Par Turlupin1
On peut dire que le français et le picard sont des « langues sœurs » (Alain Dawson dit même « langues siamoises »). Elles sont en effet très proches l'une de l'autre. Ainsi, au début des contacts entre les deux langues (XIIe-XIIIe siècles), le français emprunté au picard généralement en gardant la forme originale (crevette, bouquet...).
« Les dialectes du premier groupe sont voisins du français non seulement par l'accentuation mais encore par le système de leurs sons qui, en général, ont tous leur équivalent en français. Il en résulte que les mots de ces dialectes peuvent être transportés en français sans modification. C'est ce qui est arrivé pour les mots empruntés au picard : bouquet, camus, caillou, écaille, hagard, trique, troquer, etc. Ces emprunts sont des emprunts auditifs et phonétiques, mais comme l'image verbale auditive des mots empruntés présentait tous les caractères apparents de l'image verbale d'un mot français, elle n'a subi aucune modification. »1
Cependant le phénomène de l'épenthèse vocalique du picard et du français est différent (par exemple « je me souviens » donne en français populaire : j' me souviens ; en français picardisant : je m' souviens). Cette distinction permet à Julie Auger et Anne-José Villeneuve2 de prétendre que le picard est différent du français sur les plans grammatical et phonologique, et de dire que cette distinction, en plus d'un lexique distinct, différencie le picard du français, ce qui peut lui donner le statut de langue.
Paris devient centre commercial et administratif durant le XIIIe siècle, provoquant des déplacements de population entre les provinces et la capitale. Mais plus tard, quand le français devient langue du royaume (XIVe-XVe siècles), quand il emprunte les mots au picard, il les francise (jaser sur gaser, cauchemar surcauquemar, la toile ou soie batiste, est une forme moderne due à un rapprochement populaire avec le nom propre Baptiste prononcé Batisse (c'est donc une forme hypercorrecte par fausse régression pour batisse, batiche en picard)... Les mots empruntés au provençal (aubado > aubade), à l'italien (cartoccio > cartouche), à l'espagnol (anchoa > anchois), à l'allemand (Blockhaus > blocus), et au début à l'anglais (riding-coat > redingote) subissent les mêmes transformations. Encore en français, le mot carcan, du lat. carcan(n)um, également attesté dans le domaine anglais aux XIIe et XIIIe s., est d'origine inconnue. La répartition des formes charchan / carchan ne permet pas de leur attribuer une origine géographique précise. Les formes en cha- sont peut-être dues à une hyperfrancisation à partir des formes en ca- considérées comme normanno-picardes, nous renseigne le TLFi.
Mais inversement, le picard a aussi commencé à corriger les formes picardisantes et a fini par être absorbé par le français, pour devenir du français régional. « C'est dans ce français régional, toujours varié et parfois inattendu, que survit en partie la diversité des dialectes d'antan. »3 Fernand Carton et Denise Poulet dans leur Dictionnaire du français régional du Nord-Pas-de-Calais (1991) appellent de leurs vœux d'« employer ces mots évocateurs d'un riche passé, aussi précieux que de vieilles pierres. » Cependant Brunot évoque les efforts des grammairiens pour purifier la langue de la province. « L'entreprise témoigne de l'importance croissante du français régional en regard du patois qui agonise, ou même commence à être embaumé par l'érudition locale. »4
« Déjà Quesne de Béthune se plaint d'avoir vu ses vers méprisés à la cour d'Alis de Champagne, veuve de Louis VII, parce qu'ils étaient faits dans son idiome natal :
|
« Que mon langage ont blasmé li Francois Et mes chancons, oyant les Champenois, Et la comtesse encoir, dont plus me poise. » |
« Ainsi à la fin du XIIe siècle, le picard passait pour grossier aux oreilles françaises ; par contre nous voyons au siècle suivant l'un des trouvères du nord les plus connus, Adenès li Roi, exalter le dialecte de l’Île-de-France, qu'on apprenait déjà, nous dit-il, jusqu'en "pays tyois", et faire un mérite de la connaître aux principaux personnages de son poème, qui
|
« Surent près d'aussi bien le francois de Paris Com se ils fussent nés el bour a Saint-Denis. » |
« Comment n'aurait-on pas dès lors été tenté d'adopter dans la patrie d'Adenès cet idiome, que les étrangers eux-mêmes s'empressaient d'apprendre ? Le moment de la décadence du picard aussi était venu ; au siècle suivant, ce dialecte, délaissé par les écrivains du temps, tombait à son tour à l'état de patois ; le français proprement dit, élevé peu à peu au-dessus des idiomes voisins, devenait définitivement dans tout le royaume la langue commune de la poésie et de la grande littérature ; c'est de lui que se servait déjà le rouchi Froissard, sans doute pour être plus sûr de plaire à ses auditeur et à ses lecteurs si divers d'origine ; c'est lui qu'on employait depuis longtemps presqu'exclusivement en Normandie, et désormais au Nord, comme bientôt au Sud de la Loire, le dialecte de l’Île-de-France fut le seul dans lequel écrivit tout auteur qui ambitionna d'être lu. C'était la conséquence à la fois politique et littéraire de la réunion sous un même sceptre des diverses provinces de la France, et de la popularité des trouvères et des écrivains qui, pendant la seconde moitié du XIIe siècle et tout le XIIIe siècle, s'étaient servis de cet idiome. »5
Comme on le disait, la Picardie était partie prenante avec la maison royale de France. Déjà en 768, Charlemagne est couronné à Noyon. Le Noyonnais devient Comté sous l'égide royal en 987. Le Laonnois est conquis par les Capétiens dès 988, Louis IV y est sacré en 940. Laon était résidence royale, comme le Senlisis en 987, où les Capétiens résident fréquemment . Philippe Auguste y crée un bailliage.
