• II. Le picard 7. Influence l'anglais

     

    L'anglais aussi a eu une influence du groupe normanno-picard, mais il est clair que l'influence est du surtout au normand. En effet, l'arrivée de Guillaume le Conquérant et de ses barons au XIe siècle change de manière significative la situation linguistique en Angleterre. Quelques-uns de ses compagnons étaient pourtant picard (notamment Eustache II de Boulogne, dit aux Gernons c'est-à-dire « aux longues moustaches », mot picard de même origine que « germe »). Le normand s'impose essentiellement dans les couches supérieures de la société. Les dialectes anglo-saxons se voient supplantés par le normand dans les milieux de la cour et de l'aristocratie, de la justice et de l'Église. Les milieux influents, venus de Normandie et installés en Angleterre, conservent leur langue maternelle normande, alors que les couches rurales et urbaines plus modestes continuent à parler l'anglais. Le normand en Angleterre va intégrer des mots et tournures issus de l'anglais et donnera naissance à un dialecte, l'anglo-normand. Cependant la langue anglaise a pu emprunter quelques mots d'origine picarde (ou communs au normand et au picard) quand l'Angleterre (Edouard III) régna sur les villes de Saint-Omer, après le traité de Brétigny (1360).

    Au XIIe siècle, c'est le français qui prendra le relais qui acquerra un grand prestige en Angleterre, en particulier dans les milieux aristocratiques. Il devient la langue de la loi et de la justice. Les familles riches et nobles, pour la plupart d'origine normande, apprennent le français à leurs enfants ou les envoient étudier en France. L’expansion de la langue française en Angleterre est également favorisée par les mariages royaux.

    Un épisode seulement fait penser que le picard a pu avoir une influence sur l'anglais. « From the time that the future Edward III visited Hainault with his mother in 1326 and became engaged to Count William’s daughter Philippa until the end of Edward’s reign in 1377 England’s ties to the Picard dialect area were particularly strong, with a substantial infiltration of English court circles by people from that area; Jean de le Mote, Froissart, and Chaucer’s wife are three examples. It is possible that one of the Hainuyers or Picards who came to London in these times carried with him the pastourelle section, as a whole or in parts. Froissart in particular might have done so. »1

     

    Ainsi toutes les caractéristiques phonétiques du normanno-picard se retrouve en concurrence des caractéristiques phonétiques du français :

     

    latin ce-

    norm.-pic. ch-

    cherise (cerise)

    cherry (mi XIIIe s.)

    français c-

    certain

    certain (ca.1300)

    latin ca-

    norm.-pic. ca-

    carpentier (charpentier)

    carpenter (ca.1300)(menuisier, charpentier)

    français cha-

    chaire

    chair (début XIIIe s.)(chaise, fauteuil)

    latin -icia

    norm.-pic. -che

    saussiche (saucisse)

    sausage (mi XVe s.)

    français -sse

    préjudice

    prejudice (fin XIIIe s.)(préjugé)

    latin ga-

    norm.-pic. ga-

    gauge (jauge)

    gauge (mi XIVe s.)(calibre, jauge)

    français ja-

    jargon

    jargon (mi XIVe s.)

    latin -ca

    norm.-pic. -que

    planque (planche)

    plank (ca.1200)

    français -che

    moustache

    mustache (ca.1580)

    latin -o-

    norm.-pic. -o-

    ivorie (ivoire)

    ivory (fin XIIe s.)

    français -oi-2

    cloître

    cloister (début XIIIe s.)

    latin -en-

    norm.-pic. -ẽ-

    escren > écrin (écran)

    screen (fin XIVe s.)

    français -ã-3

    sentence

    sentence (fin XIIIe s.)(peine, condamnation)

    roman /-lj/

    norm.-pic. /-l/

    traval (travail)

    travel (fin XIVe s.)4

    français /-j/

    billet

    billet [doux] (ca.1670)

    roman /-lj/

    norm.-pic. -t

    marqu(i)et (marché)

    market (mi XIIe s.)

    français -Ø

    député

    deputy (ca.1400)

    roman -ei-

    norm.-pic. -ei-/-i-

    perceivre (percevoir)

    percieve (ca.1300)

    français -oi-

    bourgeois

    bourgeois (ca.1560)

    roman -sc-

    norm.-pic. -sc-

    (e)scarpe (écharpe)

    scarf (ca.1550)

    français -éch-

    eschange > échange

    exchange (fin XIVe s.)

    germ. ga-

    norm.-pic. ga-

    gardin (jardin)

    garden (ca.1300)

    français ja-

    jambe

    jamb (début XIVe s.)(chambranle)

    germ. w-

    norm.-pic. w-

    warant (garant)

    warrant (début XIIIe s.)(mandat)

    français g-

    garantie

    guarantee (début XVe s.)

     

    L'Ordre de la Jarretière, créée par le roi Edward III, en 1348 porte le titre en anglais The most Noble Order of the Garter. Il a donc la forme normanno-picarde du mot certainement d'origine gauloise. Pierre Legrand indique encore dans son Dictionnaire du patois de Lille la forme guertier pour jarretière. Encore actuellement en anglais US garters signifie « jarretelles » (ce qui se dit suspenders en anglais britannique. Suspenders désignent les « bretelles » en anglais US. « Bretelles » se dit braces en anglais britannique).

     

    Viennent du normanno-picard, reconnaissables à leur forme phonétique :

    • -l final : bottle « bouteille », candle « chandelle », travel  « travail », griddle « gril en fonte »...

