Définition : poignée de porte
Répartition : Belgique, Luxembourg, Nord, Ardennes françaises, Lorraine (autres régions notamment Normandie et de là au Canada sous la forme clenche, clenque, et clencher), en wallon, on trouve les formes cliche et clichette, clitchette. Le mot est anciennement parfois masculin (Dans l'Encyclopédie de Diderot notamment).
Dérivés : cliquer, décliquer
En français, seul les verbes dérivés enclencher, déclencher sont attestés. Le mot déglinguer viendrait du mot de marine déclinquer, dérivé de clinc, clin (adaptation du néerlandais klinkwerk « bordage à clin », klink- étant le déverbal de klinken « river, boulonner », que l'on rapproche également de klink ("loquet", avec l'allemand Klinke et l'anglais to cling, to clinch, to clench, "empoigner, compresser" et donc de clinche). Remarquons un rapprochement avec clore (remplacer récemment en français par le mot fermer), et clou dévire respectivement du latin claudere et clavus (même étymon indo-européen *klē̌u-, *klāu- "crochet, taquet, piquet"). Clin [d'œil] dérive de cligner peut être issu d'un bas-latin *clūdiniare « fermer », dérivé de *cludinare et celui-ci de clūdere, claudere « fermer » : la boucle est bouclée... En métallurgie, on parle de clinchage pour assemblage-emboutissage. Dans la boxe, on parle également d'un clinche pour un crochet (emprunt à l'anglais).
Être une (vraie/véritable) clinche : être maladroit, mal dégourdi (ti té prind com' un' clinche pour d'tenir eut' claribole fiu !).
Origine : Terme du Nord et du Nord-Est, probablement issu de l'ancien bas-francique *klinka ("loquet") que l'on peut déduire du moyen bas-allemand klinke, moyen-néerlandais clinke « id. », d'origine onomatopéique. DWDS nous dit en effet "Vielleicht nach dem Geräusch des Fallriegels gebildet zu klinken, einer Nebenform von klingen. Die Formen führen auf indoeuropäisch *glengh-, eine nasalierte Erweiterung der unter Klage angegebenen Schallwurzel indoeuropäisch *gal- ‘rufen, schreien’." [Peut-être d'après le son du pêne utilisé pour verrouiller, une variante de klingen ‘tinter, sonner, entrechoquer’. Les formes remontent à l'indo-européen *glengh-, une variation nasalisée de la racine sonore indo-européenne *gal- ‘appeler, crier’ indiquée par Klage ‘plainte, acclamation’.]
Le caractère technique du mot explique sans doute son attestation relativement tardive ; aussi un étymon moyen bas-allemand ou moyen néerlandais est-il moins probable.

La fidelle ouverture de l'art de serrurier (Mathurin Jousse, 1627)
Le terme existe toujours en allemand [Tür]klinke, en néerlandais klink, l'anglais clinch et to clink (sonner), clank et clang (son métallique) et les langues scandinaves klinke ou klinka (qui seraient des emprunts au néerlandais).
En wallon, le mot clinche (ou hlinche) veut aussi dire "gauche", mot d'origine bas-allemande slink (variante de links, "de la gauche, vers la gauche", cf. en ancien-français esclenc, esclanche...).
Dans son édition de 1831, l'Académie français indique au mot CLENCHE "ou mieux CLINCHE s.f. Pièce de fer ou de bois qui traverse la porte sous le loquet, et sur laquelle on appuie pour le lever et ouvrir." Aucun dictionnaire n'explique le passage en français de la nasale -in- /ɛ̃/ à la nasale -en- /ɑ̃/. Est-ce que le mot était perçu comme dialectal, et donc "corrigé" dans sa prononciation ?

Cours supérieur complet de dessin linéaire, d'arpentage et d'architecture.... Serrurerie et quincaillerie (J.B. Henry des Vosges, 1846-49)
Exemple :
Après la constitution légale du jury, M. le greffier donne lecture de l'acte d'accusation dans lequel sont relevés les faits suivants :
« Le 11 mars dernier, vers midi, le sieur Lecomte, maire de la commune de Quérénaing, surpris de ne pas voir arriver le sieur Prévost, son berger, donc il connaissait l'exactitude, se rendit à son domicile. Apres avoir vainement appelé à plusieurs reprises, il se décida à pénétrer dans l'intérieur de l'habitation, dont la porte n'était retenue que par la clinche... » (Cours d'assises du Nord, Double assassinat. - Affaire de Quérénaing. - Condamnation à mort. - Deux accusés., Le Petit Journal, 20 mai 1864).
Arrivés en face de la porte de la salle, il saisit le bouton de la clinche, poussa le battant et s'effaçant aussitôt derrière le sergent.
— Entrez, dit-il. (Alexandre Devred, Folichonneries, "La Peur", Éditeur Simon (Cambrai), 1863, p.31)
Lorsqu'il rentra, aux approches du soir, il trouva un lièvre suspendu à la clinche de sa porte de derrière, un lièvre auquel était attaché un bout de papier portant, en caractères imprimés de travers, l'inscription que voici : « Bien des choses de la part d'Alyby. » (Het Verraad, La Trahison, roman de A.M. de Jong traduit du néerlandais par L. Rœlandt, in Le Peuple, 1er avril 1936)
De jour, le corridor était dans la pénombre et c'est presque à tâtons qu'on trouvait la clinche du salon d'attente. (Georges Simenon, Le voyageur de la Toussaint, Paris, Gallimard, 1941, chap. 2).

Manuel théorique et pratique du serrurier (M. le comte de Grandpré, 1830)