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4. Évolution du latin au picard - Morphologie

 

  • l'article fém. sing. est le (wallon li)1(la en français est une anomalie, le illa latin aurait dû s'amuïr en le, l'anglo-normand préfère lo, voire lu), au CS par analogie avec le masc., et les possessifs correspondants me, te, se (ma, ta, sa)(wallon mi, ti, si). On retrouve cette forme dans les noms de familles (Delerue, Delepierre, Delegorgue, Delplanque, Delcroix...). L'effacement de distinction des genres à l'accusatif a eu pour résultat l'emploi de li pour la au nominatif : Se aucune persone à louwet aucune maison en cheste ville, elle doit tenir la maison l'anée qu'elle l'aroit louwet se chius ou chelle cui li maison seroit ne le donne à rente dedens le quart jour de le Pentecouste avant que li anée dou louwage soit entamée.2

  • hésitation sur le genre des noms (peut-être due à l'article indifférencié le). Sont masc. : bourrique, garretière, prison, tombe, passoire... Sont fém. : ache (âge), centime, éclair, chimentière, froid...

  • les cas régime sing. masc. de ceux-ci sont MEUM, TUUM, SUUM > mjyɛ̃n, tjyɛ̃n, sjyɛ̃n > mjœ̃, tjœ̃, sjœ̃ > mœ̃, tœ̃, sœ̃ > men, ten, sen3 et m'n, t'n, s'n (devant voyelle) ; et nos, vos, produits précoces de NOSTROS, -AS et *VOSTROS, -AS, ont donné naissance à des cas sans -s : no (nôtre > NOSTER, nos > NOSTROS), vo (vôtre, par analogie avec nôtre),

  • féminins toniques mi(e)ue(s), ti(e)ue(s), si(e)ue(s), refait sur *mieu (< MEU) non attesté (occitan : mieu, tieu, sieu),

  • EGO tonique > jou, tandis que les cas régime mi, ti, si remontent non à MĒ, TĒ, SĒ comme le français moi, toi, soi, mais à MIHI, TIBI, SIBI > *MĪ, *TĪ, *SĪ (castillan : mí, tí, sí),

  • démonstratifs cas sujet sing. masc. EC]C(E) ILLI > chil, chi(l), chi(e)us, EC]C(E) ISTĪ > chis(t), EC]C(E) HOC > chou,

  • emploi du pronom démonstratif comme article4 due au besoin de différencier les genres à l'oral selon Edourd Hrkal. Daniel Haigneré donne la règle suivante : « Les mots qui expriment des idées générales, et qui, dans leur sens absolu prennent le, la, les, réclament au contraire, che, chèle, ches, lorsqu'ils se spécialisent, et tombent, pour ainsi dire, du genre dans l'espèce. Ainsi, l'école, c'est l'instruction ; chele école, c'est lieu où on la donne. On dit par exemple le monde, pour signifier la création tout entière ; et che monde, pour désigner la terre, mettre quelqu'un den la terre, et chez tères fraiques i sont malaisées à labourer. Si l'on en restreint l'idée à un sens moins général, on devra dire : Voyager sus ches mers ; - I gny a du brouois sus ches mers ; - Ches royes et ches papes i n'ont pont toujours été d'accord ; - Ches lunnes rousses i ne sont mie tertous si méchantes l'unne que l'autre ; - Ch'est enne dreule dé chose qué che vent ; - Che vent d'ava il amarra dele pleuve ; - Ches hivers ne se resannent-ès pont ; - I faut laicher dire ches gens. »

  • apparition d'une voyelle épenthétique -ès (prononcé -è devant cons., -èz devant voy.) à l'épithète antéposée au fém. pl. (wallon, cf. en fr. : puissè-je, fussè-je, eussè-je)5 : des grossès gotes (des grosses goutes), bonnés terres (bonnes terres), ches Hautés Alpes (les Hautes Alpes), vertés alques (algues vertes), « Souv'nirs d'un homme d' Douai de l' paroisse des Wios Saint-Albin, aveuc des bellés z'images » (Croquis historique en patois douaisien par L. D., 1857)...