    • -ch- pour -ss- : anguish « angoisse », brush « brosse », cherry « cerise », chisel « ciseau », sugar « sucre »5, cushion « coussin », fashion « mode » (de façon), mushroom « mousseron » (un champignon), paunch « panse », pinch « pincer », to launch « mettre à l'eau, lancer une attaque militaire » (de lancer), to botch « bâcler, saboter » (de bosser), urchin « hérisson », parish « paroisse », vetch « vesce » (plante à fourrage), sausage « saucisse » (en moyen-anglais sawsyge), escutcheon « écusson », to miche « rôder, louvoyer » (de mucher)...

    • -ca- pour -cha- : cable « câble », camel « chameau », canon « chanoine », capon « chapon », carpenter « charpentier », catch « attraper » (de chasser)6, catchpoll ou catchpole « huissier, officier charger d'arrêter les débiteurs » (de chasser), cattle « bétail » (de cheptel), cauldron « chaudron », caudel « grog, vin chaud, lait de poule » (boisson britannique de même origine que le chaudeau, mais le terme ne s'emploie que dans un contexte moyenâgeux), caulk « isoler, colmater » (de cauquer, du latin calicare, terme de nautique), car « char », to carry (« charrier, porter, transporter »), castle « château », to escape « échapper », can, « cruche » (en ancien-français chaine), carbuncle « escarboucle » (anciennement escharbocle), carrion « charogne », crone (injure) « vieille bique, vieille couette » (de charogne), canker « chancre », cant « jargon, parole insignifiante, inutile » (de canter), cant « arête » (en écossais), caitiff « lâche, misérable » (de chétif, caitif, du lat. captivus), to cater « accueillir, organiser des réceptions » (de acheter) et caterer « traiteur », scallion « poireau, ciboulette » (apparenté à « échalote » qui subi en français une substitution du suffixe -ogne par -ote), scarce « rare » et scarcely, scarcity (de scars, « mesquin, faible, peu abondant », escarcelle est de même origine), scarf « écharpe », case « boîtier » (apparenté à châsse), to scald « échauder », to scamper « gambader, détaler » (de escamper), kitten et kitty (probablement de l'anglo-normand kitoun, variante du français chitoun, « petit chat »), gantry « grue de chantier » (certainement de gantier, cantier)...

    • -que- pour -che- : pocket et poke « poche », kennel « chenil », to perk « se revigorer » (peut-être de se percher), plank « planche », rebuke « réprimande » (de bouque ou buquer), tuck « coup de tambour » (de toquer), skew (« fausser, incliner », de esquiver), fork « fourche, fourchette », task « tâche », clock et cloak « cloche », rock « roche », to truck « troquer » (truck dans le sens de « camion » a une autre origine)...

    • -ga- pour -ja- :7 garden et gardener « jardin », « jardinier » (l'étymon germanique à évolué naturellement en yard « jardin, cour, chantier », comme Gestern en allemand est yesterday, « hier »), garter « jarretière, fixe-chaussette, jarretelle », gauge « jauge, diamètre », game « boiteux » (dans le dialecte du nord des Midlands, peut-être de gambe), gams en argot « guibolle, belle jambe de femme », gammon « jambon », gambrel roof « toit à deux pentes » (dérivé de gambrel, qui désignait les jambes arrière des chevaux, et poutre servant suspendre des carcasses), garbage « poubelle » (de gerbe, terme qui exprimait aussi le mépris)...

    • -w- pour -g- : wicket « guichet », to wait « attendre » et to await « attendre qqch » (de guetter), wafer « gaufre », wage « salaire » et wager « pari, parier » (gage, gager), wyvern «guivre » (sorte de dragon), warrant et warranty « mandat » (de garantie), to waste « gaspiller » (de gâter), wastes « étendues sauvages » (de gâtine, terre inculte), war « guerre » (en moyen-anglais wyrre, werre) et warrior, warden et warder (mot attesté qu'au Royaume-Uni) « gardien », wardrobe « garde-robe », reward « récompense, prix » et award « prix » (de regard, synonyme d'égard), warren « garenne », wince « grimace » (probablement de guenchir « (faire) changer de direction », gauchir et gauche ont la même origine), wallop « raclée, claque » (possiblement de galop)...

    • -s- pour -es- : spool « bobine » (de spole, espole, espeul « broche de fileur »)...

    • -in- ou -en- pour -an- : screen « écran » (probablement de escren, forme découverte dans le Glossaire de Douai, édité par Enée-Aimé Escallier8, datant du dernier quart du XIIIe s. signifiant « panneau servant à se garantir de l'ardeur d'un foyer »), trencher « tranchoir, trancheuse »...

     

    D'autres mots emprunté à date anciennes sont aussi d'origine normanno-picarde comme disturb, « déranger » (et disturbance) de destorber, truncheon « matraque » de tronchon (tronçon, petit tronc), meddle « immiscer dans » de medler (forme de mesler, mêler), band « bande, bandeau, ruban », receipt « recette » puis « ticket de caisse, reçu », tawny « tanné », sewer (excavation)...

    Raspberry (« framboise » en anglais moderne, en vieil anglais hindberge, comme en allemand Himbeere), s'explique peut-être par une influence dialectale d'oïl. On enregistre la forme raspis berry au XVIe siècle, qui viendrait de raspise (nom d'un vin rosé), en latin vinum raspeys. Le nom de ce vin viendrait du vieux français raspez « vin trop léger ou éventé que l'on a bonifié en y faisant macérer des raisins secs ou en y ajoutant du raisin nouveau » (lat. raspecia, raspeium), ou plus vraisemblablement du wallon raspoie « fourré ». Raspez viendrait d'un b. lat. *raspare (qui donne « râper »), que le FEW fait remonter, en raison de sa grande extension dans les langues romanes, au germanique occidental raspôn « rassembler en raclant » (cf. l'a. h. all. Raspôn « id. », le néerl. raspen « râper »). Le mot a cependant pu être emprunté plus tardivement au mot francique correspondant.

