La nasalisation (production d'un son alors que le voile du palais est abaissé, de telle sorte que de l'air s'échappe par le nez durant la production du son par la bouche) serait présente dans 97% des langues en ce qui concerne les consonnes (n, m, ŋ, ɲ, ṽ, z̃...) tandis que seulement 20% de ces langues possèdent des
voyelles nasales (ã, ~u, ~e...).
Parmi ces langues, on compte le polonais, les parlers régionaux celto-romandes (ou gallo-italiques) de l'Italie du Nord (ligure, piémontais, milanais, bolognais) et dans le "twang" texan (terme du milieu du XVIe siècle, d'abord pour imiter le son des cordes d'instrument, typique de la musique country, puis dans les années 1660, pour le son nasal typique des Texans).
En ligure, la nasalisation de la voyelle (ou vélarisation du n) est notée par la doublement de la consonne et un point : fænn.a ou fæn-a ['fεŋa] "farine", çetron [se'truŋ] "orange"...
Sinon le son de la voyelle se rapproche de la prononciation du Sud de la France [ŋ] (pain = paing) : gianco ['dʒaŋku] "blanc", bronzìn [bruŋ'ziŋ] "robinet"...
En piémontais, le n n'a plus de son dental à proprement parlé sauf à l'initial : nas "nez", nos "nuit".
En fin de mot, le n est vélaire [ŋ](ou en tout cas plus nasalisé qu'en toscan) : pan "pain", can "chien", monsu "monsieur"...
Pour indiquer la prononciation dentale sans nasalisation en fin de mot, le n est redoublé : ann "an, année", pann "tissu", afann "essoufflement, gêne respiratoire".
Pour indiquer la prononciation vélaire [ŋ] après une voyelle tonique (si l'accent se déplace, il n perd sa vélarité), on note : Lùn-es "lundi", chen-a "chaîne", lun-a "lune" (lunàtich "lunatique"), sman-a "semaine", galin-a "poule"...
En milanais (sous-dialecte du lombard), le m et n provoque la nasalisation de la voyelle qui précède [ŋ], quand ils sont suivis par une consonne ou en fin de mot : presenta "presente", cun "avec", asən "âne", lombard (lombard), semplificaa "simplifiée"....
Pour signaler la prononciation -n- ou -m-, on double la consonne : paginn '"page", primm "premier", nòmm "nom"...
En bolognais (émilien-romagnol), la consonne vélaire est noté ń en final et avant la lettre n : cuséń "cousin", galéńna "poule". De plus la lettre n nasalise la voyelle précédente avant une autre consonne ou en fin de mot : scaldén "chauffage", ganba "jambe", uślén "oiseau", dmanndga "dimanche", rånper "rompre", cónza "ragoût "sauce à la viande"...
Dans les patois d'oïl, comme encore en français jusqu'au moyen-français (jusqu'aux aux XVIème - XVIIème), on prononçait nasale, toute voyelle précédent -n-, -m- et -gn- (ce dernier orthogaphie parfois -ng-).
Un épisode des Femmes savantes en témoignent (Acte II, Scène VI) :
MARTINE
Mon Dieu, je n'avons pas étugué comme vous,
Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
PHILAMINTE
Ah peut-on y tenir!
BÉLISE
Quel solécisme horrible!
PHILAMINTE
En voilà pour tuer une oreille sensible.
BÉLISE
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel.
Je, n'est qu'un singulier; avons, est pluriel.
Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire*?
MARTINE
Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père?
PHILAMINTE
Ô Ciel!
BÉLISE
Grammaire est prise à contre-sens par toi,
Et je t'ai dit déjà d'où vient ce mot.
MARTINE
Ma foi,
Qu'il vienne de Chaillot, d'Auteuil, ou de Pontoise,
Cela ne me fait rien.
C'est la raison pour laquelle on écrit bon > bonne (avec deux nn, pour marquer que la voyelle précédente était nasalisée) : anneau [ãno](lat. anellus « petit anneau, bague »), homme [õm](lat. class. homĭnem, acc. de hŏmo « être humain »), femme [fãm](lat. class. femina « femelle », puis « femme, épouse »).
C'est également pour cela qu'on prononce femme, solennel, la combinaison -en- changeant de timbre de [~e] à [ã] (Aujourd'hui on écrit de même sans (de sĭnu), dans (de de ĭntus), néant (de ne gente), dimanche (de die domĭnica), etc. (cf. Bourc.-Bourc. 1967, § 61, II) ; Suivent la même évolution : gemme (a. fr. jamme de gemma), étrenne (a. fr. estreinte), géhenne, garenne et le subj. prés. prenne qui a hésité entre [a] et [ε] jusqu'au xviies. (cf. Buben 1935, § 91), cf. art. ennemi du TLFi), puis en se dénasalisant a provoqué la prononciation [am]/[an] de -emm-/-enn-.