  • fréquente reprise d'un nom sujet par un pronom personnel : L'mopère Sassa i aimeot bin d'viser (le père Sassa aimait bien parler), Les jours et les nuittes i passeottent (les jours et les nuits passaient), In jour l'père Sassa i va daller (un jour, le père Sassa s'en ira) (L'Piquet, traduction de l'Estaca de Luis Llach, par Daniel Barbez), És glainne, élle, al vivouot tojours (Sa poule, elle, vivait toujours)(Chés deux coclets [Les deux coquelets] par Jacques Dulphy),

  • après un verbe en interrogation, on emploie -ti (-t- de liaison + il étendue par analogie) aux trois personnes ou plus rarement -jou (de « je », jo en a.fr.) aux trois personnes : ej dirai-ti oui ?, I faut-ti que ej el diche ?, Que malheur éque j'ai-ti  , peux-jou ?, iros-jou ?, is y sont-jou ?...

  • adjectif est souvent antéposé au nom (wallon, français de Belgique, lorrain, normand), comme en ancien français jusqu'au XIIème (en latin vulgaire, l'adj. antéposé est aussi courant que l'adj. postposé) : min neu capiau. Cela se retrouve dans les noms de villes ou de villages, comme Neuville, Bénifontaine, Cap Blanc-Nez, etc. Le phénomène se trouve encore pour les adjectifs qualificatifs : Rouche-Rackham, noér méle (merle noir), du fin sé (du sel fin)...

  • la forme des pronoms varie suivant qu'ils sont proclitiques ou accentués (sauf i, il devant voyelle), tandis qu'en français leur forme est la même dans les deux cas : je sais-jou ? (sais-je ?), sais-tu ? mais té/te sais (tu sais), èle, ale varoyt bien (elle viendrait bien)...

  • pronom pers. 1er et 2e pers. du pl. identique (sauf dans la Somme et Artois) devant un verbe : os (os alons, os alez, nous allons, vous allez), mais : nous, os le savenmes bien (nous, nous le savions bien), ch'est à nous de vous remercier, ch'est pour nous, irez-vous ?...

  • Que n'est jamais employé dans les phrases interrogatives, quoy le remplaçant

    dans ce cas : quoy qu'os demandez ? (que demandez-vous ?), quoy qu'i veut ? (que veut-il ?)...

  • prépositions souvent employées sans régime (resté sous entendu)(wallon)6 : te viens aveuq, i faut faire pour, je sus sans, je travale aveuq, i vient après, ch'est suivant, avoir de quoi (« être riche » selon Edmond Lecesne en 1874 en Artois)...

  • sorte de subordonnée infinitive accompagné d'un sujet explicite (en latin accusativus cum infinitivo) (wallon, français de Belgique) : pour moi faire... (pour faire, pour que je fasse)7 : j'ai acaté un neu capiau pour mi aller à l'ducasse diminche (j'ai acheté un chapeau neuf pour moi aller / pour aller à la ducasse dimanche)...

  • complément du nom non introduit par de pour un nom propre (survivance du cas régime) : les Congés, d'Adam de la Halle, du XIIIe s. commence par « C'est li congiés Adan » et termine par « Chi fine li congiés Adan », chés guévos Etienne (les chevaux d'Etienne), le cour Jacques (la cour de Jacques), ech capiau Batisse (le chapeau de Baptiste), je viens de lés tères Henri, chà vient de lés éfants Pierre...

  • mots composés rares (musaraigne de MUS ARANEA est en picard musète), citons : béterave (betterave), compère-loriot, leuwarou (loup-garou), pied-sente (sentier), cat-huant (chat huant), carplousse (chenille, litt. chat pelue), solé-bos (coucher du soleil), moés-d'aüt (temps de la moisson), après-aüt (automne), noire-épenne (prunellier), mort-fil (lamelle ténue se trouvant sur le fil d'un lame qu'on vient d’aiguiser, morfil)... Plus fréquent sont les composés d'un élément verbal et d'un substantif comme en français : passe-partout, menge-profit, mange-pain, tire-bouchon...