     

    Il y aurait donc plusieurs milliers de mots d'origine française introduit en anglais durant les trois siècles de bilinguisme de la cour. En effet, les membres de la Cour et les barons venus de France parlaient une sorte de langue d'oïl, plutôt normande (même si de nombreux compagnons d'armes de Guillaume le Conquérant venaient d'autres régions que de Normandie). Mais si les emprunts au normand ont eu lieu très tôt et sont restés rare (plus de 5 000 environs), et ceux au français ont suivi en nombre (selon Henriette Walter, les deux tiers du vocabulaire). En fait, on peut penser que, comme en néerlandais, s'est opérer une correction des formes normanno-picardes au fur et à mesure que la langue française opérait son expansion. Ainsi le Anglo-Norman Dictionary recense les formes normanno-picardes cair, caeir et kair pour la forme française retenue chair « chaire, chaise », ou caeine, kein, keine pour chain « chaîne », capele, capelle pour chapel « chapelle », calenge, calenje pour challenge, ou encore les formes gaiol(l)(e), gayole, gao(e)l(e), gaoll, ghaole, gael pour jail « geôle », gai, gay pour jay « geai », ou encore way, wai pour gay « gai »...

    Les deux formes étaient donc en concurrence durant un temps. Et parfois les deux formes sont restées mais ont pris un sens différent. On peut donc s'amuser à trouver des doublets, l'un d'origine normanno-picarde, l'autre d'origine française : scallion et shallot (échalote), warant et garantie, catch et chase, chive et civet, candle et chandelier, launch et lancer, botch et boss (protubérance), poke, pocket et pouch, car et chariot, cattle et chattel, canker et chancre, pocket et pouch, tuck et touch, wage et gage, warranty et guarantee, warden et guard, reward et regard, wallop et gallop, skew et eschew...

     

    D'autres mots sont présents que dans les langues d'oïl du Nord-ouest :

    • to trundle « sortir en poussant, avancer lourdement » (trondeler, « rouler », cité par Edmond Lecesne, que l'on retrouve peut-être dans l'expression longue-trône, par télescopage avec longue-prone, « lambin »), to growl « gronder » (grouler, « grogner, gronder, ronchonner »), to fudge « esquiver, truquer » (fuche !, feuche !, exclamation de mépris, forme subjonctif imparfait du verbe être), belfry « beffroi » (altération de la première syllabe par analogie avec bell « cloche »), flounder « flet » (flondre, poisson plat), gash « entaille, entailler » (garser, « entailler »), chive « ciboulette, civette », fitch et fitchew « putois » (du picard fichau)9, cockle « coquille », to shake « secouer » (saquer), sackbut « saqueboute » (sachebote, ancien instrument à vent, sorte de trombone à coulisse), scavenger « charognard, faiseur de poubelles, récupérateur » (à l'origine « éboueur, personne chargée des encombrants », du moyen-anglais scawageour « officier de Londres en charge de relever les taxes des produits vendus par les marchands étranger, du picard ou wallon escauwage « inspection », du néerlandais schouwen, « regarder, inspecter »), warbler « fauvette » et to warble « gazouiller » (de werbler, verbler « chanter en modulant, gazouiller »), tack « clou » (de taque, encore dachète chez Hécart).

     

    Le suffixe adjectival et nominatif -ory (« having to do with, characterized by, tending to, place for ») descend du moyen-anglais -orie, est également un emprunt au normanno-picard -ory, -orie (en ancien-français, c'était -oir, -oire). Souvent ajouté à des mots d'origine latine (consistory, ivory), mais aussi sur d'autres mots tels que : excrete et excretory, sense et sensory, statute et statutory...

     

    Cela est même sans parler d'une influence dans le domaine de l'orthographe, on dit, par exemple, que la façon d'écrire le mot « ice » (glace) viendrait d'une influence des habitudes françaises, le mot d'écrivant is en vieil-anglais (voir encore le frison iis, le néerlandais ijs, et l'allemand Eis). La prononciation en -d- dans murder (vieil-anglais morðor) est également une influence du mot ancien-français « murdre » (meurtre). Plaster a longtemps été écrit plastre (« plâtre »), plague était plage (« fléau, plaie »), chandelier était chaundeler ou chandelabre « lustre », le mot français agraver a été, en français, en aggraver au XIVe siècle et, en anglais agrieve l'a été en aggrieve au XVe siècle, de même aggrandize « agrandir » qui est l'ancienne orthographe française, flotation provient de float. Zinc a pris l'orthographe française. Dependant et un nom et dependent est un adjectif, de même antic (nom) et antique (adjectif). Encore opaque (aussi un adjectif) et critique (celui-ci un nom) sont typiquement français, autre exemple de modèle similaire quay (anciennement key, keye, caye). Confidant, pelican, représentent la prononciation française. Même le mot italien terzetto prend l'orthographe française tercet (strophe de 3 vers), comme le mot fugue dans le même domaine de la musique. La prononciation de ceramic (au lieu de *keramic) vient de celle française. Bier et lemonade sont aussi les orthographes presque françaises (bière et limonade). Celery et radish également (céleri et radis).