Pour les dérivés donc, en en-/em- ou in-/im-, cela dépend de la voyelle suivante -n- ou -m- :
- ennui (jusqu'au XVIIIe s. on prononçait aussi bien [ẽnɥi], qui n'a prévalu qu'au xixes., que [anɥi]. Cette dernière prononc. est encore cour. dans le Midi de la France (cf. ennemi, l’accent dit « du Sud » tend à l’oralisation : [ɔ̃] devient [ɔ], et ainsi de suite). La persistance de la nasale dans l'initiale s'explique p. anal. avec des mots du type enfermer, etc.)
- enivrer [ε̃nivre]
- énamourer [enamure]
- ennemi [εnmi] ou, p. harmonis. vocalique, [enmi]
- innavigable [in(n)avigabl]. Dans la majorité des dict. [in(n)-]; seul Lar. Lang. fr. transcrit [ε ̃na-].
- innocence [inɔsε̃:s]
- inné [in(n)e] (La géminée est plus fréq. (15 locuteurs sur 17 ds Martinet-Walter 1973)
- emmener [ε̃mne]
- immangeable [ε̃mɑ̃ʒabl], [im(m)-] ds DG, Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930, Warn. 1968. Martinet-Walter 1973 [ε̃ -] (16/17).
- immoral [im(m)ɔral]
- innover [in(n)ɔve]
De nos jours, si l'on veut marquer la nasalisation de la voyelle avant n ou m, on écrit, par exemple : manman, gnangnan. Forme qu'on retrouve dans la conjugaisson de venir et tenir (et leurs dérivés) au passé imple 1er pers. du pl. : tînmes /tε̃m/, vînmes /vε̃m/.
En portugais, les voyelles nasales sont /~i, ~e, ã, õ, ~u/ que l’on trouve dans des mots tels que sim [s~i]
« oui », penso [p~eso] « je pense », lã [lã] « laine », ânfora [ãfora] "amphore", com [kõm] « avec », um [~um] « un ». Le processus de nasalisation des voyelles en portugais résulte, dans la majorité des cas, de l’assimilation régressive depuis la consonne nasale postposée. La voyelle se prononce nasalisé, quand la voyelle précédé n ou m dans la même syllabe : pensar [p~ensar], França [frãsa], inverno [~ivernu], sim [s~im], vinho [v~injo] ...
Parfois la consonne nasale a disparu de l'orthographe :
- finale latine -tionem > -ção : suposição (lat. suppositionem),
- finale latine -tionem > -zão : razão (lat. lat. rationem)
- finale latine -sio > -são : decisão (lat. class. decisio)
- finale latine -ssio > -ssão : expressão (lat. tardif expressio)
- les augmentatif du latin -ō (génitif -ōnis) > -ão : sapato « chaussure » > sapatão « grosse chaussure » (notons ão, augmentatif de ás, "as")...
- não "non", são "saint"/"[ils] sont", vão "[ils] vont", padrão "patron, modèle", união "union", bão "bon", João "Jean", cãibra "crampe", romãzeira "grenadier", vãmente "vainement", irmãzinha "petite soeur"...
- Catalão (língua catalã, à partir de Catalunha), Alemão (língua alemã à partir de Alemanha)...
Les noms en -ção, font leur pluriel en -ções : nação > nações...
Le nom Camões (parfois francisé en Camoëns ou Camoin, Camouin) est d'origine incertaine. Le plus simple est de le voir comme un pluriel de camão (ou caimão) "talève (ou poule) sultane", oiseau aquatique au bec pointu et aux plumes bleues (latin : Porphyrio porphyrio).
La nasalisation est un péhénomène particulier qui ne se produit pas à chaque cas. En catalan, les mots portugais se disent en catalan :
- não "non" -> no
- são "saint"/"[ils] sont" -> són
- vão "[ils] vont" -> van
- padrão "patron, modèle" -> patró
- união "union" -> unió
- bão "bon" -> bo (adv.) / bon (n.)
- João "Jean" -> Joan
- Catalão -> Català
- Alemão -> Alemany
En breton, qui a une tradition orthographique française, une voyelle suivie d'un n ou d'un n tildé (ñ) : an, añ, en, eñ, in, iñ, on, oñ, un, uñ.
Suivie d'un n, la voyelle est nasalisée et la consonne n est prononcée, suivie d'un ñ, la voyelle est nasalisée et le n n'est pas prononcé. On distingue ainsi gouelañ [gwelɑ̃] (« pleurer ») de gouelan [gwelɑ̃n] (« goëland »).
Les voyelles nasales sont quelques choses de très limités dans les langues germaniques. Ainsi dans l'accent texan, le twang, c'est la finale -ng qui marquera ce trait. De même en colonais (dialecte ou Platt de la ville de Cologne), la nasalisation s'est développé à la place d'une diphtongue : Rhing / Rhein (Rhin), ming / mein (mon).