  •  parfois, le féminin des noms en -eux (suffixe latin -OREM et par analogie suffixe -OSUM) se fait en -oire (latin -ORIA) : caqueteu (bavard) > caquetoire, moulineu (qui travaille au treuil) > moulinoire...

  • féminin des noms et participe passé en -u > -usse et -eu > eusse : barbusse (barbue), drusse (drue), naïusse (naïve), nusse (nue), tortusse (tortue), plusse (pelue), koudusse (cousue), bleusse (bleue), rétusse (gentile)..., meyeusse ou meyeurte (meilleure), et aussi continsse (contente), mais crute (crue), rétute (rusée)...

  • en -i > -ite : finite (finie), pourite (pourrie), assite (assie), guérite ou guérise (guérie), pourite (pourrie), tournite (louche, qui a les yeux de travers), niaite (niaise)...

  • féminin des noms en -r > -rte : noirte (noire), durte (dure), meurte (mûre), surte (sûre), terte (tendre), meyeurte ou meyeusse (meilleure), ligèrte ou ligère (légère).

  • comme en Belgique, on utilise le verbe savoir dans le sens de pouvoir (souvent avec une forme négative) : J'ai la clé, mais je ne sais pas ouvrir la porte.8

  • préfixe présent en picard et absent en français : aboutonner (boutonner), décesser (cesser), déplumer (plumer), détaint (éteint), ablouque (boucle), aflater (flatter), ragujer (aiguiser), déméfier (méfier), atoucher (toucher), définir (finir), défermer (fermer), épince ou épincette (pincette), apinser (penser), décatouller (chatouiller), décarocher, déroufler, déssaquer...

  • préfixe différent en picard et en français : acouter (écouter), anonder (inonder), écroter (décrotter), emborgner (éborgner), debattre (combattre, déjà chez Jean de Condé p.ex.)...

  • préfixe absent du picard mais présent en français : cliner (incliner), chifarnée (enchifrènement), sart (essart), mercier (remercier, déjà chez Jean de Condé p.ex.), compagnier (accompagner, déjà chez Jean de Condé p.ex.)...

  • préfixe rare en picard, sauf dans les emprunts du français : con- (comprende, comparer...), mé- (médonner, méfaire...)...

  • suffixe présent en picard et absent en français : meuron (mûre), harchèle (hart), riot (ru, fossé), cleungnon (clin d'œil), béquer (béqueter)...

  • suffixe différent en picard et en français : nétier (nettoyer), porion, poret (poireau), passète (passoire), cardonète (chardonneret), carton (charretier)...

  • suffixe absent du picard mais présent en français : séhu, sahu (sureau), baisse (baiser, n.), béguer (bégayer), glout (glouton), sente (sentier), tor (taureau)...

 

1 Daniel Haigneré signale que l'article la « ne se comporte pas d'après des règles fixes. » (Le patois boulonnais comparé avec les patois du nord de la France, grammaire, vol. 1, 1901, p.260) : perdre la vie, travailler la terre, aler à Boulongne pour vir la mer, vir la mort de tout prez... « Une forme exceptionnelle et respectueuse est de dire au style direct ou indirect, principalement au vocatif, mon et ma, quand il s'agit des père et mère, soit vivants, soit défunts, de celui qui parle : je nen parlerai à mon père ; Défunt ma mère a me dijoit toujours. » (ibid., p.298).

2 De louwages de maisons (in Jean Roisin, Franchises, lois et coutumes de la ville de Lille : ancien manuscrit à l'usage du siège échevinal de cette ville contenant un grand nombre de chartes et de titres historiques concernant la Flandre (Vanackere, imprimeur, libraire et lithographe, 1842)).

3 Cf. UNU > un [œ̃], *CASCUNU > chacun, HOMO > um > ỹn > œ̃. Les équivalents français mon, ton, son remontent à MEUM > MUM, MEA > MA...