    La graphie de l'ancien-anglais est issue des efforts des graphistes normands. Les digrammes ch, sh, gh (qui remplace le yogh runique, dans le mot night par exemple), th (qui remplace les lettres thorn, comme dans thick et edh comme dans that) et w (anciennement vv ou uu et remplace la lettre wynn, comme dans wise) sont dus aux habitudes françaises.

    Une autre particularité des langues germaniques est l'absence des consonnes sonores (ou voisées) telles que v (grave), z (choose), th (that), et ʒ (angel). Celles-ci se sont développées en anglais par l'influence française. De même apparaissent les diphtongues ai/ay (chaine, quay), ew (jewel), ou/ow (velour, allow de allouer), au/aw (because, tawny de tanné) et oi/oy (noise, voyage).

    Enfin, on sait qu'il était d'usage d'écrire, en moyen-français -y en fin de mot (notamment parce que la forme de la lettre est plus facilement reconnaissable), on écrivait donc iceluy, fleury, ʃçay (je sais), ayder, parquoy, vray... jusqu'en 1709. Dans le Miracle de l'enfant donné au diable (de 1339), on lit Elle te sera vraie amie, mais Juge vray, entendez a nous. Il semble que l'anglais ait conservé cette tradition (to cry > cried, to pay > paid/payed, history > histories).

     

     

    Dans le domaine de la grammaire, la forme du pluriel en -s qui l'emporte largement en anglais (au contraire des langues germaniques) est également une influence de l'ancien-français. De plus, l'ordre des mots dans la phrase reflète l'ordre du français, à savoir Sujet-Verbe-Objet (au lieu de Verbe-Sujet-Objet plus courant en allemand ou en latin). Certains adjectifs présenteront une postposition par rapport au nom : secretary general, attorney général et surgeon general, letters patent et letters close, body politic, knight errant, the devil incarnate, time immemorial, court-martial… De ce fait, les Anglophones ont parfois du mal à savoir où le pluriel doit se mettre : attorneys-general tout comme attorney-generals se rencontrent. On dit que la forme you généralisée pour le tutoiement et le vouvoiement aurait commencée au moment de l'influence française, remplaçant le thou (tu et forme du vouvoiement) et le ye (vous, forme pour s'adresser à plusieurs personnes).

     

    Le préfixe en- est aussi une influence du français sur le préfixe in-, certains étymons forment maintenant des doublons : ensure/insure « assurer », encase/incase « mettre dans une case », engrave/ingrave « graver », emplead/implead « emplaindre » (accuser, porter en justice), empanel/impanel « enregistrer, former un panel », endue/indue/indew & endow/indow « enduire, induire », engrain/ingrain « grêner, grainer », enrichment/inrichment « enrichissement », entitle/intitle « titrer »...

    Parfois le mot principal n'est même pas d'origine française : enmesh/inmesh/immesh « mettre en filet », entwist/intwist « tordre, natter », enwrap/inwrap « envelopper », enwreathe/inwreathe « natter, tresser, emmaillotter », enwrite/inwrite « inscrire »...

    Certains mot en in-/im- sont obsolètes : employ/imploy « employer », enhace/inha(u)nce « enhaucier » (relever, élever), enclose/inclose « enclore, enfermer », engage/ingage « engager », enrage/inrage « enrager », embrace/imbrace « embrasser », enchant/incha(u)nt « enchanter », encounter/incountre « rencontrer », endorse/indorse « endosser », endure/indure « endurer », enforce/inforce « forcer, renforcer », enflame/inflame « enflammer », engender/ingender « engendrer », envelop(e)/invelop(e) « envelopper », engird/ingirt « ceinturer », enmingle/inmingle « mélanger »...

    Parfois c'est le mot avec préfixe en-/em- qui sont devenu obsolètes, l'influence du latin d'origine ayant jouer un rôle : enclude/include « inclure », enfringe/infringe « enfreindre », endoctrine/indoctrinate « endoctriner », empassion/impassion « passionner », enmix/inmix « mixer, emmêler », emprint/imprint « imprimer », embed/imbed « mettre au lit »...

    Le mot d'origine latine en -in est parfois en parallèle avec le mot d'origine française ou anglaise en en- : enjoin/injunction « enjoindre / injonction », embodiment/incarnation « personnification, incarnation », embolden/inspire « encourager, inspirer, mettre en force »

    Parfois, la forme du suffixe est acceptée des deux côtés de l'Océan Atlantique, mais un sera majoritairement utilisé d'un côté ou de l'autre : enquire (Angleterre)/inquire (États-Unis) « enquérir » et on discute encore du sens de chaque orthographe, inquiry « requête, mise en question (en Australie), recherche (au Canada) » et enquiry « questionnement ». Enlighten et inlight se dispute les sens de « illuminer » au sens propre ou figurer.

    La prononciation de schedule en anglais britannique (shed-yul) est une influence française, alors que les Américains prononcent le mot à la grecque (sked-yul). Le mot programme s'écrit également à la française en Grande-Bretagne mais program aux États-Unis. Floroun a été modernisé en fleuron plus français.

     

    Le suffixe diminutive -kin est attesté la première fois au milieu du XIIIe siècle, d'abord dans les noms propres venant de Flandres et Hollande comme Jenkins, Dickens et Dickinson, Wilkins, Wilkinson. D'autres noms ont été formés ensuite : Atkinson (sur Adam), Peterkin, Perkins, Parkins (sur Peter), Hawkins (sur hawk, « faucon »), Watkins, Wilkinson, Tomkinson, Hodgkinson, etc. Le dernier date de 1900 : Munchkin par L. Frank Baum dans le Magicien d'Oz. A la traduction de Heidi en anglais, on a parfois choisi Peterkin pour Peterchen.