La majeur partie de la Picardie devient française sous Philippe Auguste : l'Amiénois du XIIe au XIVe siècle, l'Artois en 1180, le Vermandois en 1186, le Boulonnais en 1196, le Valois en 1214, le Comté de Clermont en 1218, la Frandre wallonne en 1297.
Mais en 1435, le premier traité d'Arras donne les « villes de la Somme » (Saint-Quentin, Amiens, Doullens, Montreuil, Rue, Saint-Valéry, Le Crotoy, Crèveceur-en-Cambrésis, Mortagne) aux comtes de Flandre et d'Artois. En 1464, Louis XI les rachète pour 400 000 écus et les cède l'année suivante à Charles le Téméraire. En 1482, le deuxième traité d'Arras annexe le Ponthieu à Louis XI, après avoir été ballotté entre l'Angleterre et la France, l'Espagne et les ducs de Bourgogne. Le Beauvaisis devient française en 1452. L'Artois passe par mariage dans la maison comtoise de Bourgogne. Le Cambrésis après avoir été français redevient bourguignon en 1479. Le Soissonnais est un comté héréditaire qui revient aux Bourbons-Vendôme en 1487.
Les Habsbourgs se déchire alors l'Artois et le Hainaut. Le Boulonnais, après une intermède anglaise de 1544 à 1550, devient français à partir de cette date. Le traité des Pyrénées (1659) donne l'Artois ainsi que Le Quesnoy, Avesnes et Landrecies à la France. Le traité de Nimègue (1679) donne Aire, Saint-Omer et l'Ostrevent (région de Bouchain et de Douai) à la France. La Flandre est démantelée par les traités précédent et celui d'Utrecht (moins Furnes, Ypres et Menin, qui resteront belges).
Au XVIIIe siècle, on trouve les mots populaire (margoulette), des mots d'argots (berlue) qui entre dans les dialectes et notamment le picard.
Au XIXe siècle, le patois est donc de plus en plus francisé. Hécart indique pour plusieurs mots que ceux-ci ne sont dit que par ceux qui croient parler français. On rencontre donc des mots picards prononcés à la française : rendage, rencharger, émoucher, nochère, tachon (pour « tache »), naveau (pour « navet »), sucarte (pour « sucrerie »), pois de sucre (pour « haricots verts »)... Ou encore des mots corrigés mais toujours mal prononcés : ormoire, diape, bénesse, tabier ou tabélier, quètefois, je poudrais...
A XXe siècle, les dénominations sont hiérarchisées selon un rapport de prestige/stigmatisation en quatre niveaux6 :
bon français
« vrai » patois, ancien, prestigieu
patois francisé
français écorché, déformé.
On corrige donc son mauvais français7, comme les Belges ont dû pincer leur français.
C'est peut-être d'abord les mots en ga- et en w-, en minorité, qui sont corrigés (sauf gambe, gambette que le français argotique a emprunté au picard ou wassingue qui est d'origine flamande) : ainsi gane, gaune n'est déjà plus référencé par Louis Vermesse ou Pierre Legrand dans leur Dictionnaires du patois de Lille. Et Marie-Madeleine Duquef, dans son Ammassoér(Dictionnaire picard-français français-picard), précise « peu usité, jon-ne plus courant. » Et si dans ce dictionnaire et chez Louis Vermesse, on trouve bien warde, warder, watieu/watiau (mais aussi gatieu), ces mots ne sont pas repris par Pierre Legrand. Mais tous conservent wigner, wingner, wainer, wainier avec des sens allant de « grincer, pleurnicher, grogner, crier » ou « miauler ». Ainsi pour un mot ne trouvant pas d'équivalent français (guigner n'a pas le même sens), la signification se perd, certainement en même temps que l'emploie du mot. Et si gattesemble encore connu dans le sud de l'aire picarde, il ne se conserve dans le nord que sous sa forme francisé « jatte », tout en accédant au statue de régionalisme : F.Carton et D.Poulet précisent : « Toute espèce de bol ou de tasse (sens plus étendu qu'en français commun) ; contenu de ces récipients. En picard du sud-ouest, gratte (sic, certainement coquille pour gatte) « terrine à lait » a gardé le g du latin gabata. » C'est même sous cette forme francisé (zatte, zjatte, soepezjatte, bolzjatte) que le flamand occidental l'a emprunté avec le sens étendu qu'il a dans le nord de la France de tasse. Dans les Agréables Conférences de deux Paysans de Saint-Ouen et de Montmorency, on lira également reguetter pour rewétier.
