• et une version pan-picarde : d'Amiens à Tournai (au moins !)


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  • Avint cha, j'y allos souvint
    Dins men payis des molins,
    Où ch'est qu' j'allos quind j'étos jonne,
    Où ch'est qu' j'ira quind que j' seras viux,

    Ch'étos min payis,
    Mais in m' l'a volé,
    Ch'étos min payis,
    J' l'a laissé s'involé.

    J'y allos quind j'voulos,
    Ch'étos nin compliqué,
    J'y allos quind j'voulos,
    I suffijot de l'demindé.

    Asteur, je n'sais mie pus,
    Ti te savos nin,
    Mi j'sais pu nin pus,
    Asteur, in est pierdu.

    I m'fejot rêvé, min molin,
    I m'fejot rique, min molin,
    I m'fejot lib', min molin,
    Car ch'étot min molin.

    Su l'kemin à min molin,
    Pachequ'i nn avot plus d'un,
    Et i avot foque el mien
    Qui m'fejot sintir el vint,

    Su l'kemin, adon,
    Ej ravisot pon,
    Ches gins et ches ponts,
    Ches kiens ou majons,

    Su l'kemin, ej m ramintuvos
    Ches ferniètes, ech l'uch,
    Ches ailes et ches reues,
    Mais in jour, tout chingeot.

    Min molin, i avot pus d'uch,
    Min molin, i avot pus d'ferniètes,
    Min molin, ch'étot pu min molin,
    J'ai nin pus d'molin, j'ai nin pus d'payis.

     

    (Turlupin, 2012)


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  •     Si il est encore nul et non avenu de prêter serment en wallon en Belgique, il y a cependant certaines choses qui sont possibles dans la vie de tous les jours :

    - en France, on peut rédiger son chèque dans la langue dans laquelle est édité le chèque ["La convention de Genève de 1931 permet d'affirmer qu'un chèque peut être valablement écrit dans une langue régionale", "la langue utilisée doit être celle préimprimée sur le titre lui-même" : on a longtemps et considère encore le picard comme du français, toutes deux langues d'oïl, c'est donc la même langue. Dans le rapport Cerquiglini, on ne le considère pas comme dialecte du français, mais comme langue d'oïl ; pour le flamand, il faut demander à votre banque si elle dispose de chéquier imprimé en néerlandais]
    - les adresses postales peuvent aussi être rédigées en picard ou flamand sans problème : pour le flamand, il faudra que le postier soir cependant assez compréhensif, cf. le cas du breton
    - choississez un prénom picard ou flamand pour vos enfants, vous pouvez même aller jusqu'à changer votre nom (cela se fait couramment pour les Bretons et les Wallons) et ceci légalement (ou non, dans votre vie de tous les jours)
    - si vous êtes plus réservé, choisissez alors simplement un nom picard ou flamand pour vos animaux de compagnie
    - toutes sortes d'objets sont maintenant facilement personnalisable sur divers sites internet : maillot, tasse, jatte, assiette, autocollant...
    - une affiche est souvent simple à faire, mais aussi des écriteaux chez vous : salle de bain, toilette, chambre...


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  •     La palatalisation est un phénomène récent en picard et ne concerne pas toutes les régions. Dans le nord, Roubaix, Tourcoing et le Pévèle-Mélantois (devant é, è, i, u, eu, in, un, an) sont concernés. Dans la Somme, le Vimeu, le Ponthieu et l'Amiénois (devant é, è, i, u, eu, in, un). Une forme tchanter est donc typique du Nord (Roubaix, Tourcoing et le Pévèle-Mélantois, Mouscron). Il existe cependant des exceptions : ékète (à Roubaix, "copeau", car c'est un emprunt au parler de Lille ?), képi (dans la Somme "képi", emprunt tardif au français), kerbon (dans la Somme "charbon" car provenant d'un karbon original), keuchure (dans la Somme "chaussure", car provenant d'un kauchure d'origine), kervure (dans la Somme "crevasse", car provenant d'un krevure d'origine), quitier (dans l'Amiénois "quitter")...
        Mais il est fort possible que les picardisants qui prononcent palatalisé, ont conscience du méchanisme. Ainsi de vake "vache", l'Amiénois dira automatiquement vatché "vacher" ; à partir de largue "large", il formera lardgeur "largeur". Dans la conjugaison des verbes e, -ke et -gue, de même : tédger ("haléter") qui se conjugue ej, tu, i tègue, is tègu'te mais o tédgons, o tédgez. De même du verbe jotcher ("chômer"), on a le substantif jok (dans êt' à joke, "être au chômage") et la conjugaison ej, tu, i joke, is jokte mais o jotchons, o jotchez.