    Alors qu'il n'a jamais été productif en français (on note frusquin, lambrequin, ribaudequin...), il l'a été en néerlandais sous la forme -ken (en moyen-néerlandais -kijn, -ken (en moyen-néerlandais on trouve bareelkijn « petit baril », baldekijn, baudekijn « baldaquin », wimmelkijn « vilebrequin », rammeken « ramequin », broseken « brodequin », manneken « mannequin », trosseken « troussequin », kruisken « trusquin »...) qui a évolué en néerlandais standard dans le très productif -tje10 : Anke et Anneke, sur Anna, Elke sur Adelheid, Femke sur Frid « paix », Funske sur Alfons...), et en picard sous cette forme -kin. On pense que c'est là son origine, on trouve donc dans le dialecte : verquin « mauvais verre », painequin « mauvais pain », rouquin (mot originaire du Nord), et les noms Pierrequin, Gilkin, Gilquin, Vifquin11...

    Actuellement en anglais, il se rencontre sur une trentaine de mots : napkin « serviette », catkin « châton », lambkin « agnelé »... La plupart sont formés sur radicaux dialectaux ou archaïques) : bodkin « poinçon », manikin « petit bonhomme », pannikin « petit pain », welkin « voûte céleste »... Chez certains locuteurs, il reste productif : babykin, devilkin, elfkin...

    On rencontre aussi kinsfolk ou kinfolk dans le sens de « famille », le suffixe devient ici préfixe !

     

    On note également quelques noms de lieu en Angleterre qui sont d'origine normanno-picarde. L'élément -bel- ou -beau- se retrouve souvent : Beaulieu, Belvoir, Beaudesert, Belper, le promontoire Beachy Head est une déformation de Beauchef, Bewdley en est une de beaulieu, et Merdegrave fut changé au XIIe siècle en Belgrave, l'élément Merde issu de « marten », martre prêtant à l'ironie. On rencontre aussi -val- ou -vau-, comme dans Rievaulx et Jervaulx Abbey, ou encore l'élément -mont-, dans Montacute, Egremont ou Mountsorrel. On trouve Chapel-en-le-Frith, Capel-le-Ferne, et encore Chester-le-Street avec l'affixe onomastique français lez. Cela fut une telle mode qu'il s'y retrouve dans Hartlepool ou Hetton-le-Hole, Chapel-le-Dale, Barnetby-le-Wold, Normanton-le-Heath, Newton-le-Willows, alors qu'il n'a rien à y faire étymologiquement. L'élément capel et chapel se retouve aussi dans Chapel, Capel et encore Capel St Mary et Capel St Andrew. On trouve également Boulge, issu de bouge, signifiant surface non cultivée. 

    On sait tous que maintenant c'est le français (et d'autres langues) qui emprunte plus à l'anglais que l'inverse. Quand un Anglophone utilise un mot français, c'est pour marquer sa pédanterie en quelque sorte. Quand un Francophone emprunte un anglicisme, c'est que le besoin se fait sentir, la plupart du temps, mais aussi parfois pour faire « hype ». Mais il est amusant de constater, que parfois quand on utilise un anglicisme, celui-ci vient du fond normanno-picard et non du français :

    • boxon « lupanar, pagaille » est emprunté à l'anglais qui lui-même l'avait emprunté soit à une forme de bouc (symbole de débauche) soit à bocard (mot de la mine, machine très bruyante, servant à concasser le minerai). Pour Albert Dauzat, il passe par la Normandie.

    • car, emprunté à l'anglais d'abord dans le sens de « wagon », puis comme aphérèse de « auto-car » dans le sens de « bus », est issu de la forme normanno-picard de char.

    • caterpillar, « gros engin de chantier » doit son nom à la marque Caterpillar, mais elle doit son nom à la « chenille » (du fait de ses roues en chaîne) en anglais, et le nom de la chenille en anglais caterpillar, vient de l'ancien-picard caterpilose (maintenant ca(r)pleuse, ca(r)plute), venant du latin CATTA PILOSUS, litt. « chat poilu ».

    • catch, est une réduction de l'expression anglaise catch-as-catch-can, soit « attrape comme tu peux », or ce catch est issu de la forme normanno-picarde cacher, en français chasser, dans le sens d'« essayer d'attraper, chasser (un animal) » (le mot picard cacher a maintenant uniquement le sens de « aller chercher »).

    • camping est un emprunt de l'anglais datant de 1905 qui prend son origine dans la forme normanno-picard camper, sur camp « champ ». La forme campus, réemprunté à l'anglais américain dans le sens d'« un ensemble de bâtiments universitaires », vient de la forme latine, et non de la forme normanno-picarde. Mais quand on dit camping-car, on croit parler anglais, alors qu'on parle presque picard ou normand.

    • le catering devient de plus en plus à la mode (« service de livraison de repas pour les entreprises »), alors que le terme était particulier au domaine de l'aviation (« repas pris en vol ») et du monde du spectacle (« repas servis à l'équipe pendant un tournage »), en anglais, le mot à la sens de « ravitaillement » et vient de to cater, « organiser une réception, accueillir, offrir le repas », et son dérivé caterer, « traiteur ». Ce mot est l'aphérèse de acater, mot encore très courant dans le Nord de la France, pour acheter.

    • choke en français de Belgique désigne le « starter », et vient de l'anglais to chock, « choquer », ou chock « cale » venant de l'ancien-picard chuquier « se heurter, se frapper », ou du normanno-picard choque « souche ». Une influence du moyen-anglais choken, aphérèse de achoken, acheken « étrangler » (de même origine que cheek « joue », par glissement de sens, puisque à l'origine ce mot désigné la « machoire »).