4 Le patois boulonnais comparé avec les patois du nord de la France, vol. 1, 1901, p.264. En vieux français, l'adjecif démonstratif peut fonctionner comme article défini. Exemple : Voil sor ces haubres ces oisellons chanter, / Et parmi Saine ces poissonsiaus noer, / Et par ces prés ces flors renoveler (Raoul de Cambrai, v. 6217-20). Le même phénomène se retrouve dans plusieurs patois modernes. On note que l'apparition de l'article défini est assez tardive dans les langues romanes (vers les IXe-Xe siècles, le latin ne le connaissant pas). Ainsi dans la plupart des langues romanes, il vient du démonstratif latin pour le lointain et le prestigieux : ILLE (« celui-là »), ILLA (« celle-ci ») > fr. le, la, l' (ils se contractent avec les prép. de et à) ; esp. el, la ; port. o, a ; it. il, l', lo, la ; occ. lo, la (en it. et occ., ils se contractent avec les prépositions). Notons qu'en roumain, il sera postposé au nom (influence bulgare et albanaise) et sera fléchi au cas. En sarde et en partie en catalan baléare (cf. noms de lieux comme Sabartha, Zalana avec l'article féminin préposé), il vient du démonstratif latin pour l'identité IPSUM, IPSA > su, sa. Cet article a existé sporadiquement en ancien provençal : so vergiers, sa taula. On explique l'origine du mot semelle, par la confusion entre lemelle ("petite lame", lat. lamella qui donna également "alumelle", avec a de l'art. préfixé pensant faire partir du mot) et chemelle, en prenant le le initial comme l'article, remplacée par *se- (francisation de che), du lat. ipsa, lors de la concurrence entre ille et ipse.Voici les équivalents romans : pic. s'melle (anc. semele, séméle, samiele, sommele), wal. simèle, norm. sumèle/smelle ; cat., port., sard. et romanche sola, esp. suela, it. suola, occ. sòla, roum. talpă (orig.inc., p-ê hongroise). L'anglais sole (par l'anc.fr.), l'allemand Sohle et le néerlandais zool viennent du latin *sola, pl. de solum, "sol, fondement".

5 E muet. — Dans notre région, l'e muet est régi par une loi parfaitement simple. Il est le plus souvent absolument nul et, lorsqu'il est nécessaire de le prononcer pour des raisons d'euphonie ou pour éviter des groupes de consonnes difficiles à articuler, il prend le son é. Il n'a jamais le son eu qu'il prend en français dans ce cas, prononciation qui est surtout celle des pays entre la Seine et la Loire. On dit ici arvênir, revenir ; arténir, retenir ; arsêmer, semer de nouveau ; mésurer, mesurer ; sévrer, sevrer ; ménujer, menuisier ; séméle, semelle ; guénile, guenille ; fénéte, fenêtre. En somme, l'e muet se comporte ici comme dans les verbes en eler, eter en français avec cette différence qu'il alterne avec é et non avec è. (L.Brébion, p.159). L'auteur cite encore les formes analogiques : i sa(v)ienté bien, ils savent bien ; i travalenté fort, ils travaillent fort ; i queürenté core, ils courent encore ; i sententé bon, ils sentent bon ; i mengenté granment, ils mangent beaucoup ; etc. Le phénomène se retrouve en champenois et lorrain (prononcé [ə]). En wallon, évoquons la spécialité culinaire des cûtès peûres di Lidge (poires cuites de Liège).

6 En wallon, Ji va à l'fiesse, vinez avou ? (je vais à la fête, venez-vous avec [moi]). (Jean-Laurent Micheels, Grammaire élémentaire liégeoise, F.Renard, Liége, 1863, p.80). On pense également à une influence germanique.