        A voir également si la palatalisation doit être noté par tous. Il serait peut-être plus judicieux de la faire noter dans les parlers qui la prononcent par un diacritique (accent, cédille...), et non par ceux qui ne la prononcent pas. Par exemple : fr. cul / pic. sans palatalisation : ku / pic. avec palatalisation : ǩu / k'u / ķu ; fr. guérir / pic. sans palatalisation : gérir / pic. avec palatalisation : ğérir / g'érir / ģérir.

        Jusqu'à maintenant, on a usé de différentes méthodes pour retranscrire le picard : phonétique (René Debrie, Michel Lefèvre), phonologique (Edouard Paris), phonético-analogique (système Feller)...
        Il n'y a que Lévèque-Braillon qui ont amorcé une réflexion en 1972 sur une prononciation supradialectale. Ainsi le qh peut se lire [k] ou [tʃ] et gh [g] ou [dʒ].
        Alain Dawson cite encore la tentative malheureuse de Charles Dessain qui préconise djgu en combinant les deux variantes : djguife ; et tchqu : tchquère.



        D'autres langues d'oïl connaissent comme le picard, une palatalisation qui ne concerne pas encore toutes les variétés de la langue :
    - le normand, qu = se prononce tch, ky ou k selon les régions et gu = se prononce dj ou g selon les régions...
    - le gallo, Chubri utilise g pour [g], gh pour [ɟ] et glh pour [j/gl/gʎ/gj/ɟ/dj/lj] et q pour [k], qh pour [kj] et qlh pour [kl/kʎ/c/sj/ʃj] ; l'Ecriture ABCD utilise pour le son [k], le q devant e, ë, è, é et i et le c devant a, â, o, ô (l'étymologie permet de choisir la bonne orthographe) ; cll se prononce [kl/kj/c/tj/sj], gh [g/gj/j/dʒ], gll [gl/gj/ɟ/j] ; qh [k/kj/c/tʃ]
    - le poitevin-saintongeais, utilise les digrammes çh pour [kj/c/tj/ç] et gh pour [gj/dj/dʒ] (mais on admet d'autres prononciations pour certains mots : ajhace/aghace "pie").

        Voyons comment d'autres langues se débrouillent avec un phénomène similaire :
    - comme en russe ou en turc, indiquer sur la voyelle qui suit que la consonne est palatalisé.
        - en russe, l'alphabet est particulièrement adapté à la langue (ce qui est l'idéal) : ainsi c'est généralement la voyelle qui signifiera la mouillure de la consonne : а/я, э/е, o/ё, ы/и, у/ю. Si on veut signifier qu'une consonne finale ou précédant une autre consonne est mouillée, on utilise le signe mou : ь (камень /kamjenj/ « roche » ; (я) возьму /vazjmu/ « (je) prends »). Si on veut signifier que la consonne est dure malgré qu'elle soit suivie d'une voyelle mouillé, on utilise le signe dur : ъ (съезд s”ezd [sɛst] « congrès »). Cependant un autre phénomène se présente dans la conjugaison et la dérivation, la première palatalisation. Celle-ci est noté par des lettres différentes, par exemple : к > ч (плакать "pleurer" > я плачу ; мука / мучить "souffrance / tourmenter"), г > ж (бежать "courir" > я бегу / ты бежишь ; бог / Боже мой! "dieu / mon Dieu!")... La première solution appliquée au picard reviendrait à réfléchir à un alphabet autre que le latin pour noter le picard (pour reprendre la boutade de Jean-Michel Eloy lors de la Rencontres sur l’orthographe du 5 mars 2011 à la Maison du picard Mon Lalie). Ou plus sérieusement à accoler une apostrophe au k' ou au g' comme cela se fait en slovaque (hľadať : « chercher », hľadám : « je cherche ») : k'u : g'érir. La deuxième solution est celle utilisée déjà par les picardisants : guérir / dgérir. Cette dernière solution ne réflète pas la cohérence du picard dans son ensemble, et ne facilite pas l'intercompréhension écrite entre picardisants, et surtout à l'heure d'Internet, la recherche informatique.
        - en turc : un accent circonflexe (rare et optionnel) sert soit à désambiguiser deux mots à la prononciation identique mais au sens différent (comme en français : mur / mûr), soit pour indiquer a longueur de la voyelle dans les mots empruntés, soit enfin pour indiquer la palatalisation (kar [kar] "neige" / kâr [car] "profit"). Appliqué au picard, on aurait cela : ku / kû ; gerir / gêrir.