    • cottage, a une longue histoire et résume à lui seul les contacts entre les peuples romains et germaniques en Europe. Le proto-germanique *kuta-, *kutō- a donné en néerlandais kot (que les étudiants belges connaissent bien, puisqu'il désigne leur petit logement) et le norrois kot, køyta « cabane », qui donna en normand cote, cotage, cotin (et coterie). Les Anglais emprunteront le mot cottage, pour désigner une « maisonnette ». C'est ce sens qui est courant en français. En picard, notamment dans le Nord de la France, on appelle un kotje (diminutif néerlandais de kot) une « cabane », ou un « chalet » servant soit de débarras, soit d'appentis pour les outils de jardin. On pense que les mots dialectaux allemand Kietz (« petite maison de pêcheur » dans le Brandenbourg), Kietze (selon le lieu, « maisonnette pour vendre les fraises », dans le langage de la mine, « boîte servant à conserver l'argile »), Kötze (« corbeille, hotte »), et les mots allemands Kiste (« boîte, caisse »), Kästchen (« cartouche, case »), Bauernkotte (bâtiment de ferme), Chotte (en schwytzerdütsch ou suisse alémanique, « chalet rudimentaire », qui donne en français de Suisse l'expression se mettre à la chotte, « se mettre à l'abri des intempéries »)... sont tous liés par la même origine.

    • le croquet est un jeu de crosse encore pratiqué au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis et la scène d'Alice au pays des merveilles est encore dans la tête de tous les (grands) enfants. Le terme et le jeu sont originaires de l'aire normanno-picarde, croquet, étant le « crochet » permettant de renvoyer la balle. La crosse, le hockey, le golf en sont tous dérivés.

    • le gallon (impérial, britannique ou canadien) est plus courant au Canada qu'en France, mais ce n'est pas un terme qui nous est inconnu. En 1983, on décide au Canada de passer au litre (non sans quelques difficultés). Mais pour les Cadiens de Louisiane, il reste d'actualité, même s'il n'a pas la même contenance (4,54609 litres pour le gallon impérial et 3,785411784 litres pour le gallon américain). Toujours est-il que le terme remonte au français du nord galon (en ancien-français jalon et jalaie, ce dernier donnant jale, « cuveau des vendangeurs »), désignant des « mesures pour les liquides ». Les mots français galon et jalon ont eux d'autres origines.

    • marquer (un joueur pour l'empêcher d'agir), dérive de to mark, descend du normanno-picard marque « limite ».

    • marketing est un terme important du monde moderne, et on sait qu'il est dérivé de market, mais qui sait encore que le mot vient du normanno-picard market, markiet « marché » ? Il désignait à l'origine la « place du marché », puis l'« action de marchander ou d'acheter », et marketing se définie selon le TLFi par l'« ensemble des études et des actions qui concourent à créer des produits satisfaisant les besoins et les désirs des consommateurs et à assurer leur commercialisation dans les meilleures conditions de profit. »

    • le mot mouette est emprunté à l'anglo-normand mew, mave, mauve avec suffixation -et, -ette. Le normanno-picard l'avait lui-même emprunté au germanique Mewe (Möwe en allemand « mouette »). Le terme est resté sous sa forme germanique en normanno-picard mauve. Tandis que l'anglais utilise maintenant le mot d'origine celtique gull pour désigner l'oiseau.

    • faire du skate est courant sur toutes les places. Le mot vient du néerlandais, apporté lors du retour des Pays-Bas des réfugiés anglais partisans de Charles II. Le patin à glace est en effet courant sur les canaux bataves. Or le mot néerlandais schaats « patin à glace » vient du mot picard escache, forme septentrionale de « eschasse », le mot échasse descend lui-même du francique de même sens *skakkja. La pratique des échasses est encore courante, notamment à Namur où des concours ont toujours lieux.

    • le mot français standard « référence, modèle, exemple », dérive de l'anglais. Lui-même vient du normanno-picard standard dès le milieu du XIIe siècle, lui-même du francique *standhard, « stable, fixe » (de stand et hard), l'étendard l'« enseigne de guerre » étant souvent planté en terre sur le champ de bataille. Le glissement de sens en anglais de étendard à standard n'est pas élucidé.

    • avoir le catering durant le trajet en l'avion est devenu un standard parmi les compagnies aériennes, on l'a dit. Les stewards et stewardesses en font partie également. Le mot provient du vieil-anglais stiward, stigweard composé de stig « hangar, enclos » et de weard « gardien », et comme on l'a vu, ward(er) est la forme normanno-picard de « garde ». Le sens de « responsable de l'approvisionnement et des repas sur un vaisseau » est attesté depuis le milieu du XVe siècle. C'était aussi le titre d'un officier haut gradé (sénéchal royal) en Angleterre et Écosse, poste consistant à « prendre en charge les affaires au nom d'un employeur ». Walter Fitzalan (the) Steward (descendant d'un combattant breton de la bataille de Hasting, son nom signifie « Fils d'Alain »), qui s'est marié en 1315 avec Marjorie de Bruce, fille du Roi Robert II Stewart est à l'origine du nom de la famille royale d’Écosse les Stewart (le -t final étant un trait du scots). Jacques V Stewart d’Écosse (l'un des derniers rois de cette maison à avoir le gaélique écossais comme langue maternelle) donne naissance à Marie Ière d'Écosse, qui francisera son nom en Stuart, car elle sera élevée en France dès 1548 ; elle deviendra reine de France à dix-sept ans, après l'accession au trône de son mari François II, du 10 juillet 1559 au 5 décembre 1560.