Enfin ce sont les mots en ca- et que- qui disparaissent :catieu/catiau est référencé par Marie-Madeleine Duquef mais pas par Pierre Legrand. En effet, il fait partie du vocabulaire employé par les premières personnes à avoir adopté le français (les bourgeois) mais capiau reste, mais chez Pierre Legrand avec le sens synecdochique d'homme, ainsi que vaque pour vache, qui sont des termes populaires et de la vie de tous les jours.8
Puis les mots en /l/ pour l'équivalent français /j/ : boutèle, famile, et on dit guernoulle et plus raine, mot ancien-français et picard proprement dit.
Mucher se conserve car l'équivalent français ne se dit plus (musser), drache car il est d'origine flamande, mais cauchesdisparaît en même temps que les chausses. Mettre à l'huche perd peu à peu sont sens de mettre à la porte pour signifier mettre à la poubelle.
Le Glossaire roman-latin du XVe siècle (ms. de la Bibliothèque de Lille) retient encore les formes picardes mousque, mousche, mouche as quiens, et broque sans char (« broche sans chair »), mocheron de candeille (« bout de chandelle »)... et par sur-correction hace (pour « hache »)...
Au XXe siècle, on fini par faire de la sur-correction : on dirapatyince pour « patience », cholrette pour « collerette », ouchanchon pour canchon, « chanson » ; déjà de longue date, on corrigea dans l'aire picarde « Autriche » en Autrice et « personne » en personde, menger, minger, mainger... est probablement une fusion des formes picarde (miyer, mengnier) et française (manger)...
Voici également une liste de quelques mots, dont on peut être sûr qu'ils auront subi l'influence du français :
l'article la est un emprunt au français : la France (pour el Franche), dans des expressions comme à la fin...
l'a. fr. nive (ca 1350, Gilles Li Muisis) relevé dans les domaines du nord et du nord-est (encore chez Hécart), se rattachant au lat. nivere a été remplacé parneiche (« neige »).
Carl-Theodor Gossen remarque déjà au XIIIe siècle, l'expression Nostre-Seigneur à côté de la forme picarde signeur, et mon seigneur pour m'signeur, ainsi que ma damepour m'dame, et le mot chevalier (qui n'apparaît jamais sous la forme kevalier), eschievin apparaît très tôt à côté de eskievin, de même que chier (cher), despeechier, enpeechier, dieminches (dimanche)...
le même auteur pense que le -c- des chartes de Douai devait se prononcer [ts] ou [s], notamment dans les termes ecclésiastiques comme grace, incarnation, mais aussidecembre, exception...
Eduard Hrkal note les formes (je) mènerai, (je) tiendrai, (je) vodrai, influence des formes françaises (je) mènerai, (je) tiendrai, (je) voudrai...
diaule a laissé sa place à des formes comme djap, diale, djeble, par rapprochement avec le français « diable ». De même tape et non plus taule pour « table ».
raison et non rajon, saison et non sajon, sont des emprunts au français.
facteur, mineur, seigneur où le -r de prononce également.
gazon, gaine, guérir au lieu de wazon, waine, wérir qu'on attendrait.
roue, couler, escouer (secouer) sont des emprunts au français (quand reue, queuler, esqueuer sont attendus.
les mots en -aire (du lat. arius) sont d'origine française savante (en picard et français, la forme populaire est -ier, garnier (grenier), censier, journalier...) : calvaire, notaire, vétérinaire...
les mots en -ance (lat. antia) sont d'origine française : obligeance, obéissance...
les mots en -ie (lat. ia) sont d'origine française : maladie, folie...
les mots en -ise (lat. itia) sont d'origine française : bêtise, sottise, friandise...
les mots en -oir (lat. orius) sont d'origine française : trottoir, comptoir...
mainger (menger se trouve déjà dans Aucassin et Nicolette, cependant) au lieu de maquer ou mier, qui se dit encore cependant, Marie-Madeleine Duquef précise : « manger gloutonnement, mais employé très souvent sans aucune idée péjorative.
de même beaucoup de mot en français -ndr- (< N(E)R) devrait présenter la forme -nr-, mais ils présentent -nt- :cainde (et crainne) pour craindre (< *CREMERE), plainde (etplainne) pour plaindre (< PLANGERE). Alors que veinde (etveinne) pour vendre (<VENDERE), preinde (et preinne) pourprendre (< PRENDERE), sont bien une formation picarde logique.