7 Le français standard dit : « je l'avais élevée pour devenir la femme d'un roi », « tu m'as contraint d'être faible, pour pouvoir, toi, être fort » (Duhamel). Cette forme de subordonnée infinitive se retrouve en anglais : for me to go... et en allemand : Ich bekomme Geld dafür um mir zu essen zu kaufen. L'Encyclopédie belge (Nos langues, Le français) dit que c'est un archaïsme présent en français (fin du XIVe jusqu'au XVIIe siècles), et Edmond Lecesne dit également : « c'est pour moi faire quelque chose, c'est pour toi cacher, c'est pour lui regarder. Au reste cette locution était fort en usage dans le vieux français » (Observations sur le patois artésien, in Annuaire du Pas-de-Calais, 1874, p.342). Voir le vers dans Un miracle de Nostre-Dame du XIVe siècle (Biblio. impér. 7208. 4.B, folio 262 recto), monologue de Clotilde, femme de Clovis : « Qui çà jus voult de vierge naistre / Et y fu du Pere envoiez / Pour nous estre à Dieu ravoiez » (Qui pour vrai Dieu fils voulut naître ici bas d'une vierge / Et qui y fut envoyé du Père / Pour nous ramener à Dieu). Chez Molière, on lit : « Il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux » (Georges Dandin, I sc. 2). Elle est resté dans la langue juridique (l'expression à l'instar de, utilisé encore en français, est également issue de la langue juridique), on le retrouve dans une fantaisie judiciaire en un acte, L'article 330 (1900) de Georges Courteline qui se moque du langage administratif : « De tout quoi nous avons dressé le présent constat pour la requérante en faire tel usage que de droit, et... ». Guido Mensching (Infinitive Constructions with Specified Subjects: A Syntactic Analysis of the Romance Languages, Oxford University Press, 2000) la dit présente en wallon et en lorrain (p.4) ainsi qu'en portugais du Brésil (êle trouxe um sandwíche para min comer, « elle apporta un sandwich pour moi manger » ; toque qualquer coisa para mim/ti dançar com ela). Nyrop, Grammaire historique de la langue française, 6, 1930, la dit également présente dans le parler vulgaire de Paris. F.Brunot les dit originaires de l'Est (wallon, picard, lorrain). Il cite des exemples en espagnol : viaja por necesitarlo su salud (voyages pour raisons de santé).

Dans le Recueil de wallonismes, d'Isidore Dory (1874), article « Pronoms personnels 2° - sujet d'un infinitif : Montre un peu pour moi voir, moutte in pau pou mi vir, montois. Je demande pour moi sortir, ej demande pou mi sortir, tournaisien. Je viens vous demander du grain pour moi vivre, ji v'vins d'mandér do grain por mi viquér. Dites : pour vivre, ou pour me sustenter. - Dans l'exemple suivant, le sujet de l'infinitif est un substantif. N'avez-vous pas une vieille paire de souliers pour mon mari mettre ? n'avez-v'nin n'vîle paire di solé po mi homme mette ? Dites simplement : pour mon mari. Cette tournure wallonne est absolument mauvaise en français. Sigard n'y voit qu'un procédé pour éviter la difficulté de la conjugaison. Cela peut être vrai pour le premier texte, qui semble équivaloir à : montre un peu pour que je voie, et encore, la vraie tournure française, serait plutôt : laisse-moi voir, ou, simplement, montre-moi cela. Mais la seconde tournure, très-usitée à Tournai, équivaut à : je demande à sortir : nous avons des deux côtés, l'infinitif ; le tournaisien ajoute seulement le sujet de l'infinitif. Ne pourrait-on trouver là un vestige de la proposition infinitive ? On sait qu'elle n'est admissible en français que dans certain cas : Je l'ai laissé partir, faites-le sortir, je l'ai vue peindre, je l'ai entendue chanter. » Cette tournure est utilisé en cajun français de la Louisianne : Eusse y a donné de l'argent pour lui aller au magasin ("They gave him money for him to go to the store"), Il est trop tard pour toi commencer à écrire ("It's too late for you to begin to write"), Ej vous ai emmené icitte pour vous-autes s'amuser ("I brought you here for you to habe fun"). Albert Valdman, French and Creole in Louisiana, Springer Science & Business Media, 2013.

8 Déjà noté comme provincialisme du Nord pendant la Révolution (Ferd.Brunot, Histoire de la langue française, X : La langue classique dans la tourmente : 1- Contact avec la langue populaire et la langue rural, p.299).

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