à la Reinheitsgebot allemande, ou "décret sur la pureté de la bière" qui, datant de 1516, constitue l'un des plus vieux décrets alimentaires européens. Le texte précise donc que les seuls ingrédients autorisés étaient l'orge, le houblon et l'eau. Bavaroise originellement, elle fut étendue à toute l'Allemagne et est maintenant partie intégrante de la loi fédérale de taxation de la bière (Biersteuergesetz).


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