Louis Brébion9 signale les dernières évolutions du picard, certaines étant conditionnées par l'influence française :
A la fin du XIVe siècle, l'ancienne déclinaison à deux cas disparaît dans notre dialecte. Il y avait déjà un siècle qu'elle n'existait plus en français.
L'ancienne diphtongue ué, oé persiste dans la plus grande partie du département du Nord, mais passe à eu comme en français en Artois et en Picardie.
Oé suivi d'une consonne persistante passe à wa (écrit oi) en Artois, mais reste intact en Picardie.
A final fermé devient o ouvert en Artois et en Picardie.
Après ch et j, i en hiatus disparaît à peu près partout, sauf dans certains patois des environs de Lille.
Aü passe à eü en Picardie.
Les diphtongues aü et eü persistent en général quand elles sont accentuées mais se réduisent peu à peu à o et euouverts quand elle sont atones.
Sauf quelques exceptions, les consonnes finales deviennent muettes ; certaines l'étaient déjà au moyen âge.
Les consonnes finales suivies d'un e muet passent souvent de la sonore à la sourde correspondante, ce qu'on n'observe dans l'ancienne langue que pour les consonnes finales.
Le passé défini et l'imparfait du subjonctif deviennent hors d'usage. Sauf pour une certaine classe de verbes, le subjonctif est remodelé sur l'indicatif présent, avec adjonction d'une terminaison je prononcée che.
O fermé final passe à ou en Picardie.
En s'affaiblit en in dans la Picardie, ce qui n'a lieu, en règle générale, que pour en atone dans la partie septentrionale de notre région.
Par suite de métathèse, re devient er et même ar.
Les voyelles devant m et n deviennent nasales ; comme en français, u en se nasalisant passe à eu ouvert et i à è.
A la finale, l et r combinées avec une consonne précédente, tombent. Il y a même une tendance à ne conserver que la première consonne des groupes finaux.
Le groupe nle se réduit à ne.
Un b euphonique est introduit entre m et l et un d entre n etl séparées par un e muet.
Devant un i en hiatus, la gutturale est passée à la dentale correspondante dans certains pays ; dans d'autres pays, c'est la dentale qui, dans la même position, est passée à la gutturale correspondante.
« Il est très difficile au milieu des contradictions du langage individuel, plus ou moins profondément altéré par l'incessante infiltration du français – de trouver une résultante qui donne la règle véritable du vieux langage ».10 On est loin de l'avis de Edmond Lecesne qui affirmait « le plus souvent dans ce jargon, le caprice tout seul a fait toutes les lois. »11
Une paysannerie au XVIIIe siècle, communiquée à la Société de Senlis en 1876 par le comte de Longpérier-Grimoard, nous donne un aperçu du patois dans la région nord de Paris12 :
|
A Monseigneur le Président du Metz. Seigneur de Marchémoret.
« Monseigneur, « Je prenons la liberté de nous présenter aux pieds de votre Grandeur, pour vous prier d'Empêcher que je mourrions trétous. La mortalité à Marchémoret. Et j'ont opinion qu'elle provient des Exhalaisons de L'ieau de vostre Etang, qui sous vostre Respect pûe comme de la charogne. Deffunt le père Clément nous a dit à queucun que du temps de monsieur Duprat qui étoit notre seigneur comme vous. Et grand Chandellier de france, les habitants mourrions a tas, que les médecins avons dit, tant qu'on aurés un Etang, vous serés trétous malades. Et pis vous mourrés, ils ont partis En bande ils l'avons dit à monsieur Duprat, qui étoit un bon seigneur comme vous. Et qui leur a dit mes enfants pis qu'ainsi est, je ne veux pas qu'on mourriés, Vla de l'argent, comblés l'étang. « Vous devez Monseigneur trouver tout cela Ecrit dans vos papiers En parchemin, je vous prions de les lire, Et par après dire à Dupuit qu'il arrâche La maudite Bombe qui arrêtte touttes les yeaux. « J'ont souleur que monsieur nostre curé tombe malade Et pis qu'il meurt. Je perdrions nostre père. Je sommes bénaize qu'and je le voyons. Et pis qu'and il va à Dammartin ou il raspire un bon air, et ou mademoiselles ses soeurs le mitigeons. J'ons Espérance MONSEIGNEUR que vôtre grandeur qui est bonne comme le bon pain, Et bien charitable nous octroyera nostre prière je prierons le bon Dieu pour vous, pour monsieur vostre garçon, pour monsieur le Marquis, pour Mesdames leurs ménagères Et tous leurs biaux Enfant ». |
Les formes originale de conjugaisons sont évincées pour faire place à celle du français. Voyons les différentes conjugaisons des verbes être, avoir et chanter :
les formes anciennes sont de G. F. Burguy, Grammaire de la langue d'oïl ou Grammaire des dialectes français aux XIIe et XIIIe siècles, L. A. Kittler (Leipzig), Ch. Reinwald (Paris), 1853),
les formes du picard du Nord sont d'Alain Dawson,
les formes du picard d'Amiens et du Vimeu sont de Ches Diseux et René Debrie,
les formes du picard du Borinage sont de P. Roland, Premier essai de grammaire boraine (in Langues & dialectes Tome 1, 1891)(-eu- = [ø] comme dans feu ; -ë- = , P. Roland donne l'explication suivante : « e muet français , mais que l'on entend comme si l'on prononçait la diphtongue eu d'une manière très brève, mais moins accentué qu'en français », p.367).