    • les joueurs de whist ou de bridge (le nom de ce dernier est originellement du russe b(i)ritch ou Russian Whist) emploie le mot trick ou tri pour signifier qu'il y a une levée supplémentaire aux 6 prévues. Le mot vient bien sûr de l'anglais trick « ruse, astuce » (que l'allemand a emprunté dans ce sens) et to trick « tricher », mais l'anglais l'avait emprunté au moyen-âge à la forme normanno-picarde du mot français « triche ». On connaît aussi parfois l'expression d'Halloween trick or treat « une farce ou une friandise ».

    • enfin dans le domaine du commerce, un warrant (et warranter et warrantage) désigne un récépissé délivré aux commerçants, en gage de marchandises dans un entrepôt. Le mot est une forme picarde de « [se porter] garant ».

     

     

    Qui sait également qu'avant de nous revenir au début du XVIIIe siècle, l'ale était déjà connu dans le Nord de la France au XIIIe siècle ? En effet, on a vu que le vocabulaire français de la brasserie s'est enrichie de mots venus de cette région, et dans le Registre aux bans municipaux de la ville de Saint-Omer, concernant les Couretier et Hostelier, l'article n°195 stipule : « Nus brasseres d'ale ne puet metre en s'ale autre chose ke blei, avoine et orge et autre grain et eawe. »12 Pour ce terme, on imagine un emprunt parallèle à l'anglais ale et au néerlandais aal qui reste employé dans le mot aalbes « groseille » (du proto-indo-européen *h2elu- « amer, aigre », dont les mots d'origine latine alun et aluminium sont apparentés), donnant en picard ale et goudale (en français godale), « bière sans houblon » se rapprochant de ce qu'on appelle Malzbier en Allemagne (« bière de malt »). Quand on boit un ginger ale, on renoue sans le savoir avec la vieille tradition brassicole du Nord de la France, même si le mot goudale (et les godallieux / godalliers) est oublié en France. Cependant il est encore très vivant en Belgique sous la forme wallonne guindaille « beuverie d'étudiant, repas bien arrosé », avec ses dérivés guindailler, et guindailleur.

     

    1 http://www.lib.rochester.edu/camelot/teams/wjchms.htm.

    2 L'ancien-français avait -ai- et -ei- d'abord, le -oi- est originaire des dialectes d'oïl de l'est et du nord et se prononcera /-wa-/ en français à partir du XIIIe siècle. Le -oi- picard ne s'est pas réduit dans toutes l'aire picarde en -o- (frod), il a évolué en -oé- notamment dans le sud et l'ouest de l'aire picarde (froéd) et -ow- sporadiquement ailleurs (frowd).

    3 L'orthographe française -an- reste -an- en anglais : chance, change...

    4 On considère que le /lj/ roman abouti à /j/ en français vers le XIIIe siècle. Les mots que l'anglais emprunte au français présentent le son /-jl-/ : tailor fin du XIIIe siècle (tailleur, anc.-fr. tailleor), veil début du XIIIe siècle (voile, anc.fr. veil)... L'évolution du sens de travel remonte à l'ancien-français "travailler" dans le sens de "se donner la peine, faire souffrir" qui reflète la dureté de la journée de travail et des voyages au Moyen-Âge.

    5 Henriette Walter indique : « La prononciation anglaise de la première consonne de ce mot (un peu comme le ch de chou en français) est une indication de la prononciation probable du s en ancien-français » (Honni soit qui mal y pense, Robert Laffont, Paris, 2001, p.102). Le Online Etymology Dictionary indique lui « The pronunciation shift from s- to sh- is probably from the initial long vowel sound syu- (as in sure). » C'est là aussi une explication qui ne convint pas. En effet, survey présente également le /ˈsɜːveɪ/ ainsi que sue (/suː/, /sjuː/) et la prononciation de sugar est /'ʃʊɡə(r)/. Nous y voyons nous un emprunt au normanno-picard, la prononciation du s ayant resté stable du latin au français. On voit mal en effet, la raison pour laquelle le s latin (lat. saccharum) serait passé au son ch (chucre) en ancien-français pour redevenir s plus tard (sucre) en français. Le problème est également que ce mot est d'origine étrangère (on le trouve écrit sous la forme çucre chez Chrétien de Troyes et zucre chez Guillaume de Berneville). Toujours est-il que le mot saint emprunté par l'anglais au début du XIIe siècle se prononce /seɪnt/, suspicion emprunté à la fin du XIIIe siècle est prononcé /sə'spɪʃn/, et suggestion emprunté au milieu du XIVe siècle se prononce /sə'dʒestʃn/. Signalons qu'il n'y a aucun mot anglais commençant par shu- d'origine français ou latine, et que tous les mots commençant par su- se prononce tous /s-/. Sugar et sugary, son dérivé, et sure et surely, surety, ses dérivés, sont les seuls mots commençant par su- et à se prononcer /ʃ-/. Le plus simple est donc de considérer ce mot comme un emprunt au normanno-picard (/'ʃʊɡə(r)/ comme chucre), mais écrit à la française (sugar). Bovelles au XVIe siècle, avait noté que les Picards disent chucre et torse, ce que les Français disent sucre, torche (Théodore Rosset, Les origines de prononciation moderne étudiées au 17e siècle d'après les remarques des grammairiens et les textes en patois de la banlieue parisienne, A. Colin, Paris, 1911, p.324).

