Freddy Michalski, chtimi et traducteur
de romans noirs américains, écossais...
Si vous fréquentez le roman noir américain – le dur, le vrai, le tatoué – alors forcément vous avez croisé son nom. Au tout début des livres. Freddy Michalski a traduit en français presque tous les romans de James Ellroy, le maître incontesté du polar. « Quand j’ai lu le premier Ellroy, j’ai reçu un coup de poing dans l’estomac. C’était étonnamment à part » raconte le traducteur qui était hier (lundi 9 février) l’invité du Boulevard Sainte-Beuve 2009 à Boulogne-sur-Mer. Invité à parler de son « métier », mais préférant répondre aux questions plutôt que de se lancer dans une conférence ex cathedra.
Freddy Michalski a traduit 120 bouquins… depuis 23 ans, depuis le fameux « Lune sanglante » de James Ellroy. Il enseignait alors l’anglais dans un IUT da la région parisienne et un collègue traducteur lui avait prêté ce bouquin pour faire un essai de passage au français ! François Guérif des Éditions Rivages, qui avait acheté les trois premiers Ellroy, fut séduit par le boulot du prof. Début d’un beau parcours dans l’univers du polar ; univers que Freddy fréquentait assidûment en lecteur.
Né en 1946 à Marles-les-Mines, fils de mineur, sang polonais dans les veines, Freddy Michalski a grandi dans les corons, fait ses études au CEG d’Auchel, à l’École normale d’instituteurs d’Arras puis à l’École normale supérieure de Cachan. Licence d’anglais, maîtrise, capes et agrégation. Classique ! Avec une vraie passion pour la langue de Shakespeare, née en écoutant le rock et le blues sur Radio Caroline. « J’ai toujours aimé la traduction », dit-il simplement. Après avoir posé le pied sur « Lune sanglante », Freddy Michalski a enchaîné les versions françaises des romans d’Ellroy (il était aussi à ses côtés lors de sa venue en France pour la sortie du « Dahlia noir ») mais aussi des romans de James Lee Burke, Elwood Reid, Edward Bunker… Pour plusieurs maisons d’édition : Rivages, Le Masque, L’Œil d’Or.
De l’écossais au chti
Retraité depuis quatre ans, Freddy Michalski vit en Dordogne et « tous les jours, il ne fait que ça : traduire ! » L’ordinateur et le logiciel Word ont succédé aux cahiers à petits carreaux. La méthode n’a par contre pas changé : « On ne traduit pas que du sens, on traduit quelque chose qui est de l’ordre de l’émotion », explique F. Michalski, très attaché à respecter l’étrangeté, la rythmique, la musique des auteurs. Musique dont il faut savoir lire toutes les subtilités de la partition. Même avec une parfaite connaissance de l’anglais, de l’américain, le traducteur est confronté à de nombreux obstacles : l’argot des marines, des voyous ou des flics, le vocabulaire cajun en Louisiane, les rites des indiens Navajos, sans oublier les jeux de mots, les métaphores. « Il faut trouver des clés, téléphoner aux auteurs parfois mais il n’y a jamais de solution absolue. » Et finalement le traducteur fait ce qu’il veut d’un livre, il se l’approprie… « C’est un bien ou c’est un danger, confie Freddy. Une traduction plaît ou déplaît. J’ai été encensé et en même temps complètement descendu ! » Quand un auditeur assistant à la rencontre du Boulevard Sainte-Beuve lui demande : « Alors finalement, on ne lit pas du Ellroy mais on lit du Michalski ? », le professeur répond : « Je ne suis pas un auteur. L’idéal c’est bien sûr de lire en version originale. La traduction est un plaisir solitaire et égoïste. »
Freddy Michalski a traduit récemment le premier roman de l’Écossais Allan Guthrie ; il s’est également penché sur des textes de Mark Twain. Pour la petite histoire, il fit sensation en 1999 avec « Docherty » du grand auteur de polar écossais William McIlvanney… Ce roman retrace la vie d’une famille de mineurs au début du vingtième siècle. Et Michalski a traduit toutes les « interventions » en langue gaélique écossaise non pas en français mais en patois chti. « Le patois de mon enfance, je ne l’ai pas oublié, et je trouvais inconcevable de faire parler des mineurs en français. » De la mine à Ellroy, du blues aux mineurs, Freddy Michalski est toujours resté dans le noir.
Légende : Ses contrats stipulent que pour traduire un livre, Freddy Michalski dispose d’un délai de trois à six mois.
Christian Defrance / Photo : Chr. D.
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