|
|
Anciennement (XIIe-XIIIe s.) |
Actuellement (picard du Nord) |
Actuellement (Amiens - Vimeu) |
Actuellement (borain) |
|
INFINITIF |
iestre |
(i)ète, ièsse |
ête |
ette |
|
PARTICIPE Présent : Passé : |
estant estet, este |
étant, 'tant étè, 'tè |
étant (é)té |
estant esté, stë |
|
IMPÉRATIF
|
sois soie(n)mes soiommes |
seuche, sô seuchons, soïons seuchezs, soïez |
fus fuchons fuchez, fucheu |
/// /// /// |
|
INDICATIF Présent
|
jou sui, suis tu ies, il est, no sommes, soumes vo iestes, estes il sont |
ej su t' es i(l) est (n)os sonmes, sin-, sons, estons (v)os ètes, estez is sont |
ej sus t' es il est os sonme os êtes i sont |
dju sû t'es il est nos stons vos stë i sont |
|
INDICATIF Imparfait
|
jou estoie tu estoies il estoit no estie(n)mes, estiomes vo esties il estoient |
j' étô t' étôs i(l) étôt (n)os étônme, ét(y)inme (v)os étôte, ététe is étôtte, étônte |
j' étoais, étouos t' étoais, étouos il étoait, étouot os étoème/étwanme os étoète is étoaite |
dju sto tu sto il é nos stennes vos stétes i éte |
|
INDICATIF Parfait défini Passé simple |
jou fui tu fus il fut, fu no fumes, fusmes vo fustes il furent |
ej fu te fus i fut (n)os funme, fute (v)os fute is futte, furte |
(n'est plus usité comme en picard du Nord) |
(n'existe pas, en borain) |
|
INDICATIF Futur simple
|
jou serai tu seras il serat, sera no serom(m)es vo seres il seront |
ej srai, j' étrai te sras, étras i sra, étra (n)os srons, étrons (v)os srez, étrés is sront, étront |
éj srai tu sros, sreus i sro os srons os srez, sreu i sront |
dju sarai tu saras il sara nos sarons vos sarë i saront |
|
COND. présent
|
jou seroie tu seroies il seroit no serie(n)mes vo series il seroient |
ej srô, j' étrô te srôs i srôt (n)os srônme, sr(y)inme (v)os srôte, sréte is srôtte, srônte |
éj sroais, srouos tu sroais, srouos i sroait, srouot os sroème/srwanme os sroète i sroaite |
dju saro tu saros i saro nos sarennes vos sarétes i saroote |
|
SUBJ. Présent
|
que jou soie que tu soies que il soit que no soie(n)mes, soiom- que vo soies que il soient |
qu' ej seuche, sôche qu' te seuches, sôches qu' i seuche, sôche qu' (n)os seuchonche, soïonche qu' (v)os seuchéche, soïéche qu' is seuchtte, sôchtte |
qu' èj seuche équ tu seuches qu' i suuche qu' os soèyonche qu' os soèyèche qu' i seuchte |
que dju seusse que tu seusse qu' i seusse que nos seusse que vos seusse qu' i seusstë |
|
SUBJ. Imparfait
|
que jou fuis(s)e, fuse, que tu fuisses, fuses que il fuist, fust que no fu(is)siemes que vo fuissies, fusies que il fuissent, fusent |
qu' ej fuche qu' te fuches qu' i fuche qu' (n)os fuchonche qu' (v)os fuchéche qu' is fuchtte |
qu' èj fuche équ tu fuches qu' i fuche qu' os fuchonche qu' os fuchèche, -uche qu' i fuchte |
que dju fusse que tu fusses qu' i fusse que nos fusse que vos fusse qu' i fusstë. |
|
|
Anciennement (XIIe-XIIIe s.) |
Actuellement (picard du Nord) |
Actuellement (Amiens - Vimeu) |
Actuell. (borain) |
|
INFINITIF |
avoir, aveir |
avoir |
avoér |
awo, avou, avoi |
|
PARTICIPE Présent : Passé : |
aiant eut, éu, eu |
aïant, avant (i)eu, aïu |
ayant yeu |
avant oïu |
|
IMPÉRATIF
|
aie aiemes, aienm-, aiom- aies |
euche, aie euchon, aïons euchés, aïez |
euche, aie uchon, ayons uchés, ayez |
euss' ayons eusë |
|
INDICATIF Présent
|
jou ai tu as il at, a no avomes, avommes vo aves il ont |
j' a, j' ai t' as i(l) a (n)os avons, aons, ons (v)os avez, aez, ez is ont |
j' ai t' os, eus il o os avons, aveu os avez is ont |
dj' ai t' as il a nos avons vos ave il ont |
|
INDICATIF Imparfait
|
jou avoie tu avoies il avoit no avie(n)mes, aviomes vo avies il avoient |
j' avô t' avôs i(l) avôt (n)os avônme, av(y)inme (v)os avôte, avéte is avôtte, avônte |
j' avoais, avouos t' avoais, avouos il avoait, avouot os avoème/avwanme os avoète is avoaite |
dj' awo t' awos il awo nos avennes vos avétes il avoete |
|
INDICATIF Parfait défini Passé simple |