    6 Le prétérit et participe passé caught, est un des rares exemples de verbe d'origine française qui soit irrégulier, pour l'expliquer, on pense à une influence de verbe to latch on « accrocher », que la forme to catch à remplacer dans plusieurs de ses sens.

    7 On remarque les doublons : garden/yard, garbage/yarrow comme on a warrant/guarantee... Le mot target "cible" vient de l'a.fr. targe (XIIe siècle). Cependant on prononce bien /ˈtɑːgɪt/, comme dans le verbe (se) targuer de même origine. Littré indique que targ(i)er a évolué en targuer sur l'influence de l'occitan targar. Mais on peut se demander si le mot ne serait pas en fait d'origine picarde. Le CNRTL donne la citation qui peut le faire penser (déb. du xiiies., Pierre de Corbie ds Bartsch, III, 33, 16: ele se targast de toi); « se couvrir d'une targe » (1269-78, Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 15789), mais n'explique par l'évolution de targier en targuer.

    8 Enée-Aimé Escallier, Remarques sur le patois, suivies d'un vocabulaire latin-français du 14e s. (1856), p.212.

    9 Apparenté à fuseau (le putois étant de forme allongée) aurait donné en moyen-néerlandais fitsau (encore en flamand fitsjau, visse, "putois" et l'anglais fitch ou fitchew "putois". (Noël Dupire, Alternances phonétiques en picard, in Romania, 1927, T.53, p.172)

    10 La forme normale du diminutif au pays flamand est en -(e)ken, -sken (sauf en flamand occidental où il est proche de la forme néerlandaise). Ainsi en bruxellois, on a menneke (« bonhomme »), balleke (« boulette »), stukske (« petit morceau »), breuke (« p'tit frère »), zinneke (signifiant « bâtard » et venant de la Petite Senne ou la Sennette, le canal qui depuis 1561 contournait Bruxelles pour éviter des inondations, de là « un chien bâtard » qui parfois terminait son existence dans la Zinneke. Par extension, les zinnekes sont les personnes qui vivent à Bruxelles), krotke (« petite crotte »)...

    11 Le suffixe -kin/-quin se trouve encore principalement dans la province de Liège : Renkin, Rennequin, Hennequin, Claskin, Clasquin, Bulskin, Halkin, Wilkin, Pietkin, Raskin, Tilkin, Tilquin... Vulcain en Bourgogne, autrefois écrit Villequain, Vuilcain, Vuilquin (diminutif du prénom Guillaume / Wuillaume formé avec le suffixe -quin). Il fut aussi emprunté par l'allemand, dans quelques mots : Schapellikîn (syn. de Schampellîn, dim. de Schapel, « couronne », de chapeau), Baldekîn, Harlekin, kindekîn « petit enfant », gebûrekîn « petit paysan », Küken « poussin »...

    12 Arthur Giry, Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions jusqu'au XIVe siècle, F. Vieweg, Paris, 1877, p.517. On a presque ici affaire à la Reinheitsgebot allemande, ou "décret sur la pureté de la bière" qui, datant de 1516, constitue l'un des plus vieux décrets alimentaires européens. Le texte précise donc que les seuls ingrédients autorisés étaient l'orge, le houblon et l'eau. Bavaroise originellement, elle fut étendue à toute l'Allemagne et est maintenant partie intégrante de la loi fédérale de taxation de la bière (Biersteuergesetz).


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    1
    Mercredi 21 Août 2019 à 01:40

    Je m'appelle Luara Antonio et je viens de Suisse. Je tiens à dire que nous avons tous gagné beaucoup plus que ce que nous avons perdu dans la vie ... Il y a quelques jours, j'ai lu un post-commentaire en ligne d'un journaliste basé à Los Angeles qui révèle comment il a définitivement guéri son érection faible et son éjaculation rapide 2 mois après que sa femme l'ait quitté et que sa femme soit rentrée chez elle. Je contacte le même guérisseur spirituel Oduduwa parce que j’avais cette intention puissante que les choses vont marcher pour moi. Je croyais que les témoignages sont de véritables preuves en direct. Je me suis rendu compte que ce serait bien de partager ici car je sais que cela inspirera aussi les autres. J'ai été si chanceux de tomber sur une vraie section de commentaires en ligne sur les adresses de contacts personnels de Love-Spell Caster, identique à celle que vous lisez actuellement ... J'ai copié cet e-mail pour trouver l'aide d'un lanceur de sorts d'amour J'étais persuadé que j'aurais pu faire cela sans l'aide orthographique de Dr.Oduduwa, aidez-moi à ramener mon ex. J'aurais abandonné et je le croyais parce que mon mari voyait quelqu'un d'autre et il a dit que nous avions fini. Après que Dr.oduduwa a pris un sortilège Magic Love, mon mari m'a appelé sur un téléphone portable et il est rentré chez lui. Merci beaucoup d'avoir ramené mon mari à la maison après 3 ans de séparation. Nous sommes à jamais redevables. aujourd'hui, je témoigne avec joie et bonheur au monde ... vous pouvez également le contacter avec l’adresse e-mail indiquée ici: vous trouverez donc une solution permanente aux problèmes matrimoniaux suivants; - * Amoureux de l'amour * Magie de succès et de promotion * porte bonheur - BUSINESS STAR * quartiers - CROCHET DE PROTECTION * résolution de la malédiction * purification spirituelle * Magie de fertilité - FRUITS DE FEMMES * Décrire la magie, SPELL LOTTERY & Magic WIN-GAMES SPELL Internet aide vraiment beaucoup à fournir une solution rapide et urgente aux problèmes de la vie. email Oduduwa contact personnel via (dr.oduduwaspellcaster@gmail. com)

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