    - comme dans de nombreuses langues, on peut utiliser un signe diacritique pour signifier la palatalisation (le walon rfondu a rejeté cette solution dans l'optique d'utiliser le moins possible de diacritique, afin de refléter l'image de langue à l'écriture wallonne et non plus de dialecte. Optique très française ou anglaise finalement, car on n'enlèverait pas le statut de langue à l'allemand ou au hongrois dans la mesure où les diacritiques y sont nombreux).
        - on a vu en slovaque, c'est l'utilisation d'une apostrophe (ou plutôt caron (mäkčeň en slovaque), qui devient un apostrophe conventionnellement pour l'écriture typogaphique : ň, ď, ľ et ť... : k'u / g'érir,
        - en letton par une cédille sous le k et une cédille sur le g : ķu / ģérir.

    - comme dans d'autres langues, utiliser un digramme :
        - en hongrois : ky, gy : kyu / gyérir. C'est la solution qu'utilise Edouard Paris pour son Sint Evanjil s’lon Sin Matiu, à moins que cela signifiait que la palatalisation n'était pas encore arrivé au point actuel ([kj] et non pas encore [tʃ]). Cependant cela pose problème pour les picardisants qui prononcent non palatalisé (les orthographes kyyen ou kyien ou kyen ou kyin ("chien") deviennent ambiguës.
        - en croate : kj, gj. Meilleure solution que la précédente : kju, gjérir. Mais la graphie kjien ou kjyen... reste lourde.
        - c'est souvent la solution préconisée pour les langues d'oïl, comme on l'a vue.

    - comme certaine langue, ne pas noter la palatalisation, par convention on ne modifient pas l'orthographe, l'environnement de la consonne suffit pour lui appliquer la palatalisation :
        - en suédois, la modification est connue des locuteurs et n'est pas noté : [g] et [k] deviennent respectivement [j] et la fricative [çj] (comme dans l'allemand China) devant les voyelles antérieurs (i, y, e, ä, ö), ainsi : karta [kɑ:ta] mais kär [çæ:r] ; l'île de Kökar se prononce [tçø:kar].
        - en allemand, le digramme ch se prononce différemment selon son environnement : Chemie [çemi] "chimie" ; Mädchen [medçen] "jeune fille"; Chiasmus [kiasmus] "chiasme" ; Chlor [klor] "chlore" ; Fuchs [fuks] "renard" ; Bach [bax] "ruisseau"... C'est donc bien ici l'environnement vocalique du digramme qui influence sa prononciation. De même la consonne g : Gans [gãns] "oie" ; Berg [berk] "montagne" ; traurig [traoriç] "triste" ; dans certaines régions, de façon populaire Berg [berç] "montagne", Zeug [tsojç] "ustensil", Tag [tax] "jour"... Les germanophones ont pleinement consciences de ce phénomène qui participe à la dérivation : das Buch [bux] "le livre" / die Bücher [byçer] "les livres", wachen [vaxen] "garder, veiller" / Wächter [vɛçter] "gardien", . On aurait donc, en picard, à écrire ku et gérir (ou même cu / cul et guérir), les picardisants qui prononcent palatalisé devant comprendre que dans leur picard, on dit [tʃ] ou [tj] et [dʒ] ou [dj]. Mais cette solution ne laisse pas voir la particularité de ce phénomène.

    - en italien, on utilise un digramme pour le son [k] devant e et i : ch. On peut aussi s'aventurer à une solution complexe : cheur / çheur et ghérir / ģhérir. Les digrammes ch et gh servent à noter la prononciation non-palatalisée (comme en français on a qu et gu), et la prononciation palatalisée est notée par le même digramme mais avec diacritique.

    - d'autres solutions sont encore possibles : définir à la lettre c le son [k] et à la lettre ç le son palatalisé [tʃ], et g / ģ.


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