jou éui, eue, euch tu éu(i)s, eus il éu(i)t, eut no éu(i)mes, eumes vo éu(i)stes, eustes il éu(i)rent, eurent |
j' u t' us i(l) ut (n)os unme, ute (v)os ute is utte, urte |
(n'est plus usité comme en picard du Nord) |
(n'existe pas, en borain) |
|
INDICATIF Futur simple
|
jou aurai tu auras il aura(t) no aurom(m)es vo aures il auront |
j' arai t' aras i(l) ara (n)os arons (v)os arez is aront |
j' érai t' éros, éreus il éro os érons os érez, éreu is éront |
dj' arai t' aras il aro nos arons vos arez il aront |
|
COND. présent
|
jou auroie tu auroies il auroit no aurie(n)mes vo auries il auroient |
j' arô t' arôs i arôt (n)os arônme, ar(y)inme (v)os arôte, aréte is arôtte, arônte |
j' éroais, érouos t' éroais, érouos il éroait, érouot os éroème/érwanme os éroète is éroaite |
dj' aro t' aros il aro nos arennes vos arétes il aroete |
|
SUBJ. Présent
|
que jou aie que tu aies que il ait que no aie(n)mes, aiomes que vo aies que il aient |
qu' j' euche qu' t' euches qu' i(l) euche qu' (n)os euchonche, aïonche qu' (v)os euchéche, aïéche qu' is euchtte |
qu' j' ai èqu' t' ais qu' il ait qu' os ayonche qu' os ayèche, ayeuche qu' is euchte |
que dj' avisse que t' avisses qu' il avisse que nos avisse que vos avisse qu' il avisstë |
|
SUBJ. Imparfait
|
que jou éu(i)sse que tu éu(i)sses que il éu(i)st, eust que no éu(i)ssiemes que vo éu(i)ssies que il éu(i)ssent |
(n'est plus usité, identique au subjonctif présent) |
qu' j' euche èqu' t' euche qu' il euche qu' os uchonche qu' os uchèche, ucheuche qu' is euchte |
que dj' eusse que t' eusses qu' il eusse que nos eusse que vos eusse qu' il eusstë |
|
.ement (XIIe-XIIIe s) |
Actuell. (picard du Nord) |
Actuell. (Amiens - Vimeu) |
Actuell. (borain) |
|
|
INFINITIF |
cantier |
canté |
canté |
canté |
|
PARTICIPE Présent : Passé : |
cantant cantiet, cantie |
cantant canté |
cantant canté |
cantant cantë |
|
IMPÉRATIF
|
sois soie(n)mes soiommes |
cante cantons cantez |
cante cantons cantez, canteu |
cante contons cantez |
|
INDICATIF Présent
|
jou cant tu cantes il cantet, cante no cantomes, -tommes vo cantes il cantent |
ej cante te cante icante (n)os cantons (v)os canteez is cant(t)e |
éj cante tu cantes il cante os cantons os cantez i cantent/cant'te |
dje cante tu cantes il cante nos cantons vos cantë il canttë |
|
INDICATIF Imparfait
|
jou cantoie, cantoe tu cantoies il cantoit no cantiemes, -tiomes vo canties il cantoient |
ej cantô te cantôs i cantôt (n)os cantônme, -t(y)inme (v)os cantôte, cantéte is cantôtte, cantônte |
éj cantoais, cantouos tu cantoais, cantouos il cantoait, cantouot os cantoème/cantwanme os cantoète is cantoaite |
dju cantos tu cantos il cantot nos cantinnes vos cantétes il cantinntë |
|
INDICATIF Parfait défini Passé simple |
jou cantai tu cantas il cantat, canta no cantames, -tasmes vo cantastes il canterent |
ej canti te cantis i cantit (n)os cantinme, cantite (v)os cantite is cantitte, cantirte |
(n'est plus usité comme en picard du Nord) |
(n'existe pas, en borain) |
|
INDICATIF Futur simple
|
jou canterai tu canteras il canterat, cantera no canterommes vo canteres il canteront |
ej cantrai te cantras i cantra (n)os cantrons (v)os cantrez is cantront |
éj canterai tu canteros, cantereus i cantero os canterons os canterez, cantereu i canteront |
dju cantrai tu cantras il cantra nos cantrons vos cantrez il cantront |
|
COND. présent
|
jou canteroie tu canteroies il canteroit no canteriemes vo canteries il canteroient |
ej cantrô te cantrôs i cantrôt (n)os cantrônme, -tr(y)inme (v)os cantrôte, cantréte is cantrôtte, cantrônte |
éj canteroais, canterouos tu canteroais, canterouos i canteroait, canterouot os canteroème/canterwanme os canteroète i canteroaite |
dju cantros tu cantros il cantrot nos cantrinnes vos cantrétes il cantrinntë |
|
SUBJ. Présent
|
que jou cante que tu cantes que il cantet, cante que no cantiemes, -omes que vo canties que il cantent |
qu' ej cante qu' te cantes qu' i cante qu' (n)os cantonche qu' (v)os cantéche qu' is cant[t]e |
qu' èj cante équ tu cantes qu' i cante qu' os cantonche qu' os cantèche qu' i cantèchte/cant'te |
que dje cantisse que tu cantisses qu'il cantisse que nos cantisses que vos cantisse qu'il cantisse |
|
SUBJ. Imparfait
|
que jou cantasse que tu cantasses que il cantast que no cantassiemes que vo cantassies que il cantassent |
qu' ej cantôche qu' te cantôches qu' i cantôche qu' (n)os cantonche qu' (v)os cantéche qu' is cantôchtte |
(n'est plus usité comme en picard du Nord) |
/// |
Pilar Hélène Surgers, concernant la conjugaison en ch'timi dit : « conjugaisons et terminaisons se sont simplifiées. Les verbes aujourd'hui, dans la langue parlée, se conjuguent au présent pratiquement comme en français, mais toujours des terminaisons en ô pour l'imparfait – j'savô, tu pouvô, il, elle avô, nous mangô, vous faisô, ils, elles prenô – et le futur, - j'saurô, t'aurô, il, elle viendrô, nous pourô, vous voudrô, ils, elles prendrô – employés de préférence. Oubliés passé simple et conditionnel. »13 On voit que les terminaisons -omes, -ote et -otte des personnes du pluriel sont écorchées, et qu'on préfère la terminaison -ô pour le l'imparfait (effectivement en -o) et le futur (originellement en -ai, -a ou -o).
Ainsi, même si, comme le précise Jacques Allières, « la vitalité du dialecte et des échanges inter-dialectaux s'est encore manifestée au début de ce siècle par l'emprunt du picard rescapé(pour réchappé) lors de la catastrophe minière de Courrières (Pas-de-Calais) en 1906 »14, c'est bien le picard qui emprunte en masse au français et non plus l'inverse. En ch'timi, il ne reste plus grand chose de ces conjugaisons, sauf peut-être la terminaison « bizarre » en -tte, rendu célèbre par la blague raconté dans le Nord : celle de Toto à qui la maîtresse demande de citer trois vers du premier groupe. « Louter, péter, crotter ! » répond Toto sans hésiter, car « Min père i m'dit toudi : i nda qu'is loutte des masons, is n' paitte po leu loïé, pi is crotte eque cha va durer ! »
Le patois devient petit à petit français régional en se perdant complètement.15 Mais on verra aussi de plus en plus de sur-correction du picard, jusqu'à l'excès. On appelle alors ce phénomène l'hyperpicard, caractérisé par la propension à rajouter des ch et des in partout. Ce mauvais picard est aussi appelé ledravie ou dravière (bouillie faite de céréale et de légumineuse pour le bétail). Comme la scripta intégrant des traits français, le but de la dravie peut aussi être consciemment la volonté d'être compris du public (ici l'exemple du film Bienvenue chez les Chtiest symptomatique). Fernand Carton précise à ce sujet : « Le mélange de langues assume une fonction ludique dont l’intérêt scientifique n’est pas moindre que la fonction proprement communicative du langage. Comme le sabir chez Molière, le « chtimiphone » n’emploie les traits picards que dans des situations de connivence, pour se faire plaisir et pour amuser. Cette sorte de « désordre linguistique » peut être délibéré et plaisant, comme Léon le montre pour la phonostylistique. A cela s’ajoute le fait que le rapport à la qualité de la langue s’est modifié au tournant du siècle, notamment chez les jeunes. La chtimania a atténué le complexe idiomatologique : non seulement ceux qui aiment parler chti ont moins honte, mais ils sont rebelles à toute forme de standardisation, que certains jugent vulgaire. Mais si le film a amusé les non-nordistes, la déstandardisation caricaturale du parler de certains acteurs a agacé des picardisants. »16
1 Léonce Roudet, Phonétique des mots français d'emprunt, p.252, in Revue de philologie française, 22e année, 1908.
2 L'épenthèse vocalique en picard et en français, in Etudes de linguistique gallo-romane, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2012, p.87-101.
3 Henriette Walter, Le français dans tous les sens, Le livre de Poche, Paris, 1996 (Robert Laffont, 1988), p.163.
4 Ferdinand Bruno, Histoire de la langue française des origines à 1900. 6, La langue post-classique, Armand Colin, Paris, 1933, p.1242.
5 Charles Joret, Le C dans les langues romanes, A. Franck, Paris, 1874, pp.292-293.
6 Fernand Carton, Mots et expressions qualifiant le mélange des langues en picard et en flamand de France, Dialectologia et Geolinguistica , Volume 18 (1), Editions Walter de Gruyter, 2010, p.48.
7 Pour un aperçu de ce phénomène, cf. Pierre Guiraud, Patois et dialectes français, Que sais-je ? N°1285, PUF, Paris, 1978, p.77-78.
8 C'est ce qu'à montré le dialectologue Antonin Duraffour, dans Trois phénomènes de nivellement phonétique en Francoprovençal (Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, t.27, Paris, 1927, p. 68-80) pour le traitements des sons (l° -a final, inaccentué, précède de palatale > [i]/[j] (écrit e en français) ; 2° c(+ a) > [ɕ]/[ts] ([ʃ] en français) ; 3° ū accentué > [u] ([y] en français)) qui paraissent caractéristiques du franco-provençal. « Au cours de trois générations actuellement encore représentées, ces caractères singuliers se sont progressivement, et sous des influences diverses, effacés, pour rapprocher le parler d'un type commun, le type français. » Dans une famille, il remarque que « le père et la mère ont un itrès nettement articulé les trois jeunes gens, et leur soeur cadette, ne l'ont plus. » Les parents disent par exemple vachi mégri, les enfants vache maigre. « Une jeune fille, aujourd'hui jeune femme, de Vaux-Fevroux a quitté pendant quelque temps son hameau, quelque peu maussade, pour séjourner à Lagnieu où elle avait des cousines ; elle a pris à ce contact, entre autres élégances, le [ʃ] de la « capitale » ; elle est rentrée chez elle, les relations avec les cousines ont continué, [ʃ] est demeuré, il a plu à quelques jeunes filles de là-haut qui fréquentaient dans la maison, et c'est ainsi que, dans le milieu des jeunes femmes patoisantes de Vaux-Fevroux, il a supplanté [ɕ]/[ts]. [ɕ]/[ts] est maintenu par les hommes. Quant aux enfants, ils parlent... français. » Pour le [u], « la phase préliminaire du processus à décrire serait donc la suivante : on apprend à prononcer [y], tant bien que mal, dans des mots d'emprunt, imposés en quelque sorte par le français. »
9 Louis Brébion, Étude philologique sur le Nord de la France (Pas-de-Calais, Nord, Somme), H. Champion, Paris, 1907, p.182-183.
10 Daniel Haigneré, Le patois boulonnais comparé avec les patois du nord de la France, grammaire, vol. 1, 1901, p.26.
11 Edmond Lecesne, Observations sur le patois artésien, in Annuaire du Pas-de-Calais, 1874, p.325.
12 Cité par Ferdinand Brunot et Alexis François, Histoire de la langue française des origines à 1900. 6, La langue post-classique, Armand Colin, Paris, 1933, p.1243
13 Pilar Hélène Surgers, Les Gens du Nord et la Ch'ti-attitude, Editions Alphée – Jean-Paul Bertrand, Monaco, 2008, p.37
14 Jacques Allières, La Formation de la langue française, Que sais-je ? N°1907, PUF, Paris, 1996, p.119.
15 Le même phénomène peut se rencontrer actuellement en allemand, par exemple, où les mots d'origine française, entre autres, subissent l'influence de l'anglais : Picknick, emprunté au français prend très rapidement l'orthographe anglicisante picnic. Le sens de Charakter, également venu du français, élargit son sens par la signification anglaise de « personnage fictif ». La prononciation de Detail s'anglicise également.
16 Fernand Carton, Mots et expressions qualifiant le mélange des langues en picard et en flamand de France, Dialectologia et Geolinguistica , Volume 18 (1), Editions Walter de Gruyter, 2010, p.47.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog